Susciter une vraie reprise

Secrétaire général de l’OCDE

L'économie mondiale est toujours enlisée dans la crise la plus profonde et la plus étendue des temps modernes. Selon les dernières Perspectives économiques de l'OCDE, le PIB de la zone OCDE devrait chuter de 4,3 % en moyenne en 2009 et l'économie mondiale devrait se contracter de 2,7 %.

Les échanges internationaux diminueront de 13 % environ et, fin 2010, le chômage dépassera 10 % dans de nombreux pays, ce qui aggravera une crise sociale grandissante. Les politiques mises en oeuvre devraient susciter une reprise en 2010, mais les risques demeurent orientés à la baisse. Aucun pays n'échappera à ce qui est véritablement une crise mondiale.

Pour vaincre le pessimisme, les dirigeants des pays du G20 se sont engagés, le 2 avril à Londres, à tout faire pour mettre fin à la crise, réformer un système financier défaillant et rétablir la confiance et la croissance. Ce sommet a été un succès et a manifesté la grande détermination et la volonté de coopération des gouvernements, de même que l'importance des travaux réalisés en coulisse par de nombreuses organisations internationales, dont l'OCDE.

Ce sommet a suscité l'espoir d'une reprise rapide, et quelques signes ponctuels de reprise émergent ici et là. Ceci en partie grâce à d'importants plans de relance budgétaire - représentant 2,5 % du PIB dans les pays de l'OCDE qui ont adopté de tels plans, et jusqu'à 5,5 % du PIB de 2008 aux États-Unis.

Malheureusement, le chemin de la reprise est encore long. Contrairement à de nombreuses récessions antérieures causées par un choc extérieur, une solide reprise suppose cette fois une remise en état du système économique lui-même. L'OCDE redouble d'efforts pour aider les pays à surmonter la crise et à préparer le long terme. Notre Réponse stratégique, régulièrement mise à jour, va dans le sens des engagements du G20 : rétablir la croissance, la confiance et l'emploi ; remettre en état et renforcer le système financier ; promouvoir les échanges et les investissements mondiaux et rejeter le protectionnisme ; construire une reprise inclusive, écologique et durable pour tous, y compris les pays les plus pauvres.

Nous avons déjà publié plusieurs rapports et évaluations à la demande des gouvernements, notamment sur la compatibilité des mesures de relance avec une croissance durable ; sur le gouvernement d'entreprise ; sur le rétablissement de la confiance dans l'investissement mondial ; sur le maintien de marchés ouverts aux échanges et à la concurrence ; et sur le suivi de l'aide au développement.

Il est de la responsabilité de l'OCDE de préparer, après la crise, la reprise qui finira par s'engager. Personne ne souhaite un retour au statu quo, mais les gouvernements craignent à juste titre que les mesures anti-crise actuelles ne nuisent à la solidité de l'économie à long terme. L'OCDE a déjà publié un premier rapport évaluant différentes « stratégies de sortie » pour mettre fin aux mesures d'urgence, en particulier sur les marchés de capitaux.

Notre Réponse stratégique continue à porter ses fruits dans certains domaines clés. Par exemple, nous avons réalisé des avancées concrètes sur le front de la fraude fiscale, avec l'engagement du G20 « d'agir contre les juridictions non coopératives » et de mettre fin au secret bancaire, ce qui contribuera à protéger les finances publiques et les systèmes financiers.

L'OCDE a depuis longtemps établi une norme internationale pour l'échange de renseignements fiscaux, et nous avons présenté au G20 les progrès accomplis dans la mise en oeuvre de cette norme. Grâce à ce sommet, on a réalisé en quelques semaines plus de progrès sur la transparence qu'en dix ans, avec des accords signés et des engagements de plusieurs juridictions, dont les Philippines, la Suisse et l'Uruguay, ou encore les Iles Caïmans, le Costa Rica et Macao, Chine.

Cette avancée considérable doit beaucoup à la détermination politique, mais n'aurait pas été possible sans la mise en place de cette norme internationale en premier lieu. C'est là une leçon essentielle, et l'impulsion est désormais donnée, parmi les membres du G8 et du G20, pour mettre au point des principes communs et des normes communes d'intégrité, de transparence et de convenance dans plusieurs autres domaines d'intérêt mondial, notamment l'investissement, l'environnement, le travail et la santé.

L'OCDE collabore avec d'autres organisations internationales sur ce dossier également ; nous avons dressé un inventaire des normes et instruments en vigueur. Examiner cet abondant arsenal à la lumière de la crise devrait permettre de déterminer les points sur lesquels il faut renforcer le cadre mondial.

De cette crise naîtront de nombreux enseignements, mais peu interpellent autant que la nécessité d'une coopération entre les États dans un monde en rapide mutation. Comme le Président Obama l'a dit au G20, dans une boutade, il suffisait autrefois à une poignée de grandes puissances de discuter à l'heure du digestif, mais le monde actuel est plus complexe, avec des acteurs comme le Brésil, la Chine et l'Afrique du Sud, qui décident eux aussi du cours de la politique mondiale.

La coopération est la raison d'être de l'OCDE. Ces prochains mois, nous continuerons à travailler de concert avec le G8, le G20, l'UE et les pays émergents et en développement, en nous efforçant de promouvoir une économie mondiale plus forte, plus saine et plus juste. Nous comptons biens poursuivre ces progrès à l'occasion des discussions qui se tiendront à l'OCDE la semaine du 22 juin à Paris, et qui accueilleront gouvernements et parties prenantes du monde entier. Il n'y a peut-être encore que quelques signes de reprise, mais notre détermination se renforce de jour en jour.


Références

 

©L'Observateur de l'OCDE n° 272,  avril 2009




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