Perspectives économiques : Gérer les risques

Chef par intérim du Département des Affaires économiques de l’OCDE

Les prévisions économiques de l’OCDE pour 2008-09 ont été révisées à la baisse. Pour les auteurs des dernières Perspectives économiques de l’OCDE, les politiques devraient être ajustées en conséquence.

Les économies de l’OCDE ont subi récemment plusieurs chocs : turbulences financières, coup de froid sur les marchés de l’immobilier et hausse des prix de l’énergie et des autres matières premières. Heureusement, ces chocs se sont produits à un moment où la croissance était soutenue par trois facteurs : un fort taux d’emploi, dopant le revenu et la consommation ; des bénéfices élevés et des bilans d’entreprises solides, permettant le maintien de l’investissement et une certaine résilience face aux pertes financières et au resserrement du crédit ; et des échanges mondiaux encore dynamiques, alimentés par la croissance robuste des économies émergentes.Ainsi, bien que la croissance à court terme ait été revue à la baisse presque partout dans la zone OCDE, le scénario de référence présenté dans les dernières Perspectives économiques n’est en fait pas si défavorable, compte tenu des chocs récents. Il constitue la trajectoire la plus probable dans la conjoncture plus incertaine que nous traversons aujourd’hui et table sur :
  • Une correction accélérée du secteur du logement aux États-Unis, qui pèsera sur la croissance à court terme mais ne déclenchera pas de récession et n’aggravera que modérément le chômage. Au cours des deux prochaines années, l’inflation reviendra à un niveau plus confortable, tandis que le recul récent du déficit extérieur ne sera pas compromis, et ce dans les deux cas malgré les prix élevés du pétrole et des matières premières.
  • Un découplage partiel de l’activité entre zone euro et États-Unis, avec à court terme un ralentissement limité du taux tendanciel d’expansion, à un moment où les contraintes de capacité commencent à se faire sentir. Une fois surmontés les problèmes immédiats, la croissance pourrait retrouver son rythme potentiel, alors que l’inflation sous-jacente devrait revenir aux niveaux souhaités.
  • Une expansion continue quoique moins soutenue au Japon. Cette expansion, toujours tirée par le secteur extérieur, finira par sortir l’économie de la déflation, préfigurant ainsi une croissance plus équilibrée.
L’ennui réside dans les risques du côté baissier. Les principaux aléas pesant sur les prévisions sont un tassement plus prononcé ou généralisé des marchés immobiliers, de nouvelles turbulences sur les marchés financiers et un regain de pressions à la hausse sur des prix des matières premières déjà élevés.Dans plusieurs domaines, un calage approprié peut contribuer à faire face aux différents risques. Grâce au solide ancrage des anticipations d’inflation, plusieurs banques centrales ont pu répondre avec souplesse aux récentes turbulences financières, notamment en injectant des liquidités sur les marchés interbancaires ou avec des taux d’intérêt inférieurs à ceux attendus. Des anticipations de faible inflation facilitent aussi l’ajustement face à la hausse des prix du pétrole et des matières premières et permettent, au besoin, une action monétaire en réponse à la crise des marchés immobiliers. Globalement, cette conviction que l’inflation restera faible, acquise à l’issue d’un processus de désinflation long et parfois douloureux, constitue un atout opérationnel majeur.Cependant, ce contexte ne va pas de soi. De fait, le volant de ressources inutilisées a diminué significativement. De plus, les économies de l’OCDE ont été confrontées à des chocs de coûts : les cours des matières premières se sont envolés et, en partie pour cette raison, les effets désinflationnistes des importations de produits manufacturés en provenance de la Chine se dissipent. Si les anticipations d’inflation donnaient des signes de dérive à la hausse, il pourrait s’avérer nécessaire de se résoudre à un fléchissement de l’activité à court terme pour préserver cet atout opérationnel indispensable.Du côté budgétaire, les résultats enregistrés récemment sont en général meilleurs que prévus dans les budgets, grâce surtout au dynamisme des recettes. Une partie de ce pactole ne sera vraisemblablement que temporaire, car il découle, entre autres, du niveau élevé des bénéfices dans les activités commerciales liées au secteur financier et au logement.La dynamique en faveur de l’assainissement des finances publiques semble déjà s’être essoufflée suite à ces rentrées exceptionnelles. Les prévisions de l’OCDE, fondées sur les politiques déjà adoptées ou clairement annoncées, ne montrent pas de progrès dans la réduction du déficit budgétaire sous-jacent pour la zone OCDE dans son ensemble. Cela est regrettable, eu égard surtout aux pressions attendues sur les dépenses à venir. De plus, il est à craindre que des pays qui ne peuvent se le permettre prennent néanmoins des décisions aboutissant durablement à augmenter les dépenses ou à réduire les impôts sur la base de recettes temporairement élevées. Ceci se traduirait par un affaiblissement de la situation budgétaire sous-jacente. Si les risques d’un ralentissement de la croissance venaient à se matérialiser par la suite, ces déficiences apparaîtraient vraisemblablement au grand jour et pourraient faire obstacle au libre jeu des stabilisateurs budgétaires automatiques au moment où ceux-ci sont nécessaires. La politique budgétaire ne doit donc pas s’écarter du droit chemin malgré l’abondance des recettes.Le modèle financier fondé sur l’origination, la titrisation et la distribution a permis l’accès au crédit d’agents qui sinon en auraient été écartés et l’allocation des risques à ceux disposés à les assumer. Par ailleurs, les faiblesses du modèle de crédit actuel ont été mises en évidence par l’effondrement du marché des crédits à risque (« sub-prime ») aux États-Unis. L’une d’entre elles est l’absence d’informations sur les segments du système où les divers risques sont concentrés. Par ailleurs, la réévaluation des actifs et la reconnaissance des pertes qu’exige la nouvelle appréciation du risque prennent du temps. Tout ceci a entraîné un assèchement des liquidités sur certains marchés.Aussi longtemps que les opérations de réévaluation et de mise à jour des pertes se poursuivent, il est probable que les marchés financiers resteront une source d’incertitudes et de vulnérabilité face aux chocs. Dans ces conditions, des mesures propres à accélérer ces opérations seraient utiles. En outre, les organismes de réglementation et de surveillance devront arbitrer entre la volonté de rétablir rapidement la confiance dans les bilans des institutions financières et le risque de susciter une grave contraction de l’offre de crédit. Le moment venu, il faudra tirer les leçons de la crise pour déterminer si et comment le cadre réglementaire sous-tendant le modèle actuel doit être modifié pour empêcher son dysfonctionnement à l’avenir.Les pays ont été, et seront, touchés différemment par les turbulences financières et les faiblesses liées au secteur du logement. En de telles circonstances, la réaction naturelle des économies de marché passe par un ajustement des monnaies. Aussi longtemps que ces mouvements ne deviennent pas une source d’instabilité, ils tendent à faciliter le processus de correction nécessaire en redirigeant la demande vers les économies où elle a faibli. La dépréciation récente du dollar en est un bon exemple. Les prévisions de l’OCDE reposent sur l’hypothèse de taux de change inchangés encore que, si les risques baissiers se confirmaient à des degrés divers dans les différents pays, un ajustement des taux de change puisse intervenir. Celui-ci pourrait amener les pays confrontés à une appréciation à s’inquiéter pour l’activité et ceux connaissant une dépréciation à s’inquiéter pour l’inflation.Dans le contexte actuel, un aspect frappant concernant les taux de change est l’appréciation jusqu’ici limitée du renminbi. Eu égard aux symptômes de surchauffe et à la forte inflation intérieure, une appréciation plus rapide semblerait être dans l’intérêt même de la Chine. Elle permettrait en outre de contribuer à réduire certains des déséquilibres commerciaux internationaux actuels.Des ajustements en temps voulu et ordonnés des taux de change pourraient aussi contribuer à atténuer les velléités protectionnistes des pays de l’OCDE, qui sont un risque non seulement pour le commerce mais aussi pour l’investissement. Compte tenu de l’ampleur des déséquilibres prévus des balances courantes, plusieurs pays – surtout les producteurs de pétrole – recycleront leurs importantes recettes d’exportation et chercheront à accroître le rendement des fonds recyclés en investissant par le biais de fonds souverains ou de véhicules du même type. Les rumeurs de protectionnisme, que ce soit dans le domaine des échanges ou dans celui de l’investissement, ne contribuent guère à la confiance des entreprises, surtout à un moment où il existe des risques significatifs de retournement. Le mieux serait d’obtenir des avancées au niveau multilatéral – dans les négociations de Doha pour les échanges et dans plusieurs forums, notamment l’OCDE, pour l’investissement.Cet article est basé sur l’éditorial des Perspectives économiques n° 82, version préliminaire, décembre 2007 (arrêtée à la date du 27 novembre 2007). Commandez la version complète sur www.oecd.org/librairie.Une prévision mise à jour sera présentée au printemps. Pour plus d’informations, voir www.oecd.org/economie. *Les hypothèses sur lesquelles sont fondées les prévisionssont les suivantes :– les politiques budgétaires en vigueur ou annoncéesrestent inchangées– les taux de change restent inchangés par rapport à leurniveau du 12 novembre 2007 ; en particulier1 dollar = 109,38 yen et 0,69 euros ;Les prévisions ont été établies à partir de donnéescollectées avant la date limite du 20 novembre 2007.** Variations du déflateur du PIB.Source : Perspectives économiques de l’OCDE n° 82,version préliminaire, décembre 2007©L’Observateur de l’OCDE n° 264/265, décembre 2007-janvier 2008


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