L'esprit d'équipe : une condition gagnante pour l'économie?

Direction de l'Education, de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales

Le travail en équipe est aussi essentiel à la réussite de l’entreprise qu’il l’est au succès d’une équipe de football. Peu de tentatives ont cependant été faites pour mesurer sa contribution à l’économie, ou pour déterminer les coûts engendrés par son absence. L’heure est peut-être venue d’accorder davantage d’attention à cet actif invisible.

Qu’est-ce qui fait gagner une équipe de football : des joueurs vedettes parfois achetés à grand prix, un entraîneur déterminé et habile, ou un capitaine exemplaire ? Si tous ces facteurs sont importants, la victoire dépendra également dans une très large mesure de facteurs moins tangibles tels que l’esprit d’équipe et une bonne communication entre les joueurs. C’est dans ces conditions qu’un joueur saura quand et comment il doit faire une passe ou tirer au but. Une bonne entreprise a également besoin de dirigeants efficaces, d’outils et d’équipements appropriés et d’un personnel qualifié. Mais sa réussite, comme celle de l’équipe de football, repose aussi sur la confiance mutuelle des membres du personnel et sur des objectifs communs. Dans une optique plus générale, la réussite de l’entreprise dépend non seulement de la qualité de sa production, mais aussi des relations de confiance qui la lient à ses clients et à ses partenaires contractuels, qu’il s’agisse du respect des délais de livraison ou du maintien de la qualité de ses produits.Le travail en équipe est en général banalisé au point de passer parfois inaperçu. La théorie économique traditionnelle reconnaît le rôle joué dans la production par le capital physique, le volume de la main-d’oeuvre et de plus en plus, également, la qualité de cette main-d’oeuvre, autrement dit le capital humain. Mais elle laisse apparemment de côté « le capital social », c’est-à-dire les réseaux et les normes qui sous-tendent la plupart des activités économiques et, de fait, des activités sociales.Or s’intéresser au capital social permet de découvrir de nouvelles solutions. Les économistes craignent par exemple que les marchés ne jouent pas leur rôle lorsque l’une des parties à une transaction est mieux informée que l’autre. Lorsqu’on essaie de me vendre une voiture d’occasion qui fait un bruit bizarre, comment puis-je savoir s’il s’agit d’un défaut ancien ou d’un symptôme récent dont il y a lieu de s’inquiéter ? On peut certes recourir à des réponses traditionnelles, telles que les mécanismes de réglementation (les règles commerciales par exemple) et les investissements dans l’information (les services d’un mécanicien pour examiner le véhicule), mais ces réponses sont coûteuses.Le concept de capital social offre une approche différente et plus simple. Dans un climat de confiance, je peux demander au vendeur d’où vient le bruit et me fier à sa réponse. Le vendeur honnête y gagne également, dans la mesure où il se sent moins tenu d’accorder un rabais pour répondre aux incertitudes de l’acheteur sur la qualité du produit. C’est sans doute pour cette raison que les ventes de voitures d’occasion se font souvent sur le lieu de travail, où il existe des relations de confiance et une possibilité de sanctions infligées par la partie qui serait lésée, autrement dit un capital social. Plus généralement, renforcer le capital social devrait accroître l’efficience du marché et augmenter le niveau de la production.Au cours des dernières années, un courant de chercheurs a tenté de définir et de mesurer les multiples mécanismes à travers lesquels des normes et des réseaux sociaux établis soutiennent et stimulent l’activité sociale et économique. Sur le plan économique, ils ont ainsi constaté dans les diverses régions d’Italie une relation entre le niveau de confiance et le recours effectif au crédit ; ils ont également mis en lumière dans de nombreux pays européens le rôle important joué par les réseaux sociaux locaux pour aider les demandeurs d’emploi à trouver du travail.D’autres chercheurs établissent un lien entre le capital social et des résultats non économiques tels que l’amélioration de la santé, de l’éducation, de la conduite des affaires publiques et de la protection infantile, et l’abaissement de la criminalité. Selon une importante étude réalisée aux États-Unis, une personne exclue qui parvient à s’intégrer dans un groupe social verrait son état de santé s’améliorer au point de réduire de moitié ses risques de mourir. Selon des recherches menées en Suède, les contacts sociaux réduiraient le risque d’être atteint par la maladie d’Alzheimer. Il semblerait même que ce remède apparemment magique dans le cas des maux à caractère social influe aussi sur le sentiment de bien-être individuel. L’enthousiasme soulevé par le concept de capital social dans les milieux universitaires et, de plus en plus, dans les milieux politiques, ne doit cependant pas cacher qu’il soulève de réelles difficultés. Même si l’expression ne recouvre dans la plupart des cas que des normes informelles et des réseaux sociaux, elle est parfois utilisée dans une acception très large, certains allant jusqu’à y inclure des institutions telles que les systèmes juridiques. Et, malgré certains indices apparemment très probants, nul n’a encore pu prouver que le capital social accroît la production économique.Cela tient peut-être à la difficulté de s’accorder sur la façon dont on doit le mesurer, mais sans doute aussi au fait que le dynamisme économique exige parfois, parallèlement au travail en équipe, une concurrence acharnée et des innovations radicales qui font peser des menaces sur les normes et les réseaux existants. Peu de recherches ont été effectuées et les avis divergent sur les moyens de promouvoir les formes « positives » du capital social - la solidarité entre voisins par exemple - au détriment de ses formes « négatives », comme la criminalité organisée. À mesure que les recherches se développeront, les incertitudes se dissiperont et on cernera plus facilement les domaines où les investissements dans l’étude et la mesure du capital humain peuvent se révéler les plus utiles. Quels sont donc les facteurs qui contribuent à la réussite d’une société ? Des personnes de qualité à n’en pas douter, des connaissances et des ressources, une administration, des lois et des institutions efficaces. Mais aussi l’esprit d’équipe - le capital social - grâce auquel la société ne se réduit pas à la somme de ses composantes.Références Du bien-être des nations : le rôle du capital humain et social, OCDE, 2001.


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