Net économie : vers un avenir meilleur

Directrice, Direction de la Science, de la Technologie et de l’Industrie de l’OCDE

©David Rooney

Vous souvenez-vous de la vie avant Internet ? Bien qu’il s’agisse d’une technologie encore nouvelle, un monde sans Internet est devenu aussi difficile à imaginer qu’un monde sans téléphone pour beaucoup d’entre nous. Mais que nous réserve l’avenir ?

Les avantages de cette extraordinaire technologie peuvent-ils se multiplier, et les défis les plus épineux être résolus ? L’avenir de l’économie de l’Internet sera le thème de la première réunion ministérielle que l’OCDE tiendra en Asie, à Séoul, les 17 et 18 juin 2008. Les implications de la progression rapide de l’utilisation d’Internet dans nos économies et nos sociétés y seront examinées, ainsi que les politiques nécessaires pour que ce développement perdure.Les temps ont bien changé depuis que l’OCDE a organisé sa première conférence ministérielle sur le commerce électronique, à Ottawa en 1998. Internet commençait alors à peine à se généraliser et cette réunion visait à en prendre la mesure. Elle a défini des orientations stratégiques pour les politiques à mener dans de nombreux domaines qui sont encore pertinents aujourd’hui – protection de la vie privée, sécurité, fiscalité, protection du consommateur – et ces orientations ont contribué à développer l’activité en ligne et à l’intégrer à notre vie quotidienne.Mais beaucoup de « temps Internet » a passé depuis Ottawa. Google n’avait qu’un mois et n’occupait que trois personnes, dans un garage. Amazon et eBay démarraient à peine, mais sont devenues depuis des entreprises florissantes. Ces dernières années, de nouveaux services comme iTunes, Skype et YouTube sont entrés dans le vocabulaire quotidien de millions de personnes dans le monde entier.Sous cette surface, l’infrastructure du réseau s’est également radicalement transformée au cours des dix dernières années. Les connexions via lignes téléphoniques ont permis un accès permanent au haut débit. De plus, les utilisateurs peuvent accéder à Internet à l’aide de divers appareils sans fil, des ordinateurs aux téléphones portables. Pendant ce temps, les communications ont été le poste du budget des ménages qui a connu la progression la plus rapide depuis 1993, devançant la santé ou l’éducation.Des millions de personnes utilisent dorénavant Internet pour toutes sortes d’activités – travail à domicile, achat de livres, téléchargement de jeux, de musique ou de films. La participation des internautes et leurs activités de publication sur la toile ont également connu un essor sans précédent, avec les blogs, les podcasts et les wikis interactifs que chacun peut modifier, les sites de partage de photos et de vidéo-clips, comme Flickr et Daily Motion. Les sites de réseaux sociaux comme Bebo, Facebook et MySpace forment un autre univers de communication qui se développe rapidement.Ce qui est peut-être moins évident, c’est que des applications fondées sur Internet sont à la base d’avancées majeures de la science, de l’organisation des affaires, du contrôle de l’environnement, de la gestion des transports, de l’éducation et de l’administration en ligne. De nos jours, sans Internet, pas d’avions en vol, d’ouvertures de marchés financiers, de réapprovisionnement des supermarchés, de paiement des impôts ou d’équilibre du réseau électrique entre la demande et l’offre.Ceci reflète notre dépendance croissante à l’égard d’Internet pour les activités économiques et sociales, y compris la santé et l’éducation. D’ailleurs, la recherche d’information sur la santé est en train de devenir l’usage le plus fréquent d’Internet. En 2006, pas moins de 40 % des adultes finlandais, islandais et néerlandais ont consulté le Web pour se renseigner sur des questions de santé, comme l’ont fait plus de 30 % des Canadiens, des Norvégiens et des Allemands pour identifier des symptômes, comprendre leur ordonnance et ainsi de suite. En République tchèque, près de 80 % des hôpitaux offraient des services de consultation en ligne par courriel à leurs patients en 2005.Il y a toutes les raisons de penser qu’à l’avenir, le réseau des réseaux sera de plus en plus nécessaire à nos vies quotidiennes et aux infrastructures dont nous sommes tributaires. Alors que le Web relie actuellement à peine plus d’un milliard de personnes, il pourrait à l’avenir potentiellement relier plusieurs milliards d’objets, des réfrigérateurs aux poubelles de recyclage.Par exemple, l’identification par radiofréquence et les réseaux de capteurs peuvent en théorie être utilisés pour détecter et suivre tout, que ce soit le contenu de notre panier à provisions ou la qualité de l’eau de nos réservoirs. Toutes ces informations seront reliées sur Internet. Les transports sont destinés à évoluer à mesure que les voiture et camions sont équipés de technologies de communication permettant par exemple d’avoir accès à des informations sur le trafic, à des services routiers et même à des informations sur la distance ou la vitesses des véhicules proches pour renforcer la sécurité.Les technologies de l’information peuvent potentiellement répondre à certains de nos besoins les plus pressants : contribuer à améliorer la qualité, l’accessiblité et les résultats des systèmes de santé, tout en les rendant plus rentables. Elles peuvent aussi aider les hommes politiques à aborder certains problèmes comme celui des incidents médicaux.La créativité et l’innovation favorisées dans de nombreux domaines sont impressionnantes, mais elles vont de pair avec les formidables défis que pose la protection de la vie privée dans un monde centré sur Internet. En effet, comme toutes les nouvelles technologies, Internet a des inconvénients, dont les conséquences sont particulièrement sérieuses. De fait, le Web est le théâtre d’attaques de plus en plus graves et perfectionnées à l’encontre des consommateurs, des entreprises et des pouvoirs publics. Ainsi, il existe une augmentation récente des « botnets » - des réseaux d’ordinateurs détournés par des pirates qui peuvent être utilisés à tout moment pour lancer une cyberattaque sur d’autres ordinateurs et réseaux. Contrer ces attaques exige une coopération sans précédent de toutes les parties prenantes et une action transversale dans différents domaines d’action, de l’éducation à la répression. De plus, cette coopération devra se faire à un niveau planétaire.En résumé, ce que nous examinerons à la réunion ministérielle qui se tiendra à Séoul en juin 2008, c’est comment continuer à rendre accessible une infrastructure et des services améliorés, encourager la créativité et l’innovation nécessaires à assurer la croissance économique et sécuriser l’avenir d’une infrastructure devenue cruciale.Il est aujourd’hui difficile d’imaginer un domaine d’action qui ne subisse pas l’influence d’Internet. Certains sautent aux yeux, comme la nécessité d’une réforme de la réglementation des réseaux de communication, ou les nombreuses considérations liées au contenu numérique. Alors que les fonctions de communication essentielles étaient auparavant assurées par des réseaux distincts (données, vidéo, téléphonie), ces infrastructures sont actuellement en train de converger vers Internet.Ces mutations recoupent et remettent en question les cadres législatifs et réglementaires élaborés à une époque où la distinction entre télécommunications et radiodiffusion était plus nette. Elles peuvent perturber de nombreux modèles d’entreprise existants dans des domaines comme la production de contenus, mais elles créent également de formidables possibilités d’innovation et de croissance, comme l’ont démontré des entreprises comme Apple, Salesforce.com, Electronic Arts, eBay et Google. La fourniture de services administratifs plus efficaces, le développement de l’accès au service public ou aux activités culturelles et les nouvelles modalités de collaboration scientifique peuvent également représenter de nouvelles opportunités.Tout ceci rend l’avenir d’Internet crucial pour les responsables politiques. Que ce soit pour aborder le problème du vieillissement, le changement climatique et la gestion de l’environnement, l’efficacité énergétique, les affaires, la lutte contre la pauvreté ou la santé, les conséquences sur les activités socioéconomiques sont simplement devenues plus profondes et considérables que l’on ne pouvait l’imaginer. Les attentes que nous entretenons à l’égard d’Internet et de ce qu’il peut nous apporter sont plus exigeantes que jamais et ne s’arrêteront vraisemblablement pas là. Reprenons l’exemple de l’identification par radiofréquence et des réseaux de capteurs. Ces technologies sont très prometteuses pour l’amélioration de la chaîne logistique car elles permettent de repérer et suivre toutes sortes de choses, des bagages aux soins dispensés en hôpitaux. Sommes-nous prêts pour cela ? Les incitations, mesures et politiques appropriées sont-elles en place, de manière à exploiter le potentiel de ces technologies sans que les libertés individuelles en souffrent ?De toute évidence, les politiques doivent être minutieusement élaborées et coordonnées pour façonner l’avenir de la Net économie. De plus, Internet étant un bien mondial, aucun débat sur les politiques à mener n’ira bien loin s’il ne se situe pas au niveau international le plus large.À Ottawa, les ministres ont jeté les bases d’une décennie de politiques qui se sont révélées remarquablement efficaces, malgré de nombreuses épreuves qui n’avaient, pour beaucoup, pas été prévues : spam, fraude, piratage, etc. Dix ans plus tard, notre mission demeure largement la même, alors que nous préparons la réunion de Séoul, et traduit la raison d’être de l’OCDE : construire une vision commune d’un avenir meilleur pour les économies et les sociétés du monde entier. Et cela passe inévitablement par une vision de l’avenir d’Internet. La concrétisation de cette vision au cours des prochaines années exigera, plus que jamais, la préparation et l’action de chacun. Qui peut dire en effet quelles seront les prochaines opportunités, les prochaines épreuves ?Note : cet article est initialement paru dans L’Observateur de l’OCDE n° 263, octobre 2007.RéférencesSéoul en trois pointsLe programme de la réunion ministérielle de Séoul en juin sur l’avenir de l’économie de l’Internet est en préparation. Il s’articulera autour de trois thèmes :« Nourrir la créativité ». Les débats porteront sur les questions suivantes : comment s’assurer que les infrastructures et cadres appropriés sont en place pour encourager la recherche et l’innovation, et encourager de nouveaux modèles de coopération au service de la croissance et de l’emploi ; comment fournir l’accès le plus large aux informations et contenus du secteur public et en permettre la réexploitation par le secteur privé ; comment renforcer la valeur de la cyberscience dans la politique de l’innovation et dans la Stratégie de l’innovation de l’OCDE.« Renforcer la confiance ». Internet ne peut se développer sans la confiance du public. Les gouvernements doivent agir en concertation pour formuler des pratiques et des politiques efficaces pour assurer la sécurité d’Internet, notamment pour lutter contre les logiciels malveillants. La conférence se penchera aussi sur les mesures permettant de responsabiliser les consommateurs en ligne, d’assurer l’équité des transactions et de lutter contre les fraudes. Les moyens d’améliorer et de gérer l’identité numérique, ainsi que de resserrer la coopération multipartite et transnationale pour la protection de la vie privée, de la sécurité et des consommateurs, seront également des sujets de discussion.« Tirer parti de la convergence ». Les plateformes de réseau pour les données, la voix et la vidéo, autrefois distinctes, convergent désormais vers une plateforme unique basée sur le protocole Internet. Cette convergence se traduit par un éventail de nouveaux services, une réévaluation des modèles d’entreprise et une évolution de la concurrence sur des marchés auparavant distincts. Les responsables politiques doivent par conséquent se pencher sur plusieurs enjeux, notamment : les principes directeurs requis pour la convergence et la transition vers la prochaine génération de réseaux à haut débit ; les orientations susceptibles d’aider les consommateurs à maîtriser la transition vers un réseau convergent tout en stimulant la concurrence ; les nouveaux défis et opportunités.©L’Observateur de l’OCDE n° 268, juillet 2008


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