Des normes solides pour rétablir la confiance

Secrétaire général de l’OCDE

Lorsque chefs de gouvernement, responsables d'organisations internationales et personnalités de la société civile du monde entier se réuniront à Paris pour débattre des grands enjeux du moment au sommet de l'OCDE en juin, une question sera prédominante : fait-on assez pour rétablir la confiance et restaurer la croissance à long terme, et desserrer l'étau de la pire crise mondiale de l'époque contemporaine ?

La réunion du Conseil au niveau des ministres, les 24 et 25 juin, sera présidée cette année par le Premier ministre coréen, M. Han Seung-soo, bien placé pour partager l'expérience de son pays qui a surmonté la crise asiatique il y a une dizaine d'années, et dont les efforts pourraient conduire la Corée à être l'un des premiers pays de l'OCDE à sortir du marasme actuel.

Les Perspectives économiques de l'OCDE, qui seront publiées le 17 août, tablent sur une récession prolongée. Nos économies ne semblent toutefois plus en chute libre, ce qui, après une année de prévisions des plus sombres, est une bonne nouvelle.

Les gouvernements doivent néanmoins garder le cap, et ne pas se laisser abuser par des « frémissements » de reprise, qu'ils prennent la forme d'enquêtes de confiance ou d'un raffermissement des prix de l'énergie ou des actions. Certes encourageants, ces signes ne sont peutêtre que le résultat des vastes plans de relance budgétaire mis en place ces derniers mois et, dans le cas des prix du pétrole, sans doute aussi d'une part de spéculation. Il en faut plus pour convaincre de la réalité de la reprise.

Soyons clairs, la crise a porté un rude coup à nos systèmes économiques, laminant la confiance, la richesse et le potentiel productif de pays entiers. Nous devons nous attendre à un gonflement du chômage et à un recul probable des investissements, ce qui se répercutera partout sur la performance économique, y compris sur les marchés émergents.

La crise sociale aura des conséquences coûteuses et se traduira par un alourdissement de la pression fiscale. Plus de 11 millions de personnes ont perdu leur emploi dans la zone OCDE dans les 12 mois qui ont précédé avril 2009, chiffre qui pourrait dépasser les 25 millions d'ici la fin 2010. Les ressources publiques seront extrêmement sollicitées pour atténuer l'impact de la crise, aider les chômeurs, préserver les emplois existants et en créer de nouveaux

Bien entendu, les pouvoirs publics souhaitent que ces frémissements se confirment rapidement, pour pouvoir envisager un désengagement de ces interventions d'urgence et alléger le poids de la dette. Mais il est impératif que ces « stratégies de retrait » soient correctement mises en oeuvre. Comme le rappelle la Réponse stratégique de l'OCDE, un désengagement hâtif pourrait être contre-productif pour les marchés et pour la confiance.

Consommateurs et investisseurs doivent sentir que des efforts suffisants sont faits pour bâtir une économie mondiale plus forte, plus saine et plus juste qu'auparavant. Il faut qu'ils retrouvent foi en l'avenir, et qu'ils soient assurés qu'un nouvel effondrement des marchés financiers ou une nouvelle récession catastrophique ne se produiront pas.

Nous pouvons éviter ce danger, mais il est de la responsabilité des dirigeants politiques d'honorer leurs engagements et de corriger les défaillances de la gouvernance, de la réglementation et de la concurrence qui ont fait le lit de la crise. Il s'agit donc de faire adopter des réformes qui permettront d'améliorer la responsabilité et la gestion des risques, et en général de trouver un juste équilibre entre les intérêts particuliers et l'intérêt général. Cela suppose de travailler sans relâche à l'instauration d'une économie mondiale plus équilibrée, plus intelligente et plus verte, qui s'appuie sur des marchés ouverts, bien gérés et bien réglementés.

L'état d'esprit des décideurs de la zone OCDE doit également évoluer. Prenons l'exemple du développement. Les budgets de l'aide sont soumis à rude épreuve et les donneurs doivent se mobiliser pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Mais l'effort ne doit pas se limiter à cela. En 2007, les pays en développement ont compté pour environ un tiers des échanges mondiaux, contre un cinquième au début des années 1990. L'enjeu actuel des politiques commerciales et de développement, notamment pour ce qui a trait aux négociations commerciales de Doha et aux efforts pour résister au protectionnisme, est rien moins que la santé du système économique mondial.

Les gouvernements ne doivent pas non plus négliger la lutte contre le changement climatique. Une « reprise verte » permettrait aux pouvoirs publics de servir plusieurs objectifs, par exemple réduire les émissions de gaz à effet de serre et stimuler une croissance à long terme innovante dans l'ensemble des pays.

S'il est un moyen grâce auquel les gouvernements pourront réellement rétablir la confiance du public, c'est en rendant l'économie mondiale plus saine. Ce qui suppose une amélioration de la gouvernance.

L'OCDE est à l'avant-garde de l'élaboration de normes applicables aux secteurs public et privé, grâce à ses travaux sur la fiscalité, les principes de gouvernement d'entreprise, les principes directeurs à l'intention des entreprises multinationales, la convention sur la lutte contre la corruption, entre autres. Nos normes internationales ont permis de sortir de l'impasse dans la lutte contre les paradis fiscaux lors du sommet du G20 à Londres en avril. Il est sans doute temps de développer davantage de telles normes internationales. Cela ne servira pas seulement à rétablir la confiance du public, mais également à mieux naviguer sur la voie de la reprise.

La crise sera longue et éprouvante et, s'il y a encore beaucoup à faire, nous devons nous sentir confortés par les efforts engagés jusqu'ici par la communauté internationale. Nous devons tous veiller à préserver cette coopération et cette détermination à l'heure où les responsables des organisations patronales, syndicales et de la société civile rencontrent les ministres à l'occasion de la Semaine de l'OCDE, et mettre à profit la dynamique enclenchée dans la perspective du prochain sommet international du G8 qui aura lieu en Italie en juillet. Ce n'est qu'en unissant nos efforts que nous sortirons de l'engrenage de la crise et que les perspectives auront une chance de s'éclaircir dans les mois à venir.

www.oecd.org/reponsecrise 

www.oecd.org/secretairegeneral 

www.observateurocde.org/angelgurria

Voir aussi www.ocde.org/mcm2009-fr et www.ocde.org/forum2009-fr

©L'Observateur de l'OCDE, juin 2009




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