Éduquer et former tout au long de la vie

OCDE Observateur
Depuis mon arrivée à l’OCDE en 1996, j’ai participé à un plus grand nombre de conférences sur un plus grand nombre de thèmes que je ne l’aurais imaginé. Ces réunions ont porté sur presque tous les domaines d’intervention des pouvoirs publics. Sans exagération, je peux dire qu`à chaque fois un consensus s’est dégagé sur l’idée que l’éducation était le socle fondamental du progrès économique et social. Aurait-on fait ce même constat il y a 100 ans ou même 50 ans? J’en doute.
Le rapport de l’OCDE sur les sources de la croissance dans la "nouvelle économie", qui sera présenté à notre Conseil ministériel en mai, donne une place importante au capital humain. Un autre moteur de la croissance dans la nouvelle économie est la technologie, en particulier dans le domaine de l’information et des communications (TIC). Toute la question est de savoir comment ces deux éléments interagissent. Certes, la technologie peut inonder les pays, mais il faut des êtres humains qualifiés et talentueux pour l’utiliser et entreprendre la réorganisation de l’activité professionnelle génératrice de gains de productivité et de croissance.Les nouvelles qualifications requises pour utiliser ces technologies sont doublement importantes :pour exercer une activitéprofessionnelle mais aussi pour participer pleinement à la société fondée sur le savoir. Parallèlement, certaines compétences de base, telles que lire-écrire-compter, continuent d’être indispensables et les enseignants, commencent à se demander comment enseigner la "créativité". Ces impératifs lancent de formidables défis aux décideurs, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté éducative.Aujourd’hui, les jeunes qui achèvent leurs études secondaires et poussent leur formation au-delà sont beaucoup plus nombreux qu’ils ne l’étaient il y a quelques décennies. Pourtant, l’Enquête internationale sur la littératie des adultes de 2000 montre qu’au moins un quart des adultes dans les 20 pays examinés (et pas moins des trois quarts dans quelques-uns d’entre eux) ne maîtrisent pas les compétences de base qu’exigent la vie dans la société moderne. Ces personnes auront du mal à trouver un emploi et risquent d’être cantonnées dans des activités peu rémunérées. La solution passe par une éducation initiale de qualité, assurée à tous, notamment aux groupes les plus en danger.Cela dit, la formation initiale ne suffira pas et les adultes devront réactualiser leurs connaissances pour s’adapter à des mutations tout au long de leur vie. Il faut noter cependant que les adultes qui ont le mieux réussi leur scolarité initiale sont ceux qui ont le plus de chances de suivre des activités complémentaires de formation. Les Ministres de l’éducation des pays de l’OCDE lors de leur réunion d’avril 2001 ne manqueront pas de souligner la priorité que nous devons accorder à l’éducation tout au long de la vie. Les incitations doivent être revues à cette fin. Les particuliers, les entreprises et les pays doivent avoir un avantage clair à investir dans l’acquisition de qualifications nouvelles. La formation pour adultes doit être renforcée, tout en parvenant à mieux intégrer ceux qui n’ont pas réussi leur formation initiale. Les travaux de l’OCDE montrent que cet objectif peut être atteint.Ce sont là toutefois des mesures de "rattrapage". Or c’est dès le plus jeune âge que nous devons améliorer la transmission des compétences. Il nous faut investir dans la scolarité dès les tout premiers stades d’apprentissage et réduire l’échec scolaire. Les récents progrès dans les TIC vont donner aux décideurs publics les moyens de développer l’instruction en dehors des salles de classe, y compris dans le cadre de l’activité professionnelle et des loisirs. Les TIC sont utilisées de façon plus courante qu’elles ne l’étaient il y a cinq ans. Les ordinateurs constituent un formidable outil d’autoformation, que la plupart des personnes, jeunes ou âgées, semblent maîtriser rapidement. Même les personnes handicapées peuvent constater que les ordinateurs les rendent plus autonomes. La formation à distance, la formation en entreprise, les cursus proposés à domicile sont autant d’activités en faveur desquelles des investissements pourraient améliorer les compétences de tous. Il n’existe cependant aucune formule magique. La réunion des Ministres de l’éducation donnera aux décideurs l’occasion de s’informer mutuellement de leurs initiatives couronnées de succès ou non dans ce domaine et n’est-il pas temps maintenant de s’intéresser aux enseignants ?Cette profession jadis estimée semble traverser une crise de vocation. Le corps enseignant vieillit dans un certain nombre de pays de l’OCDE et n’attire pas les jeunes diplômés. Inverser cette tendance sera difficile à moins que la rémunération des enseignants ne devienne plus concurrentielle. De plus, les conditions exigées pour devenir enseignant limitent les possibilités d’accéder à cette profession ou d’en sortir. Cette situation peut nuire aux perspectives de carrière des enseignants et, compte tenu de la mobilité du marché de l’emploi, avoir une incidence sur le prestige et les performances de cette profession.Les pouvoirs publics, les collectivités et les parents ne devraient-ils pas déployer d’ingénieux efforts pour rétablir le prestige de cette profession essentielle ? Telle est la question que je pose. Après tout, à l’ère de l’information, nous avons toujours besoin, et les jeunes en particulier, d’être conseillés sur ce qui mérite d’être appris. Par ailleurs, tous les parents veulent que leurs enfants aient de bons enseignants et ils sont en droit d’obtenir cette qualité dans le système public. Il est temps que les pays investissent, certes, dans l’éducation, mais aussi dans ceux qui la transmettent.


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