Les aliments génétiquement modifiés sont-ils sûrs?

Principales conclusions de la Conférence d'Édimbourg de l'OCDE sur les aspects scientifiques et sanitaires des aliments génétiquement modifiés, 28 février - 1er mars 2000.
SÉCURITÉ DES ALIMENTS
De très nombreuses personnes consomment des aliments génétiquement modifiés dans le monde entier (surtout en Amérique du Nord et en Chine), sans qu'aucune revue scientifique disposant d’un comité de lecture n'ait à ce jour fait état d'incidences néfastes sur la santé humaine. Mais les aliments transgéniques existant depuis moins de 10 ans, la possibilité d'effets à long terme qui n'auraient pas été détectés ne saurait en théorie être écartée.PROCESSUS DÉCISIONNELS, ÉVALUATION ET CHOIXLes décisions des pouvoirs publics en matière d’aliments transgéniques, ainsi que l’évaluation de la sécurité de ces aliments, devront à l'avenir tenir compte d’un plus grand nombre d'acteurs et s’effectuer avec davantage de transparence. Le public veut savoir comment les décisions ont été prises et demande à être consulté. Répondre à ses attentes contribuera à dissiper sa méfiance.Comment prendre en compte les attitudes et les convictions émergeant d’une consultation dans l'évaluation de la sécurité des aliments transgéniques et dans les informations communiquées à ce sujet ? Aucune conclusion claire ne s'est dégagée sur ce point. Pour beaucoup, l'évaluation de la sécurité reste une activité essentiellement technique et scientifique.Les consommateurs doivent avoir le choix. À ce titre, l'étiquetage des aliments génétiquement modifiés est important, même s’il n’y a pas eu d’accord sur l'ampleur qu'il convient de lui donner (devrait-il englober, par exemple, les aliments dérivés des OGM ? les animaux nourris aux OGM ?). Il importe également de noter que l'étiquetage porte sur le processus de création des OGM et non sur le produit alimentaire, qui est dans bien des cas identique au produit traditionnel.ÉVALUER LA SÉCURITÉ DES ALIMENTS TRANSGÉNIQUESL'évaluation de la sécurité de tout aliment nouveau, y compris les aliments transgéniques, s'appuie sur un large éventail de faits. Selon le concept communément utilisé d’équivalence en substance", les questions relatives à la sécurité d’un nouveau produit sont formulées sur la base d'une comparaison du nouvel aliment et d’un aliment qui est déjà sur le marché. L'équivalence en substance ne constitue ni un critère quantitatif, ni un obstacle à franchir, mais un cadre de réflexion. Ce concept est constamment modifié et actualisé et, après six ans d'utilisation, le moment est venu de le soumettre à un examen plus approfondi.Concernant deux problèmes à caractère plus technique : a) on ne s'entend pas vraiment sur l'importance des essais portant sur l'alimentation animale (en dehors des essais de toxicité) dans l'évaluation de la sécurité des nouveaux aliments, notamment des aliments transgéniques ; b) un réexamen des méthodes d'évaluation de la toxicité et de l'allergénicité des aliments transgéniques s’impose.Les organismes internationaux s'emploient à harmoniser les normes et les critères d'évaluation de la sécurité des aliments, et il y a tout lieu de s'en féliciter. Le principe de précaution a désormais sa place dans le débat international sur la sécurité des aliments, mais il reste encore à le transposer de façon consensuelle dans la pratique.PAYS EN DÉVELOPPEMENT ET PAYS DÉVELOPPÉS FACE AU GÉNIE GÉNÉTIQUELa majorité des intervenants venus de pays en développement ont mis l’accent sur l'importance capitale que revêtent les techniques du génie génétique dans la panoplie de moyens dont ils disposent pour nourrir leur population. Le génie génétique joue déjà un rôle de premier plan dans la production alimentaire en Chine, pays qui représente 20 % de la population mondiale pour 7 % de la superficie terrestre. Son importance a été également soulignée par des intervenants d'Afrique et d'Amérique latine. Mais on a également avancé que les applications futures du génie génétique dans les pays en développement devraient répondre plus explicitement aux besoins des populations locales, plutôt qu’aux intérêts des sociétés multinationales. À la lumière de ce dernier commentaire, le développement des techniques du génie génétique dans le monde en développement devrait être financé à la fois par l'État et par le secteur privé.Il est essentiel que la sécurité des aliments soit évaluée selon des normes rigoureuses et uniformes dans le monde entier, mais la demande de techniques de génie génétique, vigoureusement exprimée par les pays en développement, rend bien improbable le moratoire mondial proposé par certains participants.Si on considère que la première génération de cultures et d'aliments transgéniques comporte peu d'avantages directs pour les consommateurs des pays développés, la situation pourrait bien changer avec l'apparition de nouveaux produits offrant des avantages manifestes en termes de qualité, de santé ou de prix.AU-DELÀ DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRELes principales préoccupations des anti-OGM portent moins sur la sécurité des aliments que sur le bien-fondé même de la production d'aliments transgéniques. La plupart des intervenants des pays en développement ont soutenu avec force que les techniques du génie génétique constituent un levier essentiel de leur production alimentaire future. Certains représentants d'ONG d'Europe et d'Amérique du Nord se sont inscrits en faux contre cette position, estimant que c'est plutôt à travers des moyens tels que la redistribution ou la prévention des pertes, notamment pendant l'entreposage, que l'on viendra à bout de la pénurie alimentaire mondiale. Ils ont également souligné, avec certains participants des pays en développement, que les citoyens doivent être plus étroitement associés aux processus décisionnels et aux débats.Deuxième sujet de préoccupation: l'impact potentiel de l'agriculture transgénique sur l'environnement. De très nombreux essais au champ ont été réalisés et la culture commerciale de variétés transgéniques s’est développée à grande échelle dans certaines régions du monde. Pour autant, les recherches menées pour évaluer leur impact sur l'environnement restent insuffisantes, surtout dans les zones tropicales, dotées d’une riche biodiversité.DONNER UNE SUITE À LA CONFÉRENCE D’ÉDIMBOURGLa Conférence d'Édimbourg a intégré toutes les facettes du débat sur les aliments transgéniques, tout en identifiant certains domaines faisant l’objet d’un terrain d'entente -- c’est là un de ses aspects les plus notables. Elle a également permis de cerner les questions où règnent encore des désaccords, ainsi que celles où des incertitudes subsistent faute de connaissances suffisantes. Elle a permis de distinguer les aspects relevant de l'analyse scientifique et ceux qui sont davantage liés à des facteurs politiques, à des convictions et à des systèmes de valeur. La synthèse des rapporteurs offre de plus amples détails sur ces points. En offrant à un plus grand nombre de protagonistes l'occasion d'échanger leurs vues sur certains problèmes fondamentaux, la Conférence a donné une nouvelle impulsion au débat mondial sur les aliments et l'agriculture transgéniques. Les participants se sont déclarés favorables au maintien de cette formule pour aborder d'autres aspects du débat.C'est pourquoi je recommande que soit créée, dans le prolongement de l’effort initié à Édimbourg, un forum international qui mettrait à la disposition des gouvernements une évaluation des dernières connaissances scientifiques dans le domaine des technologies du génie génétique, tout en la replaçant dans la perspective des grandes questions de société.Cette nouvelle plate-forme pourrait s'inspirer du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ce Groupe d'experts, dont la vocation est d'informer, et non de définir les politiques, fait une place aux opinions scientifiques minoritaires comme au courant dominant. Il permet aux gouvernements d’avoir accès aux compétences du monde entier en climatologie. Et les rapports qu’il publie sont actualisés périodiquement.La plate-forme dont je propose la création présenterait des similitudes avec le GIEC, mais ne serait pas restreinte aux seuls scientifiques et accueillerait d'autres parties prenantes.Voici quelques suggestions susceptibles de guider sa mise en place :(a) Elle devrait s’appuyer sur les travaux d'instances internationales existantes, telles que le Codex Alimentarius, et s'associer à leurs efforts. L’objectif n’est pas qu’elle les remplace ou que leurs travaux fassent double emploi.(b) Elle devrait avoir une dimension planétaire et ne pas se limiter aux pays du G-8 ou à certains d'entre eux. À cet égard, la Conférence d'Édimbourg a notamment fait ressortir le rôle des pays en développement où l'application de la technologie progresse rapidement.(c) Elle devrait être animée par les scientifiques les plus éminents, tout en accueillant d'autres compétences et points de vue.(d) Les deux premiers thèmes de réflexion porteraient sur la sécurité alimentaire et la sécurité de l'environnement : quelles conséquences les aliments et l’agriculture génétiquement modifiés ont-ils sur ces dernières ?(e) Les travaux déboucheraient à la fois sur : i) des rapports d'évaluation scientifiques destinés à l’information des pouvoirs publics ; ii) un débat ouvert et mondial sur la relation existant entre les techniques du génie génétique et la société. Il sera essentiel que les gouvernements fassent leurs les travaux de la plate-forme et les rapports auxquels ils donnent lieu.(f) Les rapports devront être publiés rapidement de façon à faciliter l'évaluation des technologies de pointe.RÉSUMÉLa plate-forme proposée remplirait deux fonctions importantes en permettant une évaluation et un débat, au niveau mondial, sur l'application des techniques du génie génétique dans les domaines de l'agriculture et de la production alimentaire.Premièrement, elle permettrait d'effectuer l'analyse scientifique la plus rigoureuse des risques et des avantages de cette nouvelle technique, au fur et à mesure qu'elle se développe, et de donner aux gouvernements du monde entier l’avis des experts les plus compétents. Ces avis refléteront tout l'éventail des opinions et des incertitudes du monde scientifique, tout en indiquant le courant de pensée dominant du moment.Deuxièmement, la nouvelle plate-forme permettrait de mieux comprendre les liens existant entre le progrès technologique, l'action des pouvoirs publics et les préoccupations et aspirations des citoyens. Pour cela, le champ de réflexion de la plate-forme devra dépasser l'analyse purement scientifique pour englober les questions plus générales, déjà mentionnées, en rapport avec la Conférence d'Édimbourg.Il y a plus d'une façon d'atteindre ce double objectif. Les évaluations scientifiques pourraient être confiées à un groupe d'experts piloté par des scientifiques, mais comprenant aussi d'autres parties prenantes. Les projets de rapport de ce groupe d'experts pourraient alimenter la réflexion d'une plate-forme plus large, sur le modèle de la Conférence d'Édimbourg, au sein de laquelle seraient également débattues des questions ne relevant pas du domaine scientifique. Le groupe d'experts pourrait alors décider de revoir son rapport à la lumière de ce débat élargi.C’est délibérément que je me suis contenté d'esquisser ce projet, et je laisse à d'autres le soin d'arrêter les modalités détaillées de sa mise en œuvre.


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