Évaluer les previsions

La prévision économique constitue une activité précieuse. Elle aide les gouvernements, les banques centrales et les entreprises à prendre quotidiennement des décisions concernant les politiques publiques, les investissements, le niveau des dépenses ou encore les taux d’intérêt. L’offre en est diverse et abondante, tant dans le secteur public que privé. La réussite de certaines entreprises en dépend, et de grands réseaux de télévision ont même transformé l’actualité économique en une forme de spectacle de masse.
Qu’en est-il de l’OCDE ? L’organisation est l’une des principales institutions économiques mondiales, et ses Perspectives économiques semestrielles servent de référence à nombre de banques, de sociétés d’investissement, d’éditeurs et de cabinets de conseil, sans parler des gouvernements du monde entier. Elles restent l’une des publications de l’OCDE les plus consultées en ligne.Mais quelle est l’exactitude de nos prévisions ? Pour la croissance du PIB, par exemple, se révèlent-elles proches ou loin de la réalité ? Et, si les prévisionnistes gagnent leur vie en évaluant les performances de tous les autres acteurs économiques, qui les évalue, eux ?Un palmarès de fin d’année publié en ligne par le rédacteur économique du Sunday Times londonien offre une perspective intéressante. Ce classement attribue des notes correspondant à l’exactitude des prévisions de croissance, d’inflation et d’autres variables clés pour l’économie britannique. En 2006, l’OCDE arrivait en huitième position sur une cinquantaine d’organismes. Elle se situait au premier rang des compétiteurs non britanniques, et était l’un des deux seuls organismes publics parmi les 10 premiers du palmarès, avec le National Institute of Economic and Social Research, classé en septième position. La Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) occupaient respectivement les 12ème et 13ème rangs.Ces solides performances correspondent à une seule année, mais elles concordent avec une récente étude réalisée par Lukas Vogel, du Département des Affaires économiques de l’OCDE, qui montre que celle-ci obtient de bons résultats pour ses prévisions du PIB pour les pays du G7 sur la période 1991-2006.M. Vogel conclut que les Perspectives économiques de l’OCDE publiées au printemps tendent à prévoir assez précisément la croissance de l’année en cours, et fournissent des informations utiles pour améliorer les prévisions ultérieures. Néanmoins, les prévisions sur un an des éditions de printemps et d’automne des Perspectives économiques tendent à pécher par excès d’optimisme.La prévision économique est autant un art qu’une science. Les économistes utilisent un large éventail de modèles associés à des données à haute fréquence pour prédire l’évolution de variables économiques ainsi que les relations entre ces variables, à l’intérieur d’un pays donné (comme le lien entre les taux d’intérêt et l’investissement) ou entre partenaires commerciaux (influence de l’accroissement de la demande dans un marché sur les exportations dans un autre marché). Mais si l’économie s’appuie sur des modèles mathématiques, elle ne constitue pas en soi une science pure. Elle exige du discernement, et une capacité à marier la théorie avec une réalité perpétuellement changeante.De nombreux économistes estimeront que ce qui compte le plus en matière de prévisions n’est pas tant la précision des résultats que d’obtenir une bonne vue d’ensemble : la croissance sera-t-elle rapide ou lente, l’inflation va-t-elle augmenter ou diminuer, et quelles en sont les conséquences politiques ? M. Vogel montre que l’OCDE prévoit généralement correctement les mouvements d’accélération et de ralentissement de la croissance du PIB dans le G7. Néanmoins, la véritable difficulté est d’anticiper les points de retournement. Les prévisions concernant l’année en cours annoncent avec exactitude la plupart des pics ou creux du cycle économique, mais ces points de retournement sont rarement anticipés un an à l’avance.

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Selon M. Vogel, l’exactitude des prévisions à un an peut être améliorée, notamment en examinant de plus près la croissance potentielle et en prenant mieux en compte la situation cyclique initiale. Les économistes répugnent souvent à réviser rapidement leurs prévisions à la baisse en période de récession, souligne-t-il, ce qui les amène à surestimer les performances économiques en période de faible croissance, et éventuellement à manquer les points de retournement.Examinant d’autres organismes internationaux, M. Vogel observe que les prévisions de PIB de la Commission européenne sont également de qualité, se classant devant celles du FMI, et derrière celles de l’OCDE. Le calendrier joue toutefois un rôle, dans la mesure où les prévisions du FMI sont réalisées un peu plus tôt dans l’année, et reposent donc sur des ensembles de données plus limités.  RJC
Références ©L’Observateur de l’OCDE n° 267, mai-juin 2008


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