Debattre des enjeux du millenaire

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils répondre à ceux qui les accusent d’être déconnectés des besoins des citoyens et de souffrir d’un discrédit croissant aux yeux de l’opinion publique? Comment les grandes entreprises peuvent-elles instaurer un meilleur climat avec les pouvoirs publics, les travailleurs et la société civile? En quoi consiste la bonne gouvernance et dans quelle mesure les partenariats conclus entre les pouvoirs publics, les entreprises et les représentants de la société civile peuvent-ils l’améliorer?
Dans la mesure où il s’agira d’une conférence internationale ouverte au public, le Forum 2000 de l’OCDE offrira aux représentants de tous les secteurs de l’économie et de la société un cadre dans lequel ils pourront exprimer leur point de vue, débattre de toute une série de questions d’actualité, et contribuer ainsi à définir les grandes lignes des évolutions du 21ème siècle. Il est en effet essentiel d’élargir à l’ensemble des acteurs la concertation sur les mesures à prendre afin de déceler les tensions et de gérer les frictions systémiques dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui. Le Forum 2000 de l’OCDE se déroulera parallèlement à la réunion annuelle du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres qui se tiendra du 26 au 28 juin 2000. D’ores et déjà, un nombre impressionnant de personnalités ont accepté de prendre la parole ou d’assister, à la Conférence: Mike Moore, directeur général de l’OMC, Martin Baily, chef du Bureau des conseillers économiques du Président des Etats-Unis ; Maria Cattaui, secrétaire général de la Chambre de commerce internationale; Yoataro Kobayashi, président de Fuji-Xerox ; Peter Sutherland, président de Goldman Sachs International ; Jagdish Bhagwati, professeur à l’université américaine de Columbia et Bjorn Stigson, président du World Business Council on Sustainable Development.Le Forum 2000 abordera une série de thèmes d’intérêt majeur. Il commencera par une question : sommes-nous entrés dans une nouvelle économie ? Les technologies de l’information et de la communication tranforment l’organisation du travail et du commerce dans le monde entier. L’économie des Etats-Unis a enregistré des performances impressionnantes dans les années 9O et a connu sa période de prospérité la plus longue du siècle. D’après certains analystes, les Etats-Unis sont entrés dans une « nouvelle ère ». Au Japon, les marchés intérieurs s’ouvrent davantage à la concurrence internationale, les pressions exercées par le marché accélèrent les réformes structurelles qui font une plus large place aux intérêts des consommateurs ainsi qu’aux initiatives et aux choix individuels. En Europe, où l’impact des nouvelles technologies commence à se traduire par des gains de productivité, le lancement de l’Euro pourrait être à l’origine de gains d’efficience généralisés et faire progresser le marché unique européen.Comment caractériser la période actuelle ? S’agit-il d’un phénomène uniquement limité à quelques pays, dans le sillage des Etats-Unis ou bien d’un phénomène de portée mondiale qui va toucher un grand nombre d’économies ? Quelles en seront les conséquences pour les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile ? Telles sont quelques-unes des questions qui seront probablement abordées lors du Forum.Les partenariats conclus entre les entreprises, la société civile et les pouvoirs publics pour guider l’action publique figurent en second sur la liste des thèmes prioritaires du Forum 2000. La mondialisation, la rapidité du progrès technologique et le développement de la démocratie modifient les relations entre les Etats, les marchés et la société civile. Les Etats sont confrontés à un monde dans lequel les notions traditionnelles de citoyenneté, de souveraineté, de responsabilité et de territoire sont toutes remises en question. Les marchés deviennent plus concurrentiels, se mondialisent et gagnent en puissance. La rapidité des processus d’innovation et de mondialisation, qui a pu être parfois grisante, a provoqué une certaine instabilité dans différents pays et secteurs. Une des caractéristiques de la nouvelle économie est que les citoyens et les consommateurs sont de mieux en mieux informés et savent davantage se faire entendre. Leurs intérêts sont par ailleurs devenus plus diversifiés, comme l’atteste le large éventail d’organisations non gouvernementales qui ont vu le jour ces dernières années.De même que la façon de commercer évolue, de même les Etats doivent-ils s’adapter pour conserver leur efficacité dans ce nouvel environnement. Mais il est vrai que les secteurs publics échappent, dans une grande mesure, aux contraintes de la concurrence, en dépit des progrès accomplis dans certains pays sur la voie de l’amélioration de l’efficience. Dans cet environnement complexe, les entreprises, les organisations non gouvernementales et les représentants de la société civile doivent-ils devenir des partenaires plus actifs dans l’élaboration des politiques publiques ? Comment les pouvoirs publics peuvent-ils devenir des acteurs plus efficaces dans une économie mondiale qui évolue rapidement ?DÉVELOPPEMENT DURABLELe Forum 2000 cherchera ensuite à déterminer si le monde progresse sur la voie du développement durable. Les Etats ne doivent pas seulement s’efforcer d’atteindre et de préserver des taux élevés de croissance économique. En effet, un développement économique qui ne tiendrait pas compte des grands enjeux environnementaux et sociaux ne saurait être durable. Certaines décisions économiques contribuent au changement climatique, à l’appauvrissement de la biodiversité et à une exploitation non durable des ressources naturelles ainsi qu’à l’inégalité des revenus et à un chômage élevé. Il importe donc, pour oeuvrer en faveur du développement durable, de modifier les incitations économiques afin que les préoccupations touchant à l’environnement et la société soient systématiquement prises en compte dans l’élaboration des politiques publiques. Mais quelle est la nature des changements qu’il faudrait introduire dans l’action publique? Quels en sont les coûts ? Et comment les entreprises intègrent-elles les objectifs du développement durable dans leur planification stratégique?Le Forum 2000 consacrera son quatrième thème aux moyens de tirer pleinement profit des échanges mondiaux. Une libéralisation plus poussée du commerce mondial peut être un levier puissant au service du développement et de l’amélioration de la prospérité mondiale pour les pays à tous les stades de développement. Le démantèlement complet des tarifs douaniers dans le monde entier entraînerait une progression de l’ordre de 3 % de la production économique mondiale au cours de la prochaine décennie, ce qui reviendrait à injecter environ 1 200 milliards de dollars dans l’économie mondiale. La libéralisation des échanges de services devrait aussi se traduire par des gains très substantiels. Certains éléments autorisent à penser que ce sont les pays en développement qui bénéficieraient le plus d’une libéralisation des échanges en termes relatifs. Certes, on peut craindre qu’un grand nombre de ces pays, en particulier les plus pauvres, ne soient pas en mesure de recueillir tous les fruits de la libéralisation, voire de participer efficacement aux négociations commerciales. Il appartient aux pays de l’OCDE de montrer la voie à suivre dans ce domaine, en tenant compte des effets de leurs politiques sur les économies en développement et en transition et en veillant à éviter dans toute la mesure du possible que les économies les plus pauvres et les plus fragiles ne se retrouvent isolées.UN DIALOGUE NUMÉRIQUELe Forum 2000 abordera enfin une autre question d’actualité, à savoir l’essor du commerce électronique et de l’Internet. Ce nouveau mode de communication fait ressortir l’interdépendance des priorités nationales et mondiales. Le monde est peut-être devenu le « village planétaire » dont on a commencé à parler il y a quelque 25 ans. Le nombre de consommateurs et d’entreprises ayant accès à l’Internet ainsi que les possibilités de participation au commerce électronique et de création de nouvelles entreprises augmentent rapidement. Les répercussions du commerce électronique apparaissent désormais très clairement dans notre environnement quotidien. L’effet de libéralisation et le potentiel d’émancipation de l’Internet semblent considérables. Ces perspectives ne sont cependant pas exemptes de dangers.D’aucuns craignent, au sein des administrations publiques, que le commerce électronique n’entraîne une baisse des recettes fiscales, qui aurait pour effet de compromettre le financement des dépenses publiques indispensables. L’OCDE mène des travaux en vue de répondre à cette inquiétude. On évoque aussi le risque d’apparition d’un « fossé numérique » dans la mesure où certaines catégories de la population, voire certains pays, ne seront pas en mesure de participer à la nouvelle économie, faute de pouvoir accéder aux nouvelles technologies. Il importe de mieux comprendre les conséquences sociales et économiques du développement de l’Internet, ainsi que les besoins des grandes et des petites entreprises, des Etats, des organisations non gouvernementales et des individus, qu’il s’agisse de travailleurs, d’étudiants, de consommateurs ou de citoyens, tant dans les pays en développement que dans les pays développés.Les défis de nature politique, économique et sociale qui nous attendent à l’aube du 21ème siècle sont redoutables. Il faudra des partenariats solides entre les pouvoirs publics, les entreprises et les représentants de la société civile pour les relever, ce qui exigera toujours plus de transparence et de clarté dans l’élaboration des politiques. Le Forum 2000 de l’OCDE est une initiative importante à cet égard dans la mesure où il vise à créer ces partenariats. La liste des questions à traiter est longue et il est probable que les débats susciteront autant de questions importantes que de réponses pertinentes. Le Forum 2000 de l’OCDE pourrait bien être le cadre dans lequel seront débattus les enjeux du millénaire.© L’Observateur de l’OCDE, Nº220, Avril 2000


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