Brésil: plus qu'un potentiel

Département des affaires économiques
Pendant des années, le Brésil a été considéré comme un pays à jamais condamné à un avenir prometteur. Cet avenir pourrait enfin être proche.*
Fin 2000, le Brésil – l’un des plus grands pays du monde – s’engageait enfin dans un cycle économique vertueux alliant baisse de l’inflation et vigueur de la croissance. L’abandon de l’ancrage du real au dollar a été suivi d’une vive chute du cours de change au début de l’année 1999. La croissance, d’abord tirée par les exportations, a alors progressivement pris une plus large assise pour atteindre en 2000 le taux confortable de 4,5 %. Ceci a eu pour conséquence une augmentation des recettes fiscales, qui a elle-même contribué au redressement des finances publiques. L’inflation et la monnaie nationale, le real, sont restées stables, alors que les taux d’intérêt ont progressivement baissé, à la fois soutenant l’investissement et aidant à alléger la dette publique.Au cours de ces derniers mois, cependant, par contagion de l’Argentine voisine, un autre pays à « potentiel », des tensions se sont exercées sur le taux de change et, par voie de conséquence, sur les taux d’intérêt. En outre, une nouvelle année de faibles précipitations a mis en évidence à quel point le Brésil dépend de l’hydroélectricité, agitant le spectre de coupures de courant susceptibles de freiner l’activité économique. D’où une certaine déception par rapport aux attentes, un repli de l’investissement et, de nouveau, des interrogations quant à l’aptitude du pays à parvenir à une croissance durable.Les perspectives à plus long terme et les signaux de l’économie brésilienne sont toutefois encourageants. De fait, le pays a vraisemblablement passé le cap de l’instabilité pour installer au moins les prémices d’une croissance durable. Pour la première fois, les réformes engagées ont atteint une taille critique. L’économie demeure certes vulnérable aux chocs extérieurs – il lui faut continuer d’attirer des flux substantiels de capitaux pour couvrir le déficit de sa balance courante et le service de la dette – mais de nombreux éléments positifs montrent à quel point le Brésil a changé.L’un des points forts du train de réformes engagé au Brésil a été la réussite de son programme de stabilisation macro-économique. De strictes contraintes budgétaires ont été imposées à tous les niveaux de l’administration – une avancée remarquable quand on pense à la structure très fédérale (à la gestion parfois difficile) du Brésil. Les États et les municipalités sont en effet aujourd’hui dans l’obligation d’équilibrer leurs comptes : de nouvelles règles budgétaires qui devront être strictement appliquées si le Brésil veut alléger le fardeau de sa dette.Néanmoins, toute une série de textes législatifs, couronnés par l’adoption de la Loi sur la responsabilité budgétaire en 2000, donnent des raisons d’être confiants. Parallèlement, pour soutenir le processus, également signé des contrats avec les gouvernements des États. En vertu de ces contrats ces derniers pourront obtenir une restructuration de leur dette et des taux d’intérêt préférentiels à condition qu’ils prennent un engagement d’intégrité budgétaire. Autant de facteurs encourageants, même si pour accompagner ces améliorations, il faut encore mener à bien la réforme fiscale (tâche difficile dans un système fédéral) et une réforme controversée des pensions dans la fonction publique.Un autre point positif pour le Brésil : le nouveau cadre de la politique monétaire, qui donne à la banque centrale une plus grande marge de manoeuvre pour la fixation des taux d’intérêt afin d’atteindre les objectifs d’inflation. L’instabilité observée récemment met cette nouvelle structure à l’épreuve. Pour aider à surmonter ce qui risque d’être une période difficile, l’indépendance de la banque centrale pourrait être entérinée dans les textes, ce qui consoliderait encore la structure.Dans le secteur des entreprises, les fondamentaux se sont également améliorés grâce aux réformes engagées. La réduction des droits de douane et des obstacles commerciaux engagée à la fin des années 80 a ouvert le marché brésilien et l’a rendu plus concurrentiel. A cet égard, le taux de change flexible instauré au Brésil est un atout. Au fil du temps, cependant, la concurrence – à l’intérieur du pays comme vis-à-vis de l’étranger – devra s’intensifier de façon à améliorer la compétitivité des entreprises et à accroître durablement les recettes à l’exportation.La réforme du secteur financier a aussi beaucoup progressé. Un certain nombre de banques des États ont été restructurées et privatisées ; les règles prudentielles ont été durcies et la surveillance améliorée. Néanmoins, le coût de l’emprunt demeure élevé, du fait notamment des carences du système juridique. Les privatisations à grande échelle (du monopole du téléphone, Telebras, et des banques des États comme la Banespa de l’État de Sao Paulo) étaient des réussites, mais le régime de concurrence et le cadre réglementaire doivent maintenant faire leurs preuves. En particulier, il importe de préciser et de développer les règles qui régissent le secteur de l’énergie pour que les investisseurs privés soient prêts à prendre des engagements à l’échelle requise.Cependant, la réforme économique n’est qu’un aspect de la réalité brésilienne. Le pays est confronté à une multitude de défis sociaux, même si des progrès sensibles ont été accomplis ces dix dernières années sur ce front. La politique sociale au Brésil a été progressivement améliorée et des indicateurs sociaux tels que la pauvreté, les taux de scolarisation et la mortalité infantile se sont rapprochés de ce que l’on pouvait attendre étant donné le niveau du revenu par habitant.Cela étant posé, le Brésil demeure un pays affligé d’inégalités flagrantes : le décile le plus riche compte pour près de la moitié du revenu national, alors que le décile le plus pauvre en détient moins de 1 %. Le coefficient de Gini (voir graphique p.21), qui mesure la répartition du revenu, ne donne pas une image favorable du Brésil. Pourtant, le Brésil ne peut pas sortir de la pauvreté en comptant simplement sur sa croissance du fait qu’une bonne partie deses dépenses sociales n’est pas destinée aux plus défavorisés. Les dépenses sociales doivent être mieux ciblées, quant au choix des dépenses (éducation plutôt que retraites de la fonction publique, par exemple), mais aussi en veillant à ce que les plus pauvres en bénéficient. Outre les préoccupations qu’ils ont suscitées quant à l’impact d’un ralentissement de l’économie mondiale, les événements récents ont détourné l’attention des fondamentaux du Brésil. Malgré les turbulences actuelles de l’économie, il n’en demeure pas moins que le Brésil n’est plus le pays qu’il était il y a dix ans. Les réformes gagnent du terrain et, sous réserve que l’engagement politique reste le même, elles devraient progressivement doper la croissance et même parvenir à lisser le modèle d’expansion heurté qui a caractérisé la région jusqu’à présent. Il ne s’agit plus désormais d’un simple potentiel, et l’instauration de conditions plus favorables pour faire face aux grands enjeux sociaux que représentent les inégalités et la pauvreté ne sont plus hors de portée.Référence Étude économique du Brésil, OCDE 2001. Voir l’article de Synthèses OCDE sur le Brésil : www.oecd.org/publications/pol_brief* L’OCDE a publié la première Étude économique du Brésil en juin 2001. Par l’intermédiaire du Centre pour la coopération avec les non-membres (CCNM), l’OCDE finance des travaux avec des pays comme le Brésil, qui ne sont pas Membres de l’Organisation. Des programmes sont en cours avec d’autres grandes économies non membres. Dans ce contexte, vont paraître la quatrième Étude économique de la Fédération de Russie et une étude détaillée des échanges et de l’investissement en Chine.Brésil : Plus qu’un potentielJoaquim Oliveira Martins et Tristan Price, Département des Affaires Économiques de l’OCDE© L’Observateur de l’OCDE, Nº228, Septembre 2001


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