Réforme économique: Des résultats inégaux

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils améliorer le niveau de vie ? Une question pertinente pour de nombreux pays, dans un contexte économique plutôt instable.
En 2005, l’OCDE a lancé un nouveau rapport annuel, Objectif croissance, pour évaluer les progrès réalisés au niveau des réformes visant à l’amélioration de la performance économique et du bienêtre. Selon la dernière édition, publiée en mars, les pays ont bien progressé durant l’année écoulée en prenant des mesures dans presque deux tiers des domaines que le rapport de 2007 jugeait prioritaires, leur action ayant été particulièrement fructueuse dans l’éducation.Mais dans d’autres domaines, les progrès ne sont pas suffisants, notamment pour les réformes du marché du travail : 40 % seulement des pays membres pour lesquels ce domaine était jugé prioritaire ont pris de nouvelles mesures. Selon ce dernier rapport, l’effort de réforme dans les pays de l’OCDE est deux fois moins soutenu dans le domaine de l’emploi que dans celui de l’éducation.Le rapport souligne que ces résultats inégaux se sont inscrits dans le contexte d’une activité économique dynamique, qui a pu avoir le double effet d’assurer des conditions propices à la réforme, tout en atténuant le caractère d’urgence des réformes.Objectif croissance 2008 dresse le bilan, pour l’année écoulée, de la mise en oeuvre par les pays membres des recommandations pour accélérer la croissance formulées dans le rapport 2007. Les cinq chapitres spéciaux du rapport 2008 couvrent les principaux domaines de la politique structurelle : différences dans le nombre d’heures travaillées, efficience de l’enseignement primaire et secondaire, investissement dans l’enseignement supérieur, influence de la géographie sur la performance économique, échanges de services.Plusieurs pays ont pris des mesures pour accroître leur productivité, notamment en assouplissant les réglementations qui freinent la concurrence dans le secteur de l’énergie, en réformant leur secteur public pour le rendre plus efficient, en facilitant l’investissement étranger et en améliorant la structure de leur fiscalité. Mais les progrès sont moins impressionnants dans des domaines plus délicats comme la réglementation du marché du travail, où, par exemple, il n’y a guère eu d’efforts pour réformer la législation protectrice de l’emploi là où elle était considérée comme trop rigoureuse.Objectif croissance attire l’attention sur la durée annuelle du travail, supérieure de 15 % environ aux États-Unis à celle enregistrée en Europe, ce qui est dû à la fois à un nombre annuel de jours travaillés plus élevé et à une durée hebdomadaire moyenne du travail plus longue aux États- Unis (voir page 24). Ce dernier phénomène reflète la différence du nombres d’heures travaillées par les femmes dans les deux régions, les taux marginaux d’imposition européens plus élevés expliquant en grande partie la plus faible durée du travail des salariées européennes. Les données recueillies pour ce rapport montrent qu’une diminution à la marge de 10 points des taux de l’impôt sur le revenu des personnes physiques ou des cotisations de sécurité sociale accroîtrait de 3,5 % la durée hebdomadaire de travail des Européennes.En plus de la politique économique, les facteurs géographiques influent eux aussi sur le niveau de vie et la croissance, et le rapport indique que les pays les plus éloignés des centres d’activité économique commercent moins. Les pays européens ont la situation la plus centrale, alors que l’éloignement de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande est l’un des facteurs expliquant un revenu par habitant relativement plus faible. Les effets potentiels de ce facteur sont importants : l’isolement de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande pourrait réduire le PIB par habitant jusqu’à 10 %, tandis que l’effet bénéfique d’une localisation favorable pourrait représenter jusqu’à 6 % du PIB dans le cas de la Belgique et des Pays-Bas. La concurrence est également importante pour les échanges de services. Le rapport estime que si les pays de l’OCDE alignaient leurs réglementations restreignant la concurrence sur le pays le moins restrictif de la zone OCDE, les échanges de services doubleraient presque, augmentant ainsi le PIB par habitant de 2 % environ en moyenne, et de plus de 3 % dans les pays ayant les réglementations les plus restrictives.Un système éducatif plus performant est fondamental pour améliorer la productivité et le niveau de vie, et c’est dans ce domaine que les pays ont le plus agi durant l’année écoulée. Pourtant, selon le rapport, les établissements d’enseignement primaire et secondaire pourraient être bien plus efficients dans les pays de l’OCDE s’ils adoptaient les meilleures pratiques nationales et internationales. Par exemple, si l’établissement national médian s’alignait sur le meilleur niveau de performance de la zone OCDE, son efficience augmenterait de 20 à 40 %. Il faudrait pour cela une gestion davantage orientée sur les performances, une plus grande autonomie et une moindre répartition des élèves par niveau.Bien que l’investissement dans l’enseignement supérieur puisse avoir un rendement élevé, les pays n’investissent pas tous à hauteur de leurs possibilités. Et, si le rapport entre le nombre de diplômés du supérieur et la population adulte a progressé dans presque tous les pays de l’OCDE (en particulier pour les femmes), il reste extrêmement variable, de 10 % environ en Italie et au Portugal à 35 % en Amérique du Nord. Dans ce domaine, les pays doivent relever le défi d’améliorer cette proportion sans sacrifier la qualité. Objectif croissance propose des mécanismes de financement (notamment des prêts étudiants dont les remboursements dépendent des revenus après le diplôme) pour inciter les étudiants à investir dans l’enseignement supérieur, le relèvement des frais de scolarité pour accroître les ressources et une autonomie accrue des établissements d’enseignement supérieur afin que ceux-ci puissent davantage innover.  RJC/JIRéférences
©L’Observateur de l’OCDE n° 266, Mars 2008


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