Écran total

La presse imprimée fait plus que résister dans l’économie Internet.
Directeur de la communication, Association mondiale des journaux*
L’enthousiasme suscité par les nouveaux médias et par leur utilité tant vantée s’explique aisément. Par contre, il est plus difficile de comprendre pourquoi l’opinion commune veut que la montée des médias numériques annonce un déclin de la presse, laquelle existe pourtant depuis plus de 400 ans. Car l’opinion commune se trompe.

La « mort » des journaux est une vieille lune reposant sur de fausses hypothèses et des stéréotypes éculés. Étudions les faits.

La presse écrite représente un chiffre d’affaire mondial de 190 milliards de dollars. Plus de 550 millions de personnes achètent quotidiennement un journal. Les journaux attirent au moins 1,6 milliards de lecteurs par jour.
La diffusion mondiale payante des journaux (exemplaires payés) a progressé de 2,3 % en 2006 (dernières données disponibles). Si l’on ajoute à cela les journaux gratuits, l’augmentation est de 4,6 %.Il s’écoule 41 milliards d’exemplaires de journaux gratuits par jour, dont les deux tiers en Europe. Beaucoup de leurs lecteurs ne lisaient pas le journal auparavant.Là où la pénétration d’Internet et du haut débit est élevée, le lectorat des journaux l’est aussi. La presse payante totalise 11 200 titres dans le monde.Les journaux restent le deuxième support publicitaire, avec environ 30 % du marché, soit plus que le budget de la radio, de l’affichage, du cinéma, de la presse magazine et d’Internet réunis. Si on inclut les magazines, la presse écrite domine nettement le marché de la publicité, avec 42 % du marché.La presse a investi plus de 6 milliards de dollars en technologie dans les 18 derniers mois. C’est un secteur qui emploie plus de deux millions de personnes dans le monde.Pourquoi ce hiatus entre l’opinion et la réalité ? On attache d’abord trop d’importance au tassement graduel des ventes constaté dans certains pays développés, principalement aux États-Unis et dans certains pays d’Europe occidentale. C’est aussi en partie à cause des marchés financiers, qui font peu de cas des marges bénéficiaires pourtant fort honorables de la presse – à deux chiffres dans de nombreux cas, ils font bien des jaloux – et se focalisent uniquement sur des prévisions pour le moins discutables.Enfin, certains commentateurs extrapolent sur leurs habitudes personnelles en matière de médias et en tirent des conclusions sur l’ensemble du public, ou ont un intérêt personnel dans le numérique.Il ne s’agit pas ici de minimiser les difficultés. La diffusion des journaux connaît une érosion lente dans certains pays occidentaux depuis quelques années. Mais c’est aussi le cas du temps passé à la plupart des autres activités – qui ne déplore le manque de temps que nous laisse la vie moderne ?Dans un paysage médiatique toujours en mouvement, il importe de considérer les journaux dans le contexte de l’évolution de l’ensemble des médias, où la fragmentation de l’offre et l’apparition de nouveaux modes de consommation compliquent la vie des consommateurs.Internet est, par définition, un média atomisé. La télévision l’est aussi, avec sa multitude de chaînes, hertziennes, câblées et par satellite (et maintenant sur Internet). Mais les journaux, ces chers vieux journaux, conservent finalement une base de lectorat et une démographie relativement stables. Selon Forrester Research, 36 % des internautes réguliers ont réduit le temps qu’ils passaient à regarder la télévision, alors que 64 % d’entre eux déclarent ne pas avoir changé leurs habitudes en matière de consommation de journaux, malgré la multiplication de l’offre. Les journaux développent aussi rapidement leur portefeuille multimédia et s’étendent à toutes les plateformes – pas uniquement sur le web, où ils sont déjà très présents, mais aussi sur les PDA, les téléphones mobiles, les dispositifs d’impression à la demande dans les hôtels, les podcasts – se plaçant, réactifs, sur chaque nouvelle plateforme.Prenons le Washington Post aux États-Unis : sous forme imprimée, c’est un quotidien d’envergure régionale, distribué sur la côte Est. En ligne, il est accessible partout. Et son lectorat n’a jamais été aussi important.Prenons encore le Guardian au Royaume- Uni, ou plutôt dans le cyberespace, car il continue d’étendre son lectorat outre- Atlantique, à telle enseigne qu’il a lancé une édition américaine sur Internet. C’est un quotidien qui s’est affranchi de son appartenance géographique.Quelle que soit la plateforme sur laquelle nous les lisons, les journaux sont toujours identifiables en tant que tels. Cela tient à la nature de leur contenu : approfondi, informé et sélectif, qualités que l’on ne retrouve pas sur les autres médias. Il faut le rappeler : les agrégateurs de nouvelles, les blogs, les agences de presse, et même les présentateurs d’informations régionales à la télévision ne pourraient pas faire leur travail sans lire les quotidiens qui, grâce à la qualité de leurs équipes, fixent l’ordre du jour de l’actualité.Un journal est une entreprise, mais pas une entreprise comme les autres. Son rôle traditionnel dans une société démocratique est d’apporter aux citoyens les informations nécessaires pour prendre des décisions, et d’alerter l’opinion sur des affaires de corruption et différentes malversations. Cela n’a pas changé depuis 400 ans. Pas très « sexy », peut-être, mais essentiel.Plutôt que de proclamer la « mort de la presse », faisons donc tout ce qui est en notre pouvoir pour créer les conditions qui permettront à une presse indépendante de prospérer. Tant de choses en dépendent.* L’Association mondiale des journaux administre une base de données qui rend compte des tendances de la presse mondiale, World Press Trends : il s’agit d’un recueil de statistiques sur la presse écrite dans 234 pays et territoires où sont publiés des journaux. L’AMJ représente 18 000 journaux ; ses membres comptent 77 associations nationales de journaux, des entreprises de presse et des patrons de presse de 102 pays, ainsi que 12 agences de presse et 11 groupes de presse régionaux et mondiaux.©L’Observateur de l’OCDE n° 268, juillet 2008


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