Les défis économiques du Japon

Département des Affaires économiques de l’OCDE

Le travail des femmes pourrait jouer un rôle ©Reuters/Kiyoshi Ota

L’expansion récente du Japon est aujourd’hui menacée, et de nouvelles réformes s’imposent.

Jusqu’en 2002, le Japon a connu une longue période de stagnation – la « décennie perdue » – durant laquelle il est tombé, en termes de revenu par habitant, du 5ème rang des pays de l’OCDE en 1992 au 19ème rang en 2002. Au miracle économique dont le monde entier s’émerveillait dans les années 80 succédait un épisode de faiblesse manifeste. Depuis, grâce à l’exportation et à l’investissement productif, le Japon a connu sa plus longue période d’expansion depuis la guerre.Cependant, l’expansion japonaise est aujourd’hui compromise par les turbulences des marchés financiers internationaux, qui ont réduit les perspectives de croissance dans l’ensemble de l’OCDE. Leur impact sur les exportations japonaises sera amplifié par une appréciation du yen de l’ordre de 10 % depuis mi-février, en termes pondérés par les échanges. Certains pays de l’OCDE réagissent au ralentissement attendu de la croissance en prenant des mesures de relance monétaire et/ou budgétaire. Or, ce type d’action est beaucoup moins envisageable au Japon.Sur le plan monétaire, le taux d’intérêt à court terme, à 0,5 %, est déjà proche de zéro, tandis que l’important déficit budgétaire et le niveau élevé de la dette publique excluent toute possibilité de relance budgétaire. En effet, la dette publique du Japon atteint 170 % du PIB, niveau sans précédent dans la zone OCDE.Le gouvernement devrait avoir pour priorité d’équilibrer son budget afin de stabiliser le taux d’endettement, puis de le réduire. Dans un premier temps, le Japon devrait s’employer à atteindre l’objectif d’un budget primaire excédentaire pour l’ensemble de l’administration centrale et des administrations locales d’ici à l’exercice 2011. Des progrès ont été accomplis : le déficit budgétaire des administrations publiques a été ramené de 8 % du PIB en 2002 à moins de 4 % en 2007, grâce au dynamisme des recettes fiscales et à des réductions de dépenses touchant surtout l’investissement public.Il est manifestement difficile d’équilibrer le budget dans le contexte d’un vieillissement rapide de la population, qui tend à faire augmenter les dépenses publiques au titre des retraites et de la santé. Par conséquent, pour que le Japon atteigne ses objectifs budgétaires, le gouvernement devra se procurer des recettes supplémentaires. Et le meilleur moyen d’y parvenir est de procéder à une réforme fiscale d’ensemble, comme le recommande l’Étude économique de l’OCDE : Japon de 2008. Tout en accroissant les recettes, la réforme fiscale devrait être conçue de manière à soutenir la croissance, à remédier à des inégalités de revenus croissantes et à simplifier la fiscalité locale.La réforme fiscale devrait notamment comporter un relèvement de la taxe sur la consommation. L’expérience des pays de l’OCDE révèle que les impôts indirects ont un impact moins négatif sur la croissance que les impôts sur le revenu. En fait, l’augmentation du taux de la taxe sur la consommation devrait être la principale source de recettes supplémentaires. Le Japon a actuellement un taux de 5 %, le plus bas parmi les pays de l’OCDE où la TVA existe. Il pourrait donc être majoré. L’assiette des impôts sur le revenu des personnes physiques et des sociétés pourrait être élargie grâce à une réduction des déductions et des dépenses fiscales. De fait, moins de la moitié des revenus salariaux sont imposés, tandis que seulement un tiers des entreprises acquittent l’impôt sur les sociétés.Le taux de l’impôt japonais sur les sociétés est le plus élevé de la zone OCDE (40 %), et son abaissement permettrait d’en élargir l’assiette. Les taux des impôts sur les sociétés ont accusé une baisse tendancielle dans la zone OCDE au cours des dernières années, tombant aux alentours de 30 % en moyenne. Une réduction du taux japonais stimulerait probablement la croissance en attirant des capitaux internationaux au Japon et en incitant les entreprises à investir davantage. D’autres réformes fiscales pourraient favoriser la croissance, par exemple une suppression des distorsions à l’investissement et des dissuasions à l’emploi à plein temps de la deuxième personne dans le ménage (la femme, en général).Les inégalités croissantes de revenus pourraient être réduites par la création d’une prime pour l’emploi, utilisée dans de nombreux pays de l’OCDE pour soutenir les ménages à bas revenus tout en renforçant les incitations au travail.Une réforme fiscale bien conçue pourrait certes avoir un impact positif sur le potentiel de croissance japonais, mais pour la croissance à long terme, le plus important est d’accroître la productivité du travail. Le croissance potentielle de l’économie japonaise est estimée à 1,5 %, chiffre le plus bas de la zone OCDE en raison de l’incidence négative de la diminution de la population d’âge actif. Le vieillissement pesant de plus en plus sur l’économie au cours des années à venir, l’augmentation du niveau de vie dépendra de l’accélération de la croissance de la productivité du travail.

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La productivité horaire du travail est 30 % moins élevée au Japon qu’aux États-Unis ; elle pourrait donc certainement progresser. La productivité augmente d’environ 4 % par an dans le secteur manufacturier, si bien que les réformes devraient sans doute porter essentiellement sur les services, où les gains de productivité sont tombés de 3,5 % par an entre 1976 et 1989 à seulement 0,9 % entre 1999 et 2004.Pour promouvoir la concurrence, une stratégie d’ensemble consistant à accélérer la réforme de la réglementation, à renforcer l’application de la politique de concurrence par la Commission de la concurrence et à ouvrir davantage le pays aux échanges internationaux et à l’investissement direct étranger doit être mise en oeuvre. Par ailleurs, l’initiative japonaise concernant les zones spéciales, permettant d’expérimenter localement des réformes susceptibles d’être étendues ensuite, devrait être relancée dans une optique plus nationale. Il faut également libérer le potentiel de certains secteurs de services clés, comme le commerce de détail, l’énergie, les transports et les services aux entreprises.Il serait également possible d’améliorer les niveaux de revenu en accroissant le taux d’activité, ce qui permettrait d’atténuer l’impact de la diminution de la population d’âge actif. Si le taux d’activité de chaque classe d’âge par sexe restait à son niveau de 2005, la population active diminuerait d’un cinquième d’ici à 2030, d’après les prévisions officielles. En revanche, si les taux d’activité féminins rattrapaient les taux masculins actuels, cette contraction se limiterait à 6 % environ.Un certain nombre de réformes seraient nécessaires dans cet objectif. Premièrement, il faudrait réduire les différences entre les travailleurs réguliers et non réguliers, qui occupent des emplois précaires, ont des salaires plus faibles et sont moins bien protégés par les systèmes d’assurance sociale (les femmes représentent les deux tiers des travailleurs non réguliers). Deuxièmement, la réglementation doit être réformée pour augmenter l’offre de structures d’accueil des enfants. Troisièmement, un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale permettrait d’accroître les taux d’activité tout en ayant un impact positif sur le taux de fécondité.Comme le fait observer l’Étude économique de l’OCDE : Japon 2008, le pays doit engager des réformes en dépit de la conjoncture économique mondiale difficile. En suivant les nombreuses recommandations qui y figurent, le Japon pourrait préserver le dynamisme économique de la période récente, et faire face aux défis du vieillissement et de la mondialisation avec une vigueur renouvelée.
Référence
©L’Observateur de l’OCDE n° 267, mai-juin 2008


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