L’emploi est l’enjeu fondamental de la crise mondiale

Secrétaire général de l’OCDE

Avec 15 millions de chômeurs en plus depuis fin 2007, les pays de l'OCDE connaissent déjà un taux de chômage record, à 8,5 %. Si les politiques adéquates ne sont pas mises en oeuvre et si la reprise ne gagne pas en vigueur, le taux de chômage pourrait avoisiner 10 % l'an prochain dans la zone OCDE. Cela signifierait 57 millions de personnes sans emploi - l'équivalent de la population de certains pays du G8 !

La crise financière et économique est devenue une crise de l'emploi, avec un coût économique et social bien trop élevé. L'emploi met toujours du temps à se redresser après une récession, mais cette fois le délai pourrait être plus long encore. La crise financière a anéanti beaucoup d'entreprises et de sources de revenu.

Tels sont les défis auxquels des ministres du monde entier vont réfléchir durant la réunion des ministres du travail et de l'emploi organisée par l'OCDE les 28 et 29 septembre 2009. Malgré le resserrement des budgets et l'accroissement de la dette publique, ils doivent prendre des mesures décisives contre la crise de l'emploi.

Les pertes d'emplois ont concerné tous les groupes sociaux mais les premières victimes ont été, comme toujours, les groupes vulnérables - jeunes, travailleurs peu qualifiés, immigrés, minorités ethniques et travailleurs sous contrat temporaire. Ainsi, le chômage des jeunes a fortement augmenté dans plusieurs pays, notamment en France, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, où il atteint environ le double de la moyenne de la zone OCDE.

Les responsables publics doivent s'efforcer d'éviter que ces chômeurs vulnérables ne tombent dans le piège du chômage de longue durée, ou ne se retirent de la vie active. Les autorités publiques doivent agir vite pour rompre le cercle vicieux du découragement, qui conduit les demandeurs d'emploi à perdre confiance et finalement à devenir moins employables. Elles doivent agir vite pour éviter qu'un chômage persistant ne pèse sur le bien-être des individus et ne fragilise le tissu social de nos pays. Elles doivent aussi agir vite pour éviter que le chômage ne ralentisse la reprise et, ce faisant, n'assombrisse les perspectives pour une génération entière de jeunes.

Heureusement, les gouvernements agissent, comme en témoignent les ministres qui s'expriment dans ce numéro de L'Observateur de l'OCDE. L'emploi figure en bonne place dans les plans de relance budgétaire de nombreux gouvernements. Car les politiques actives du marché du travail aident les gens à préserver leurs qualifications et à en acquérir de nouvelles, et permettent de préparer les travailleurs à la croissance verte. Elles aident les gens à trouver du travail, car même en cette période de crise profonde, il y a des millions de postes à pourvoir. Une étude récente de l'OCDE portant sur 19 pays indique que des dépenses supplémentaires en ce sens permettraient de sauver jusqu'à 5 millions d'emplois d'ici 2010.

De nombreux gouvernements ont cherché à limiter les licenciements, avec des programmes comme le Kurzarbeit en Allemagne, qui a permis de préserver quelque 1,5 million d'emplois. Étendre la couverture et la durée des indemnités chômage est une autre option essentielle largement adoptée par les gouvernements pour soutenir les revenus.

Mais il faut faire davantage, en particulier consacrer plus de ressources à la formation des demandeurs d'emploi, dont on attend par ailleurs une recherche d'emploi active en contrepartie des prestations qu'ils perçoivent. Les responsables publics optimiseront ainsi les dépenses, car cela accroîtra la motivation des travailleurs et améliorera leurs compétences, et favorisera leur maintien sur le marché du travail.

Dans la plupart des pays, les dépenses publiques en faveur des mesures actives du marché du travail n'ont malheureusement pas progressé au même rythme que le chômage. Depuis le début de la crise, les dépenses par chômeur ont diminué de plus de 40 % en Irlande, en Espagne et aux États-Unis. C'est une occasion manquée. Les organismes d'emploi doivent pouvoir répondre correctement aux besoins des demandeurs d'emploi et exploiter pleinement les opportunités des programmes actifs du marché du travail.

L'important est de trouver les politiques efficaces. Il n'y a pas de recette unique pour tous. Par exemple, les systèmes de marché du travail de certains pays nordiques, qui conjuguent des filets de protection sociale généreux, des marchés du travail et de produits relativement flexibles et une tradition de dialogue social ne sont pas transposables dans des pays où la fiscalité est moins lourde ou les organismes d'aides à l'emploi moins sophistiqués. Il faut tenir compte des spécificités de chaque pays. Nos débats lors de la ministérielle aideront les pays à identifier les pratiques optimales en fonction des circonstances, tout en évitant les erreurs coûteuses du passé.

Mais ne laissons pas les gouvernements affronter seuls le problème du chômage. L'an passé, nous avons participé à un effort mondial sans précédent pour endiguer la crise financière. Cet effort commence à porter ses fruits. Nous devons aujourd'hui déployer la même énergie contre la crise de l'emploi, dans les pays développés et en développement. Nous devons faire de la protection sociale et du combat résolu contre l'emploi informel des priorités, pour garantir un travail décent, une reprise juste et durable, et pour favoriser le progrès social dans les pays en développement. Les dirigeants du G20 sont fermement déterminés à soutenir la croissance mondiale afin de favoriser une reprise suffisamment forte pour créer les emplois dont le monde entier a besoin. Les gouvernements peuvent certes montrer la voie, mais ils auront besoin du soutien non seulement des organisations internationales comme l'OIT et l'OCDE et de forums de discussion comme le G20, mais aussi des entreprises.

L'horizon de la finance mondiale est peut-être en train de s'éclaircir, mais on ne pourra parler de véritable reprise que lorsque la crise de l'emploi aura été résolue. Dans la crise mondiale, l'emploi est l'enjeu fondamental.

www.oecd.org/secretairegeneral

www.observateurocde.org/angelgurria

©L'Observateur de l'OCDE n° 274, octobre 2009




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