Le Chili à l'OCDE

Michelle Bachelet, Présidente du Chili

La Présidente Michelle Bachelet, accueillie par le Secrétaire général Angel Gurría ©OCDE

Discours de S.E. la Présidente Michelle Bachelet devant le conseil de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE)

Paris, 28 mai 2009

« Lorsque j'ai été élue à la présidence de mon pays, l'un de mes principaux objectifs était de voir le Chili accepté comme membre à part entière de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques.

L'intégration internationale est l'un des fondements de la politique extérieure de la coalition gouvernementale au pouvoir au Chili - la Concertación - depuis son élection en 1990, au moment du rétablissement de la démocratie. Son engagement en faveur de l'intégration internationale était l'une des raisons de solliciter l'admission du Chili à l'OCDE.

Mais ce n'était pas la seule.

Notre désir de faire partie de l'OCDE tient aussi à l'identité des pays qui constituent l'Organisation - des pays qui partagent les mêmes valeurs, attachés à la démocratie et déterminés à promouvoir la croissance économique et les échanges, à promouvoir la création d'emplois et l'amélioration des niveaux de vie, à favoriser l'égalité sociale et le développement durable, à préserver la stabilité financière et à faire prévaloir la transparence.

Les possibilités que l'OCDE offre d'échanger des points de vue avec ces pays, pour apprendre à leur contact, et nouer des liens de coopération, aideront - nous en sommes sûrs - à consolider la position du Chili en tant qu'acteur important sur la scène mondiale.

Nous sommes également convaincus que la pleine adhésion à l'OCDE aura des avantages sans équivalent non seulement pour la position de notre pays dans le monde mais aussi, chez nous, pour nos concitoyens. On parle parfois de l'OCDE comme d'un club de pays riches. Il faudrait plutôt dire que c'est un club de pays qui encouragent et favorisent les pratiques exemplaires.

Dans le cadre du processus d'adhésion du Chili à l'OCDE, il nous a fallu examiner longuement et attentivement nos lois, nos politiques publiques et nos procédures - et même nos statistiques - et, dans certains cas, il a fallu les améliorer pour qu'elles satisfassent aux exigences internationales les plus hautes.

Même avant d'être invité par l'OCDE à solliciter l'adhésion, en 2007, le Chili avait adopté les recommandations et lignes directrices de l'OCDE dans le cadre de son processus de modernisation de l'État.

Par exemple, les lignes directrices de l'OCDE sont la base des projets de loi sur le gouvernement d'entreprise, visant tant les entreprises publiques que les entreprises privées, dont l'examen devant le Congrès est maintenant bien avancé. Il en va de même pour nos projets concernant la libre concurrence et la protection des droits des consommateurs.

Plus récemment - et, là encore, dans le but de satisfaire aux exigences internationales les plus hautes - nous avons soumis au Congrès un projet de loi fondé sur l'Article 26 du Modèle de convention fiscale de l'OCDE qui vise à faciliter l'échange de renseignements bancaires à des fins fiscales.

Nous savons que l'adoption de ce projet de loi est fondamentale pour l'entrée du Chili à l'OCDE. Mais nous y voyons aussi un élément de l'effort global en vue de plus de transparence et de responsabilité dans les transactions financières, mouvement dont le Chili ne saurait s'abstraire.

Les études et examens de l'OCDE nous ont aidés à concevoir et mettre en œuvre de nouvelles politiques, de nouvelles législations et de nouvelles pratiques, dans maints domaines de la vie publique.

L'innovation est un exemple. Un rapport de l'OCDE publié il y a quelques années a aidé le Chili à imaginer et mettre en œuvre des programmes destinés à favoriser notre compétitivité et encourager l'entrepreneuriat.

De même, l'évaluation des performances environnementales du Chili par l'OCDE, en 2005, a attiré notre attention sur la nécessité d'élaborer des normes et de renforcer le respect des dispositifs. Cela a débouché sur un projet de loi visant à restructurer notre appareil institutionnel, ce qui a abouti à la création d'un ministère de l'environnement, d'une superintendance et d'un service de l'évaluation environnementale.

En 2008, nous avons aussi lancé une stratégie nationale pour une gestion intégrée des bassins hydrographiques, ainsi qu'une politique nationale de sécurité chimique. Ces initiatives étaient fondamentales pour améliorer nos normes en matière de gestion des ressources en eau et de sécurité des produits chimiques, et elles nous aideront à nous rapprocher des pays membres de l'OCDE dans ces domaines.

Par ailleurs, en décembre dernier, mon gouvernement a entrepris de présenter un plan d'action national sur le changement climatique.

Les données scientifiques les plus récentes soulignent l'urgente nécessité de traiter le phénomène du réchauffement global et ses effets probables, qui n'épargneront assurément pas le Chili.

Dans ce contexte, nous sommes convaincus - et c'est l'objectif de ce plan - qu'une réponse rapide constitue la meilleure préparation non seulement pour respecter nos engagements en vertu de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et nous adapter au changement climatique, mais aussi pour placer le Chili en position de jouer un rôle constructif dans le débat et la recherche de solutions au niveau international.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Nous sommes convaincus que le Chili peut apporter à cette Organisation dans bien des domaines, grâce à nos progrès et à nos réalisations dans des sphères importantes de la vie économique et sociale. Je citerai notre politique budgétaire et notre système de réglementation et de supervision financière.

Lors des crises précédentes, les pays émergents se sont trouvés aux prises avec des déficits budgétaires, des dettes publiques élevées et des déséquilibres de change. Le Chili a traité ces problèmes. Il a mis ses finances en ordre et, grâce à la prudence budgétaire, il a réduit son endettement. Et le résultat aujourd'hui, c'est une économie qui est beaucoup moins vulnérable.

Mais nous sommes allés plus loin que cela. Nous avons institué une règle de politique budgétaire en vertu de laquelle le Chili épargne en période faste et nous avons légiféré pour créer des fonds souverains, précisément pour nous protéger contre le type de chocs extérieurs que nous connaissons aujourd'hui.

Grâce à cet effort d'épargne, nous pouvons utiliser la relance budgétaire pour aider à la reprise de l'économie et protéger les Chiliens les plus vulnérables contre les effets de la crise.

En janvier, mon gouvernement a lancé un plan de relance budgétaire de 4 milliards de dollars. Pour certains pays, cela ne représenterait pas le même effort mais, pour le Chili, cela représente 2.8 % du PIB. Autrement dit, plus que les 2 % préconisés par le FMI.

Grâce à ce que nous avons mis de côté en période faste, maintenant nous construisons des routes, des écoles, des logements sociaux, des centres d'accueil pour les enfants, des hôpitaux et des stades.

En créant des emplois productifs, nous démultiplions aussi l'impact de ces investissements. Des investissements qui seront, en outre, un plus pour le futur développement de notre pays et le bien être de nos concitoyens.

Et, surtout, au lieu de réduire les dépenses sociales en raison de la crise, en fait, nous les accroissons. Et nous faisons cela sans augmenter la dette publique.

Il y a quelques mois, nous avons modifié notre système d'assurance chômage pour que les travailleurs chiliens soient mieux protégés s'ils perdent leur emploi. Cette année également, grâce à une réforme des pensions approuvée l'an passé, mon gouvernement augmentera de 25 % la pension de solidarité de base que reçoivent les Chiliens les plus vulnérables.

Au début des années 1980, le Chili a compris, dans des circonstances dramatiques, l'importance de la régulation et de la supervision financière. Après cette crise bancaire, le Chili a placé des limites à l'exposition au risque de ses institutions financières, a réglementé en matière de conflits d'intérêts et a renforcé les exigences de divulgation de l'information.

Ces changements nous ont été très utiles. Aujourd'hui, notre système financier n'a pas connu les problèmes que certains des pays membres de l'OCDE ont dû affronter. Notre système bancaire est en bonne santé et se sort relativement bien de la crise internationale.

Mes amis,

L'invitation de l'OCDE en direction du Chili, de l'Estonie, de la Slovénie, d'Israël et de la Russie d'engager des négociations d'adhésion reflète le désir de votre Organisation d'aligner sa composition sur les nouvelles réalités mondiales et, ainsi, de contribuer au développement des pays non membres comme des pays membres.

L'OCDE à laquelle nous souhaitons adhérer n'est pas celle que nous connaissions au début des années 1990.

Vous avez souligné expressément la nécessité de forger des liens plus étroits avec des économies émergentes d'importance et d'influence croissante comme le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Indonésie et l'Afrique du Sud, au travers de votre stratégie d'engagement renforcé.

Nous voyons dans cette stratégie un aspect important des efforts déployés par l'Organisation pour contribuer en permanence au développement économique et social mondial. Nous pensons que cela aidera à créer un lien plus fort que jamais entre l'OCDE et les besoins et les priorités des pays en développement en Asie, en Afrique et en Amérique latine, et nous applaudissons de tout cœur à ces efforts.

Mais, de même que l'OCDE n'est pas l'OCDE que nous connaissions au début des années 1990, le Chili n'est pas le pays que vous connaissiez alors, à un moment où la démocratie venait juste d'être rétablie.

Aujourd'hui, le Chili est une démocratie affermie et une économie à revenu intermédiaire. Nous appuyant sur ces réussites, notre objectif aujourd'hui en tant que pays est d'asseoir notre développement dans l'espace d'une génération.

Plusieurs économies d'Asie Pacifique et d'Europe y sont parvenues, ces dernières années, et le Chili lui aussi peut y parvenir. Et nous sommes sûrs également que l'appartenance à l'OCDE sera très utile pour nous aider dans cette voie.

Le Chili a peu à peu accompli les différentes étapes de sa feuille de route, remplissant chacune des exigences. Notre Congrès examine actuellement des projets de loi visant à adapter notre législation en matière d'échange de renseignements bancaires et de responsabilité légale des entreprises en cas de corruption, de financement du terrorisme et de blanchiment d'argent.

Autrement dit, le Chili approche du but au terme d'un long processus durant lequel nous avons su améliorer et moderniser nos institutions et nos normes.

C'est pourquoi je souhaitais avoir cette occasion de vous rencontrer personnellement. Pour souligner la détermination de mon pays à toucher la ligne d'arrivée et - assez rapidement je l'espère - à faire partie de cette communauté de démocraties et de pratiques exemplaires. Parce que c'est, en fin de compte, ce qui conduit au développement.

Je vous remercie infiniment. »

Pour la vidéo du discours et les travaux de l'OCDE sur le Chili, voir www.oecd.org/chili

Voir aussi la page consacrée au processus d'adhésion, www.oecd.org/discussionsadhesion

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009




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