La planète durable: y arriverons-nous?

Notre planète terre n’est pas simplement un grand roc sur lequel vient se greffer la vie mais un être vivant, selon l’hypothèse Gaïa énoncée par James Lovelock et Lynn Margulis Comme le déclarait encore récemment James Lovelock, « la vie, de toute évidence, fait plus que s’adapter à la terre ; elle la transforme à ses propres fins. La vie et l’environnement physique sont des partenaires étroitement liés par le processus de l’évolution ».
Depuis la révolution industrielle, nous connaissons une croissance économique et une création de richesse sans précédent. Malheureusement, cette croissance n'a semble-t-il bénéficié, pour l’essentiel, qu'à un petit groupe de privilégiés. En contemplant le monde matériel qui nous entoure dans les pays de l’OCDE, on est tenté de penser que nous avons atteint le nirvana. Mais il ne faut pas s'y tromper. Non seulement la pauvreté est encore très répandue dans beaucoup de pays de l’OCDE, mais elle reste un fléau pour des milliards de nos semblables.La pauvreté représente selon moi le principal défi qu’il nous faut relever si nous voulons parvenir à un développement durable. Pourquoi me direz-vous ? Parce que la pauvreté oblige à lutter pour le strict nécessaire : pour les personnes et les familles qui vivent dans le dénuement, il s'agit de survivre au quotidien et toute nourriture ou source d’énergie est bonne à prendre. Les économies d'énergie, la conservation, le souci de laisser des ressources aux générations futures sont autant de « luxes » que les plus démunis estiment souvent ne pouvoir se permettre.Il va de soi, comme l’atteste l’histoire des pays de l’OCDE, que la pauvreté n’est pas seule responsable du gaspillage et du pillage de l’environnement et des ressources naturelles de la planète. La faute en incombe aussi à la recherche immédiate du profit, à l’indiscipline, et même au choix délibéré de fermer les yeux sur les conséquences de notre système de développement ainsi qu’à l’absence regrettable d'une véritable volonté d'y remédier. L’inventaire de nos pratiques dommageables est long. L’empoisonnement de l’eau douce, la surpêche, l’utilisation de pesticides, comme le DDT, et la pollution de l’atmosphère causée par notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles n'en sont que quelques-unes. Il est en un sens justifié de dire que les pays de l’OCDE ont opté pour des avantages à court terme au prix de problèmes à long terme. Notre modèle de croissance s’est révélé extrêmement avantageux pour quelques-uns d’entre nous à qui il a apporté richesse et santé, mais l’homme a dangereusement modifié l’équilibre du « petit point bleu » qu’est notre terre, selon l’expression employée par l’astronome Carl Sagan. Nous ne pouvons invoquer la pauvreté comme excuse ; la méconnaissance des conséquences n’est pas non plus un argument véritablement convaincant pour une espèce qui a marché sur la lune, réalisé la fission de l’atome et dressé la carte de son génome. Nous ne pouvons pas nous en tirer à si bon compte. Homo sapiens est une espèce douée d’intelligence, mais il a rarement agi quand il le fallait.Pour une grande partie du monde en développement, le long terme n’existe pas, seules sont présentes la faim et la misère. Même l’exploitation des forêts tropicales humides est une question de survie pour beaucoup de nos congénères. Que ces forêts contribuent pour une large part à absorber les émissions de CO2 , principales responsables du réchauffement de la planète, est un argument dont ils ne peuvent tenir compte. De même, ils ne peuvent voir dans ces forêts l’habitat de variétés végétales et animales menacées dont les propriétés, comme le signale E.O. Wilson dans ce numéro de l’Observateur, peuvent même avoir une influence déterminante sur notre vie.La pauvreté n’est pas seule à mettre en péril le développement durable. Après tout, la plupart des entreprises forestières n’appartiennent pas à des populations pauvres mais à des multinationales basées dans les pays de l’OCDE, dont elles approvisionnent les marchés. C’est donc nous qui, pour une large part, sommes responsables de la déforestation et par la même des changements qu’elle entraîne. Or, notre planète et l’humanité tout entière ne pourront avancer sur la voie du développement durable si nous ne faisons rien pour aider ceux qui vivent dans le dénuement et le désespoir. Une diffusion mondiale des avantages de la croissance économique, stimulée à la fois par la libéralisation du commerce comme le disent Mike Moore et Michel Camdessus dans ce numéro, et par la libéralisation de l'investissement, permettra de relever le plus efficacement ce défi. Nous en voyons chaque jour des preuves de plus en plus nombreuses. La diminution des budgets consacrés à l’aide au développement dans la plupart des pays de l’OCDE ne contribue certes pas aux objectifs de développement. Cependant, même si le commerce et l’aide peuvent réduire la pauvreté, nous savons à présent que nous ne pouvons promouvoir la croissance au détriment de notre planète. Les pays de l’OCDE doivent agir car ils sont responsables d’une grande partie de la pollution, mais la part des émissions des pays pauvres augmentera dans l’avenir. Nous devons tous nous efforcer de rompre le lien entre expansion économique et surexploitation, et les programmes de développement doivent eux aussi dissocier croissance et environnement.Le développement durable n’est pas un choix politique. Nous devons simplement faire un sérieux effort. Le principe pollueur-payeur ou les nouvelles technologies nous aiderons peut-être dans notre tâche ; les biotechnologies nous permettront sans doute un jour de supprimer les pesticides et il se peut que les nouvelles sources d’énergie finissent par prédominer. Mais l’histoire nous jugera sévèrement si nous ne mettons pas à profit tous les moyens qui s'offrent à nous pour réduire la pauvreté. Si nous ne faisons rien à cet égard, le développement durable de la planète demeurera hors de portée. Même si la relation Gaïa entre la Terre et la vie reste encore unie, homo sapiens pourrait bien disparaître.


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