La Francophonie et l'OCDE

Discours de Philippe Marland, ambassadeur, représentant permanent de la France à l'OCDE, prononcé à l'OCDE le 18 mars 2009 à l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie.

« Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d'abord à vous remercier très chaleureusement d'avoir répondu à mon invitation à l'occasion de la semaine de la langue française et de la Journée internationale de la francophonie. Je suis particulièrement sensible à votre présence personnelle, monsieur le Secrétaire Général, sachant la lourdeur de votre charge, mais je connais aussi votre attachement personnel à la langue de Molière dans laquelle vous vous exprimez si bien. Je suis également très touché par la présence de mes collègues ambassadeurs, qui sont nombreux à être excellemment francophones, et que j'ai toujours plaisir à entendre s'exprimer en français. Je suis très honoré de votre présence à tous, qui reflète l'attachement de notre organisation, non seulement à l'usage du français en son enceinte, mais aussi plus généralement aux valeurs de diversité, de dialogue et d'ouverture que celui-ci symbolise.

J'aimerais saisir cette occasion pour vous dire quelques mots sur ce que représente à mes yeux la langue française au sein d'une institution comme l'OCDE. Je pense en effet qu'elle constitue à la fois une chance, une richesse, et un symbole essentiel pour le rayonnement de notre organisation.

L'existence de deux langues de travail représente d'abord, me semble-t-il, une chance offerte à tous ceux qui le souhaitent - et le peuvent - de s'exprimer dans notre langue, et de faire vivre la langue française.

De tous les liens que les hommes nouent dans la cité, le lien de la langue est en effet l'un des plus forts. Car une langue n'est pas seulement un moyen de communication : c'est l'expression d'une certaine vision du monde, l'incarnation d'un imaginaire, une manière particulière de mettre en adéquation les « mots » et les « choses ». Le bilinguisme de notre organisation permet ainsi d'offrir à tous les francophones la chance de s'exprimer dans une langue qui est la leur ou dont ils se sentent proches. Je pense en particulier à tous ceux qui appartiennent à ce monde latin dont le français est l'une des expressions actuelles. Car si la langue française est la langue officielle, ou l'une des langues officielles, de 5 des membres de l'Organisation, c'est aussi une langue avec laquelle de nombreux pays membres ont, pour des raisons historiques ou culturelles, un attachement tout particulier.

En outre, c'est me semble-t-il une chance, et même pour beaucoup je l'espère, un plaisir, de pouvoir, à travers les mots, s'inscrire dans une tradition linguistique et culturelle qui s'enracine dans plus de mille ans d'histoire. Car derrière les accents français que vous pouvez entendre dans cette enceinte, c'est toute la tradition des Lumières, la richesse de notre littérature, et la force de nos valeurs qui trouvent à s'exprimer.

Mais l'usage du français n'est pas seulement une chance pour ceux qui l'utilisent quotidiennement, c'est aussi, me semble-t-il, une richesse pour l'Organisation toute entière. Car le multilinguisme n'est pas seulement le corollaire du multilatéralisme, c'est aussi l'une de ses meilleures garanties.

Comme le disait Goethe, « celui qui ne connaît pas les langues étrangères ne connaît rien de sa propre langue ». On ne peut bien penser dans une langue que si l'on sait qu'il y en a d'autres, qui reflètent la réalité d'une manière différente. La présence de deux langues de travail est donc l'incarnation même de ce dialogue des nations qui constitue le cœur de notre projet.

Le travail de traduction est d'ailleurs l'expression quotidienne de ce dialogue. Nous pourrions dire, pour paraphraser Umberto Eco, que la langue de l'OCDE, ce n'est pas le français ou l'anglais, c'est la traduction. Certes, cela ne va pas sans difficultés techniques, ni sans coûts, qui peuvent parfois être mis en avant par les uns ou les autres. Mais je pense que l'Organisation en retire une richesse dans son fonctionnement qui est bien supérieure à ces coûts.

Qu'il me soit à ce propos permis de rendre ici un hommage tout particulier aux interprètes et aux traducteurs, qui font vivre chaque jour le multilinguisme à l'OCDE. Car un interprète ou un traducteur ne traduit pas seulement des mots : c'est, pourrait-on dire, un « passeur de pensée ». En effet, selon l'étude d'un chercheur en linguistique, il apparaîtrait que, parmi les milliers de langues aujourd'hui parlées dans le monde, seuls 300 mots auraient exactement le même sens dans toutes les langues : « je, tu ; un deux, trois ; grand, petit ; soleil, lune, étoile,...  ». Ces mots représenteraient, selon l'expression d'Abdou Diouf, « le plus petit dénominateur commun de l'humanité ». Ceci révèle a contrario, que tous les autres mots n'ont donc jamais de traduction parfaite, qu'il n'est jamais possible, en les transcrivant dans une autre langue, d'épuiser la totalité de leur sens. On mesure ainsi la difficulté de la tâche des interprètes et des traducteurs, et l'importance de leur travail dans le fonctionnement quotidien de notre organisation.

Enfin, l'usage du français dans l'enceinte de l'OCDE est, me semble-t-il, un symbole essentiel pour le rayonnement de notre organisation dans la mondialisation. C'est en effet un double symbole, de diversité et d'ouverture.

C'est d'abord un symbole de notre diversité interne. Nos Etats-membres sont bien sûr tous profondément attachés aux mêmes valeurs, qui sont au cœur même de notre organisation : la démocratie, l'économie de marché, le progrès économique et social. Mais cette communauté de valeurs ne signifie pas et ne doit pas signifier uniformité. « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m'enrichis » disait Saint-Exupéry. Sans doute cette phrase prend-elle une résonance toute particulière lorsqu'on l'applique à notre organisation. Parfois accusée de ne représenter que les riches, ou les puissants, elle doit au contraire prouver sans relâche sa diversité et son ouverture. Et l'usage du français en son sein représente une contribution appréciable à cet effort. Car il est le symbole vivant et quotidien de cette pluralité, de ce dialogue des cultures et des points de vue qui est au centre de son projet et l'enrichit chaque jour.

L'usage du français est aussi, parallèlement, symbole de notre ouverture sur le reste du monde. La francophonie, que Maurice Druon définissait comme l'« ensemble de ceux qui ont le français en partage » inclue en effet aujourd'hui 175 millions de personnes, dont une partie importante vit en Afrique ou en Asie. Le français est, avec l'anglais, la seule langue parlée sur les 5 continents. Et je rappelle que l'Organisation internationale de la Francophonie rassemble désormais 70 États et gouvernements.

Le français est très souvent la langue de l'éducation et de l'enseignement supérieur dans de nombreux pays en développement. La traduction de toutes les publications de l'OCDE en langue française est donc la garantie d'un accès plus large à ses travaux, en particulier dans les pays du Sud. C'est donc aussi une manière de renforcer cette ouverture que nous souhaitons vers les pays émergents.

Je voudrais souligner pour finir que l'OCDE est aujourd'hui confrontée à des défis majeurs, et se trouve sans doute à un moment essentiel de son histoire. Face à la crise, elle doit plus que jamais affirmer son rôle et trouver toute sa place dans la nouvelle architecture d'une gouvernance mondiale qui se cherche. Elle dispose pour cela d'atouts importants, notamment la communauté de valeurs que partagent ses membres, ses méthodes qui ont fait leurs preuves, et son expertise internationalement reconnue. Mais sans doute le bilinguisme de l'organisation est-il aussi à mettre au nombre de ses atouts. Car les défis de la nouvelle gouvernance sont liés au rééquilibrage des forces économiques, mais aussi à une meilleure prise en compte de la diversité culturelle. Face à un monde de plus en plus multipolaire, le défi de demain sera sans doute de concilier diversité et unité, identités culturelles et construction d'un universel. La préservation du multilinguisme au sein des grandes enceintes internationales s'inscrit dans cette ambition, et permet d'y contribuer. Sur ce terrain aussi l'OCDE se doit de donner l'exemple.

Je suis particulièrement heureux d'avoir pu vous faire part de ces quelques réflexions ici, au Château de La Muette, devant cet auditoire choisi réuni en l'honneur de la langue française : je ne doute pas que nous aurons plus que jamais à cœur de garder en partage cette langue française qui nous est chère, et de la faire vivre, en ne résistant pas à la tentation d'y recourir... »

 

Voir le site de la Délégation française auprès de l'OCDE, www.delegfrance-ocde.org

Voir aussi les travaux de l'OCDE sur la France, www.oecd.org/france-fr

© OCDE




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016