L'allemagne et le commerce: l'importance des négociation

M. Müller explique à l’Observateur de l’OCDE pourquoi l’Allemagne veut que l’éventail des négociations commerciales soit large. Pour que la conférence de Doha soit une réussite il faudra peut-être que les pays industriels fassent d’importantes concessions.
Dans quelques semaines se tiendra la quatrième Conférence ministérielle de l’OMC à Doha au Qatar. Tout comme l’Union européenne, l’Allemagne souhaite qu’un nouveau cycle de négociations commerciales générales soit lancé à l’occasion de cette conférence. Étant donné le gonflement des flux commerciaux internationaux, il est en effet indispensable de poursuivre l’élaboration des règles de l’OMC et de les adapter aux exigences de la mondialisation. Il convient à cet effet de définir un ordre du jour des négociations qui soit équilibré et qui réponde tout à la fois aux intérêts des pays industriels et des pays en développement.Le commerce a toujours revêtu une importance stratégique et il a nécessité la définition de règles communes. C’est ce don’t témoignent les premiers accords écrits que l’on connaisse traitant des questions commerciales qui remontent au IIIe siècle avant J.C. Un pays comme l’Allemagne, qui ne dispose que de très peu de matières premières, doit dans une large mesure sa prospérité actuelle au commerce. Rien qu’en Allemagne, près du tiers du PIB repose sur les exportations et, en moyenne, un quart des emplois dépend des échanges commerciaux.Depuis cinquante ans, la croissance des flux commerciaux s’est accélérée dans des proportions considérables. Les échanges commerciaux à l’échelle mondiale ont été multipliés par dix-sept. Le volume du commerce des biens et services représente actuellement plus d’un milliard de dollars par heure.La nécessité de définir un certain nombre de règles fondamentales pour le domaine ducommerce est reconnue depuis longtemps, bien que l’on ne s’attende pas à ce que des règles équitables et prévisibles se développent d’elles-mêmes. Avec la mise en place de l’Accord général sur les tarifs et le commerce (GATT) en 1948, les responsables de la politique économique ont pris une décision juste et prévoyante. La nécessité économique et politique de ces règles multilatérales aura été confirmée de façon éclatante par le fait que le GATT – bien que n’étant jamais formellement entré en vigueur – ait été généralement respecté comme un accord tacite jusqu’en 1994. En huit cycles de négociations, les droits de douane des pays industriels ont été ramenés de 40% à un niveau moyen de 4%.La fondation de l’OMC en 1995 s’inscrit dans la suite logique de la réussite du système commercial multilatéral. Elle apporte un édifice réglementaire multilatéral unique en son genre qui régit le commerce à l’échelle mondiale. Il y va de l’intérêt de l’Europe comme de l’Allemagne de renforcer cette organisation etde lui préserver la reconnaissance mondiale qu’elle a acquise à juste titre. A cet égard, l’importance de l’édifice réglementaire de l’OMC dépasse largement les limites du commerce. L’ interdépendance internationale grandissante induite par les flux commerciaux permanents est un facteur de stabilité politique. Au-delà de la composante économique, la question revêt une forte importance pour la politique étrangère.Organiser maintenant un nouveau cycle de négociations commerciales se justifie d’abord par des considérations économiques : la levée des obstacles qui continuent d’entraver les échanges est un gage de prospérité supplémentaire. Les études économiques indiquent en effet que les avantages d’une réduction des obstacles commerciaux d’un tiers dans l’agriculture, les services et les produits manufacturés peuvent se chiffrer à US$ 613 milliards. Cela correspond au PIB du Canada. La suppression de la totalité des obstacles aux échanges représenterait même un gain économique de US$ 1 900 milliards. C’est deux fois le PIB de la Chine. Si les objectifs prévus pour un nouveau cycle de négociations étaient atteints, le surcroît de prospérité que pourrait connaître l’Allemagne serait de 23 milliards de deutsche mark avec la création de 55 000 emplois supplémentaires.Il ne faut pas pour autant sous-estimer la composante politique d’un nouveau cycle de négociations commerciales mondiales. Depuis Seattle, la politique commerciale constitue un thème controversé dans l’opinion. De nombreux groupes sociaux, en particulier dans les pays industriels, appellent à réguler la mondialisation. L’ époque où lesnégociations portaient uniquement sur les droits de douane est révolue. On ne doit plus ignorer l’imbrication étroite entre le libre échange et les dossiers de l’environnement, les conséquences sociales des échanges, la sécurité des aliments ou l’approvisionnement en médicaments indispensables. Dans un sens positif, il s’agit de définir des règles pour le commerce qui aient une base démocratique et soient applicables au marché mondial.Il n’y a pas de solution de rechange. L’ absence de règles multilatérales se traduirait par un abus de pouvoir incontrôlé de la part de ceux qui sont économiquement les plus puissants. Le message en matière de politique étrangère doit être clair : le commerce favorise la convergence des intérêts et l’interpénétration internationale, et contribue ainsi à renforcer la stabilité politique.Autre aspect important, la situation des pays en développement. Jusqu’ici, les populations de ces pays n’ont guère profité du système commercial. La majorité des peuples de notre planète vit dans une pauvreté extrême. Les origines de cette situation sont multiples et elles ne se trouvent généralement pas dans la politique commerciale. Les guerres, la mauvaise gestion des affaires gouvernementales, la corruption, les choix économiques erronés et les catastrophes naturelles sont autant d’entraves au développement économique de nombreux pays.L’ Allemagne a tout intérêt à ce que cette situation change et à permettre aux pays en développement de participer plus amplement aux échanges commerciaux internationaux. En tant que deuxième nation commerciale du monde, nous avons une responsabilité. À cet égard, nous sommes conscients qu’il faudra aussi des concessions substantielles de la part des pays industriels. Actuellement, il existe encore beaucoup trop de barrières entravant d’une part le commerce avec les pays en voie de développement, d’autre part celui entre pays industrialisés. Il convient de faire disparaître ces barrières. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne s’est engagée, avec succès, pour que l’UE adopteen février de cette année le programme Tout sauf les armes. Ce programme permet aux pays les moins avancés d’accéder de façon entièrement libre au marché de l’UE, sauf en ce qui concerne quelques produits sensibles qui font l’objet de dispositions transitoires. Dans le cadre d’un cycle de négociations commerciales, il faut aussi introduire des mesures de réduction des obstacles commerciaux pour les autres pays en développement, en particulier pour des produits comme les textiles et les produits agricoles, secteurs dans lesquels les pays en développement sont particulièrement compétitifs.Les pays en développement ont besoin de façon urgente du lancement d’un cycle de négociations commerciales pour faire valoir leurs intérêts et pour pouvoir profiter du système commercial multilatéral. La plus grande menace qui pèse sur les pays en développement, ce n’est pas la mondialisation, mais leur marginalisation. Faire évoluer la situation dans un sens positif pour les pays en développement est dans l’intérêt de l’Allemagne. S’il s’accompagne d’une stratégie globale de développement, le libre échange est une condition incontournable pour parvenir à la prospérité.Les thèmes d’un nouveau cycle de négociationsL’ ordre du jour d’un nouveau cycle de négociations doit être global au sens où chacun doit y retrouver ses « thèmes de prédilection ». Il faut que le contenu du cycle de négociations soit suffisamment large pour qu’il débouche sur des résultats équilibrés et que tous les participants à la négociation sentent que leurs intérêts offensifs et défensifs ont été convenablement pris en compte.En dehors des négociations déjà en cours sur l’agriculture et les services, les thèmes classiques figurent à l’ordre du jour, notamment la réduction des droits de douane, le démantèlement des contingents, l’élimination des obstacles non douaniers au commerce et l’antidumping.Pour l’Allemagne, des thèmes qualifiés de nouveaux comme l’environnement, les investissements et la concurrence sont particulièrement importants. L’ époque des négociations purement douanières est révolue. Les manifestations, parfois violentes de Seattle, Göteborg et Gènes montrent qu’il existe une forte résistance à une mondialisation incontrôlée et que les inquiétudes quant aux répercussions négatives de cette mondialisation sont considérables. Nous devons réfléchir soigneusement aux arguments des adversaires. Pour autant, nous ne pouvons pas faire tourner la roue de l’histoire en sens inverse, comme le veulent nombre de ces manifestants. Le libre échange mondial offre plus de chances et d’avantages que d’inconvénients. Néanmoins, le moment est venu de faire de nouveau évoluer le système commercial mondial. Pour ce faire, il faut en renforcer la transparence interne et externe et améliorer la participation des institutions démocratiques et de la société civile. En outre, la protection de l’environnement, le développement social, la sécurité des aliments et l’approvisionnement en médicaments indispensables doivent être pris en compte. Des accords multilatéraux sur l’investissement et la concurrence constituent à nos yeux des compléments nécessaires à l’édifice. Il est indispensable qu’un dialogue permanent à haut niveau s’engage entre l’Organisation internationale du travail et l’OMC sur le thème des normes fondamentales du travail.Depuis Seattle au moins, il est clair que l’organisation réussie d’un cycle de négociations commerciales dépend de l’accord des pays en développement qui représentent les quatre cinquièmes des pays membres de l’OMC. Avec les autres États membres de l’UE, nous voulons faire en sorte que les intérêts légitimes de ces pays soient pris en compte lors de la conférence ministérielle de Doha et dans le cadre d’un cycle de négociations commerciales.Les concessions des pays industriels sur des thèmes importants pour les pays en développement comme la mise en oeuvre des résultats du Cycle d’Uruguay, l’accès au marché dans les secteurs dans lesquels les pays en développement sont compétitifs et la volonté de leur apporter une assistance technique sont les clés de la réussite d’un cycle de négociations commerciales. Site web du Ministère de l’économie et de la technologie de l’Allemagne : www.bmwi.deL’Allemagne et le commerce : l’importance des négociationsWerner Müller, Ministre fédéral de l’économie et de la technologie de l’Allemagne


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