Poids lourds: la technologie au secours des routes

Comment accroître la charge des poids lourds tout en réduisant la détérioration du réseau routier et les coûts de transport ? La réponse passe peut-être par la technologie.
Direction de la science, de la technologie et de l'industrie
Dans la plupart des pays industrialisés, l’entretien des routes est un poste de dépenses publiques considérable. Pour certains d’entre eux , il peut atteindre jusqu’aux trois quarts du budget total consacré aux infrastructures routières. L’un des défis que doivent relever les pouvoirs publics consiste à trouver comment maîtriser ces coûts tout en améliorant l’efficacité du transport routier.
Le transport de marchandises est en effet la principale cause de détérioration des routes, et les poids lourds se trouvent au cœur du débat. De fait, il est possible d’améliorer leurs performances grâce aux progrès techniques. Il est même possible d’augmenter leur charge autorisée quand ils sont équipés de systèmes de suspension perfectionnés sans que les dépenses liées à la dégradation du réseau augmentent pour autant. En outre, une plus grande efficacité pourrait se répercuter au consommateur final à travers la baisse des coûts de transport.Le développement des transports et la croissance économique sont en relation directe (voir graphique). Or, c’est par la route que s’effectuent plus de 70 pour cent des transports de marchandises à un moment ou un autre entre le lieu de production et le consommateur final. Entre 1985 et 1995, le volume du transport routier de marchandises s’est accru dans la plupart des pays de l’OCDE : il a augmenté de 119 pour cent en Australie, de 61 pour cent en France, de 71 pour cent au Japon, de 288 pour cent en Corée, de 56 pour cent aux Pays-Bas et de 66 pour cent aux États-Unis. La part du transport routier dans le total des marchandises transportées a accusé une progression notable au cours de la même période, qui s’explique parce que ce mode offre souvent une rentabilité et une souplesse plus grandes que les autres, notamment les voies navigables et le rail.Compte tenu de l’importance des transports pour l’économie -- la valeur des actifs d’un réseau routier représente en moyenne de une et demie à trois fois le PNB annuel dans les pays de l’OCDE --, il n’est pas surprenant que les enjeux des investissements publics dans les infrastructures de transport soient énormes. Prenons l’exemple de la Transport Equity Act de 1998 aux États-Unis : elle prévoit que 198 milliards d’USD seront investis sur six ans pour reconstruire le système de transport du pays. Ce chiffre est supérieur au PIB de la Suède de la même année. Dans nombre de pays de l’OCDE où les grandes infrastructures de transport sont déjà en place, les dépenses d’entretien et de remise en état se taillent la part du lion dans les crédits budgétaires annuels alloués aux réseaux routiers. En revanche, il peut arriver que les dépenses pour la construction de nouvelles routes ne dépassent pas 10 pour cent du budget total consacré aux infrastructures.DES VÉHICULES BIEN CONÇUSDepuis 40 ans ou plus, , la conception des véhicules s’est améliorée, notamment en qui concerne les performances de la suspension afin de tenir compte de la détérioration des chaussées et de la diminuer. Les instances de réglementation ne perdent pas de vue l’ampleur des progrès réalisés. La Commission européenne, par exemple, a adopté des mesures préférentielles concernant le poids maximum autorisé des véhicules équipés de suspensions pneumatiques ou équivalentes qui causent moins de dommages aux routes. On connaissait très mal les avantages scientifiques et économiques de telles suspensions jusqu’à ce que soient réalisées des expériences très poussées, dans le cadre du Programme de recherche de l’OCDE sur les transports routiers et les liaisons intermodales. Les résultats de ce projet, baptisé très à propos DIVINE, sont consignés dans l’étude intitulée « Interaction dynamique entre véhicules et infrastructure ». Ils auront des répercussions importantes sur les activités futures de construction et d’entretien du réseau routier, ainsi qu’une grande influence sur les normes applicables aux suspensions peu agressives pour les routes.Ces progrès présentent, d’une manière générale, deux atouts économiques potentiels. En premier lieu, le remplacement du parc national par des véhicules qui détériorent moins les routes permettrait de réduire très nettement les coûts d’entretien et de remise en état du réseau. D’après des estimations calculées dans le cadre des recherches menées par l’OCDE, les suspensions peu agressives pour les routes sont susceptibles de prolonger la durée de vie des chaussées d’un pourcentage compris entre 15 et 60 pour cent, selon le type de revêtement. On voit donc que les économies seraient considérables. Deuxièmement, le relèvement du poids maximum autorisé pour les véhicules moins agressifs pour les routes améliore l’efficience du transport sans accroître l’usure des chaussées. En Australie, la National Road Transport Commission estime qu’en augmentant de 15 pour cent le poids maximum autorisé des véhicules, on économiserait 840 millions d’AUS (soit 535 millions d’USD) par an sur les coûts de transport. L’Australie a donc instauré l’an dernier des charges maximum autorisées plus élevées pour les véhicules équipés de suspensions peu agressives pour les routes et circulant sur le réseau routier national. Bien entendu, ces deux options ne sont pas exclusives l’une de l’autre as et les pays souhaiteront déterminer eux-mêmes les poids maximums autorisés qui cadreront le mieux avec leur politique générale en matière de transports.L’un des problèmes que posent les poids lourds équipés des nouveaux systèmes de suspension tient à l’aménagement nécessaire de nombreux ponts : c’est un travail lourd et coûteux. Mené dans le cadre des programmes globaux d’entretien et de remise en état du réseau, il devrait néanmoins permettre aux économies réalisées en matière de coûts de transport de l’emporter, à long terme, sur le surcroît de dépenses entraîné par le renforcement des ponts.LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE ET L’ENVIRONNEMENT ONT ÉGALEMENT TOUT À GAGNER D’UNE MEILLEURE PRODUCTIVITÉ DU TRANSPORT ROUTIER DE MARCHANDISESLes opérateurs de transport et les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à tirer profit de ces gains ; l’économie, dans son ensemble, en bénéficiera tout autant. En outre, améliorer la productivité du transport routier de marchandises par une gestion plus stratégique et efficace du réseau routier pourrait également se révéler avantageux pour la sécurité routière et l’environnement, en particulier si le recours à des technologies perfectionnées permet de réduire le nombre de véhicules de transport de marchandises en circulation.Plusieurs possibilités s’offrent aux responsables de l’élaboration des politiques à cet égard : instaurer l’obligation d’équiper les poids lourds de systèmes de suspension moins agressifs pour les routes, ou encourager les opérateurs de transport à les adopter par le biais des prix, ou encore offrir des incitations de type pratique, en augmentant par exemple le poids maximum autorisé pour les véhicules dont les systèmes de suspension causent moins de dommages aux routes. Du choix qu’ils feront découleront des avantages pour tous.


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