Renforcer le pouvoir des femmes

La conférence de Bangkok, 8-10 décembre 1999
« Sur l’ortie du danger nous cueillons la fleur de la sécurité» a déclaré Diana Rivington, l’une des principales animatrices de l’atelier conjoint ONU-OCDE sur le renforcement du pouvoir des femmes dans l’optique de la sécurité humaine qui s’est tenu à Bangkok en décembre 1999.
Cette citation extraite d’Henry IV de Shakespeare exprime un sentiment très largement partagé dans le monde d’aujourd’hui. La paix et la sécurité sont des denrées rares dans les régions en proie à des conflits ou soumises à la dictature. Mais la violence, la guerre et la peur ne sont plus des manifestations passagères d’un dysfonctionnement de la société qui disparaissent lorsque le « développement » prend la relève. Chaque jour des millions de femmes et de jeunes filles voient leur sécurité menacée, que ce soit chez elles, à l’école, au travail ou dans la rue. Leur sécurité n’est même pas garantie dans les tribunaux et les prisons, où elles peuvent être exposées à la violence des policiers ou des militaires.Libérer l’être humain de la misère et de la terreur est une condition essentielle à sa sécurité. Pourtant, les conflits sapent les efforts pour faire respecter ces droits fondamentaux et mettent en danger les groupes les plus vulnérables, notamment les femmes. La majorité des conflits se déroulent à l’intérieur des pays et non entre eux. Ils sont déclenchés en partie par l’exclusion sociale et politique, la pauvreté, le recul de l’état de droit et l’insécurité. Aujourd’hui la plupart des victimes de conflits sont des civils et non plus des militaires.S’appuyant sur l’expérience des Nations Unies, de donneurs bilatéraux, d’ONG de pays en développement et d’institutions financières internationales comme la Banque Mondiale et le FMI, les participants à la conférence de Bangkok se sont penchés sur des situations de crise complexes comme celles que traversent le Kosovo, le Timor oriental, Bougainville, le Sri Lanka et le Burundi. Leur objectif était de définir des stratégies pour construire des sociétés justes et équitables auxquelles les femmes pourront apporter une contribution de premier plan. Les femmes ont de toute évidence les qualités, le désir et les capacités nécessaires pour participer de multiples manières à des processus complexes de rétablissement et de maintien de la sécurité. Elles peuvent intervenir en tant qu’agents économiques, négociatrices officielles ou officieuses, membres de groupes de pression ou militantes. Malheureusement, elles sont souvent exclues de ces processus et ne peuvent pas faire entendre leur voix.Aujourd’hui, comme en témoignent plusieurs exemples présentés à la conférence, les femmes sont de plus en plus souvent actrices et non plus victimes dans les conflits armés et les efforts de réconciliation. Elles s’assoient à la table des négociations de paix. Elles participent à la définition, la préparation et la mise en œuvre des programmes de reconstruction. Elles sont également impliquées dans les conflits, parfois en tant qu’instigatrices, mais le plus souvent en tant que militantes pour la paix et le droit à la sécurité. Mais il reste encore beaucoup à faire. Pour commencer, le Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies a expliqué comment les questions d’égalité homme-femme pouvaient être intégrées aux mandats et aux activités de maintien de la paix.Les représentants des États-Unis ont décrit des exemples encourageants d’initiatives menées actuellement au Kosovo pour renforcer le pouvoir des femmes, notamment en soutenant les efforts de réconciliation entrepris par des groupes les rassemblant à l’échelon local. Grâce à leur participation aux conseils municipaux, les femmes ont pu s’attaquer directement aux problèmes qui les touchent en priorité. Ce type d’initiatives a permis aux femmes d’un village dont toute la population masculine avait été massacrée de monter leur propre entreprise et de subvenir à nouveau aux besoins de leurs familles.Les représentants australiens ont exposé les leçons tirées de leur participation aux efforts de rétablissement d’une paix durable à Bougainville, où un patient travail de cicatrisation et de restauration de la confiance doit être mené compte tenu de l’état de dévastation et de la fragilité des structures sociales, économiques et politiques. Il avait été implicitement admis que les femmes continueraient de jouer un rôle actif comme elles l’avaient fait durant le processus de paix. Il a cependant fallu des efforts concertés pour leur permettre de continuer à participer à la prise de décision, à l’élaboration des politiques et aux institutions publiques. Les participants à la conférence de Bangkok ont souligné que les situations de crise compliquées que nous connaissons aujourd’hui peuvent offrir des occasions uniques de renforcer le pouvoir et la capacité d’initiative des femmes à travers les interventions en faveur de la sécurité humaine. Les acteurs de la coopération pour le développement peuvent mettre sur pied des initiatives en vue de développer les capacités et les compétences des femmes et de soutenir les institutions des pays en développement, notamment les ONG, le système judiciaire et les médias, qui constituent des relais essentiels dans le domaine de l’accès des femmes au pouvoir et de la sécurité.Mais que faire quand l’appareil d’Etat ne fonctionne plus et qu’on ne trouve plus d’interlocuteur à ce niveau ? Une solution consiste dans ce cas à promouvoir la participation des femmes à travers le dialogue avec les ONG et d’autres acteurs de la société civile. Les organismes intergouvernementaux comme l’OCDE peuvent aussi jouer un rôle en accomplissant un travail essentiel de collecte d’informations, par exemple en dressant des listes d’associations féminines. * * * * * * * * * * * * * * * * *Bibliographie: « Atelier sur le renforcement du pouvoir des femmes dans l’optique de la sécurité humaine» organisé par le Groupe de travail du CAD sur l’égalité homme-femme (OCDE) et le Comité interinstitutions sur les femmes et l’égalité entre les sexes (Nations Unies) les 7-8 décembre 1999 à Bangkok.


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