Une nouvelle réalité

Crise financière et financement du développement : quels défis ?

Angel Gurría

Aujourd’hui, à Doha, nous avons tous le sentiment d’être à un tournant. Cette conférence est bien plus qu’une occasion de dresser un bilan de la mise en oeuvre du Consensus de Monterrey. Il s’agit d’une réunion d’urgence sur les moyens de promouvoir, préserver et protéger les ressources vitales identifiées à Monterrey, afin que la crise économique et financière actuelle ne se transforme pas en une catastrophe pour le développement, avec des conséquences qui perdureraient (…) bien après la fin de la crise.

La faillite spectaculaire des systèmes de gouvernance réglementaire, de surveillance et de gouvernement d’entreprise ainsi que des cadres de gestion des risques sur les marchés des capitaux a désormais des conséquences sur l’économie réelle. Partout dans le monde, les pays et les familles en ressentent déjà les conséquences. Nombre de pays en développement deviendront encore plus vulnérables, avec une croissance plus faible, des taux de change et des marchés boursiers instables, une hausse des niveaux de pauvreté et de chômage, une plus grande fragilité, un affaiblissement des systèmes de santé et des difficultés encore plus grandes pour réaliser les Objectifs du Millénaire (…).

En outre, il faut souligner, comme un délégué à l’OCDE l’a rappelé récemment qu’« il serait terrible de ne pas saisir l’occasion offerte par la crise pour se réformer ».

De fait, la réponse collective à la crise et l’émergence du « L20 » témoignent de la prise de conscience d’une nouvelle réalité de l’équilibre des pouvoirs et des responsabilités dans la gouvernance économique mondiale du XXIème siècle.

À l’OCDE, nous nous employons à trouver une riposte stratégique à la crise, en explorant deux directions principales. Premièrement, nous concentrons notre attention sur une série de politiques, règles et incitations pouvant servir de base à la conception d’un système financier solide, fiable et flexible. Notre deuxième priorité est de relancer la croissance, en privilégiant l’objectif d’une faible consommation de carbone et en protégeant les populations les plus vulnérables.

La crise a donné lieu à des interventions publiques de grande ampleur sur les marchés des capitaux et au-delà. À l’OCDE, nous commençons aussi à étudier une stratégie de sortie pour mettre fin à ces interventions lorsque les conditions le permettront. Pourquoi mettre l’accent sur les économies de l’OCDE à Doha ? Simplement parce que la crise a commencé dans les pays développés et que la meilleure contribution que ces pays puissent apporter à l’économie des pays en développement et des pays émergents est de surmonter la récession et de retrouver le plus tôt possible une croissance dynamique.

Pour ce qui est de la situation immédiate, les pays membres de l’OCDE et certains pays non membres sont convenus de trois actions importantes :

Premièrement, la Déclaration sur la politique d’aide. Les membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE ont réaffirmé leurs engagements en matière d’aide et sont convenus de maintenir leurs apports à un niveau compatible avec ces engagements. Cette déclaration devrait permettre d’éviter que ne se reproduise la situation des années 1990, lorsque les budgets d’aide avaient été fortement réduits suite à la récession.

Deuxièmement, les pays membres de l’OCDE ont publié une Déclaration sur la politique commerciale, dans laquelle ils sont convenus de conclure le Cycle de Doha sur le développement par un accord ambitieux et équilibré et de s’abstenir de mettre en oeuvre des politiques incompatibles avec cet objectif.

Le Consensus de Monterrey doit rester un repère, même en ces temps de réparation et de reconstruction du système économique et financier mondial. En outre, les pays en développement devenant de plus en plus vulnérables face à la crise, nous devons oeuvrer en faveur d’apports d’aide suffisants, prévisibles et efficaces sur la base de la Déclaration de Paris et du Programme d’action d’Accra. Ensemble, ces textes constituent un important programme de réforme de l’aide, qui doit bénéficier d’un solide appui politique.

Les bailleurs de fonds des banques multilatérales de développement au niveau régional (Banque interaméricaine de développement, Banque africaine de développement, Banque asiatique de développement, etc.) doivent soit fournir à ces établissements davantage de fonds propres ou de liquidités, soit leur assurer une plus grande souplesse en ce qui concerne leur ratio d’endettement, de façon qu’ils puissent répondre aux demandes de plus en plus nombreuses de crédit émanant des économies émergentes et en développement, qui ont du mal à obtenir des prêts sur des marchés des capitaux réticents.

La Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OIT, le PNUD et l’OCDE s’occupent chacun d’aspects différents des dossiers économiques mondiaux. Ainsi, l’aptitude à coopérer et à parler d’une même voix sur ces questions peut beaucoup contribuer à la recherche d’une solution efficace aux problèmes. Nous oeuvrerons en faveur de cet objectif.

Nous devons aussi faire en sorte que la crise ne nous amène pas à faire passer au second plan des questions comme la crise alimentaire ou les changements climatiques, enjeux les plus importants pour l’humanité à long terme. Après tout, la durée de la récession se comptera en mois, alors que les décisions que nous prenons aujourd’hui sur les changements climatiques détermineront la situation du monde pendant des décennies.

À l’OCDE, nous travaillons pour que Monterrey, Accra, Washington, Doha, Poznan, Londres, La Madalena et Copenhague constituent au bout du compte une suite de rencontres et de décisions articulées, cohérentes et complémentaires, avec l’objectif simple, unique et clair d’un monde meilleur.

Discours d’Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, à la conférence internationale de suivi sur le financement du développement, Doha, 29 novembre 2008.

Retrouvez tous les discours d'Angel Gurría sur www.oecd.org/discours

Pour plus d'informations sur la Déclaration de Paris et le forum d'Accra, voir www.oecd.org/developpement

 

©L’Observateur de l’OCDE, n°270-271, décembre 2008 - janvier 2009




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