Le développement durable et les entreprises

Le champ d’intervention de l’État, autrefois très étendu, se réduit et il appartient aujourd’hui au secteur privé de prendre la relève.
Depuis le Sommet de la Terre tenu à Rio en 1992, l’ordre du jour et les priorités ont beaucoup évolué : c’est l’une des caractéristiques majeures du mouvement mondial vers le développement durable. Cette évolution a des conséquences importantes et lance de nouveaux défis aux entreprises.
Immédiatement après le sommet de Rio, les entreprises se sont attachées à concilier l’efficience économique et l’excellence environnementale afin d’assurer une croissance économique à la fois soutenue et respectueuse des besoins des générations futures, que ce soit en termes de consommation des ressources de la planète ou de protection de l’environnement.Ainsi est né le concept d’éco-efficience, qui consiste à conjuguer les performances environnementales et économiques pour créer plus de valeur -- au niveau des entreprises mais aussi, et surtout, de toute la collectivité -- en réduisant l’impact produit. Beaucoup d’entreprises sont déjà bien avancées sur la voie de l’éco-efficience. Le concept est aujourd’hui largement accepté et il est notamment approuvé par l’OCDE et la Commission européenne.Bien sûr, davantage d’entreprises doivent encore s’y rallier, non seulement parmi les multinationales implantées dans les pays industrialisés, mais aussi parmi les petites et moyennes entreprises de tous les secteurs et de tous les pays. D’où l’importance extrême du travail mené par le WBCSD pour promouvoir et accélérer l’adoption du principe d’éco-efficience dans l’ensemble du secteur des entreprises.Si le développement durable a toujours reposé sur trois piliers -- croissance économique, équilibre écologique et progrès social -- la dimension sociale est restée quelque peu en retrait jusqu’à une date récente. La situation est en train de changer. On accorde désormais beaucoup plus d’importance au progrès social et la façon dont les entreprises peuvent effectivement contribuer à atteindre cet objectif fait l’objet d’une attention particulière. Du même coup, toute une série de thèmes nouveaux s’offrent à la réflexion.La mondialisation à visage humain, évoquée par le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en fait partie. L’ouverture des marchés mondiaux a de toute évidence permis une croissance économique mondiale sans précédent et annonce même une prospérité plus grande encore pour l’avenir. Les fruits de cette croissance ont malheureusement été répartis de façon inégale à travers la planète. Ce qui suscite, on le comprend, des questions sur le rôle et la fonction des marchés libres.Il va de soi que les entreprises croient aux marchés libres et ouverts, mais c’est cependant pour le bénéfice de tous que ces marchés doivent fonctionner. C’est dans cette optique que le WBCSD a accepté de participer, à l’invitation de Kofi Annan, à l’élaboration d’un « contrat mondial » entre les Nations unies et les entreprises destiné à promouvoir un ensemble de valeurs fondamentales communes. L’objectif de ce « contrat mondial » est de soutenir la mondialisation et le développement de marchés libres et ouverts dans des sociétés stables, tout en assurant une juste répartition de leurs bénéfices.Les entreprises sont depuis longtemps habituées à réagir aux évolutions et aux pressions de la société. Mais l’importance croissante accordée à la dimension sociale du développement durable leur confère désormais une véritable responsabilité sociale. C’est là un principe acquis dans le débat sur le rôle que doit jouer le secteur privé vis-à-vis de la société civile.Faire fonctionner les marchés est partie intégrante de cet enjeu. La question de la production et de la consommation durables, soulevée à Rio en 1992, sera l’un des grands thèmes du troisième Sommet de la Terre en 2002. Même s’il leur reste encore à progresser dans ce domaine, les entreprises se sont d’ores et déjà attaquées aux problèmes de production. Reste la question de la consommation, la partie de l’équation la plus difficile à résoudre parce qu’elle fait intervenir des arbitrages bien plus complexes à l’échelle de toute la société. Le groupe de travail du WBCSD sur « le développement durable par le marché » s’efforce d’élaborer et de faire adopter de nouvelles solutions concertées sur ce point, à travers un dialogue associant les diverses parties intéressées.Les entreprises doivent également relever les défis de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes. Dans la société mondialisée de l’information, « tout le monde sait tout sur vous à tout moment ». L’image occupe donc une place très importante dans la gestion de l’entreprise. Elle doit communiquer, de façon explicite, les valeurs et principes qui régissent ses opérations et surtout montrer qu’elle les respecte. Désormais soumises à une surveillance accrue, les entreprises devront appliquer, dans l’ensemble de leurs opérations, une éthique d’entreprise mondialisée appliquée à l’échelle mondiale.L’ÉVOLUTION DES RÔLESLes attentes de la société sont considérables et reflètent le changement radical du paysage politique survenu depuis le Sommet de la Terre de 1992. La vision du monde était alors bipolaire, avec d’un côté les instances gouvernementales, et de l’autre les organisations non gouvernementales. Aujourd’hui, on s’accorde à penser qu’il se compose plutôt de trois éléments : l’État, les entreprises et la société civile. La question est bien sûr de savoir comment ces trois composantes peuvent interagir de façon constructive pour répondre aux défis du développement durable.Avec l’affaiblissement du rôle de l’État, la société civile a mûri et les décisions importantes qui concernent la collectivité ne peuvent plus être prises aujourd’hui sans consulter les parties intéressées. Entre-temps, le rôle des entreprises s‘est également renforcé. D’autant plus que, dans bien des régions du monde, les gouvernements abandonnent peu à peu une partie de leurs prérogatives autrefois très nombreuses et que le secteur privé est invité à prendre la relève. Désormais les entreprises sont tenues d’obtenir des résultats dans des domaines qui relevaient auparavant exclusivement des pouvoirs publics. Les trois composantes de la société sont donc appelées à coopérer pour trouver des solutions en concertation avec les autres parties intéressées.L’innovation et la technologie constituent une autre dimension importante du rôle des entreprises dans le développement durable.Beaucoup de gens se méfient des nouvelles technologies, comme le montre le débat sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Or ces technologies sont appelées à jouer un rôle déterminant dans le développement durable partout dans le monde. L’industrie possède le potentiel d’innovation et la créativité nécessaires pour mettre sur le marché des technologies nouvelles et mène déjà des activités de transfert de technologies et de coopération à grande échelle avec les pays en développement. C’est d’une importance capitale pour aider ces nations à ne pas utiliser de procédés de fabrication nuisibles à l’environnement, à développer les compétences dont elles ont besoin, et à introduire des innovations sur le marché.La technologie joue également un rôle essentiel en matière de changement climatique. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle : le monde est de plus en plus soumis aux émissions de carbone et cela aura nécessairement un coût. De toute évidence, les enjeux sont très différents pour les pays développés et pour les pays en développement ; et les réponses à apporter dépendent des conditions et des besoins de chaque pays. Il est toutefois certain que les mécanismes de flexibilité, et en particulier le Mécanisme pour un développement propre, doivent être rendus opérationnels si l’on veut réaliser les objectifs de Kyoto.Les entreprises ont par conséquent beaucoup à faire pour contribuer au développement durable, notamment en intervenant dans des domaines qui ne les concernaient pas ou dans lesquels elles ne s’impliquaient pas autrefois. Dans ce monde désormais tripartite, le nouveau partage des frontières et la redistribution des rôles et des prérogatives assignent aux entreprises une double mission.Il s’agit tout d’abord de l’objectif d’éco-efficience. Les entreprises doivent continuer d’œuvrer quotidiennement pour l’atteindre, elles doivent réduire leur impact sur l’environnement et créer plus de valeur tout en réduisant cet impact. En un mot, il leur incombe de « faire plus avec moins ». Les entreprises ne peuvent être gérées dans un esprit philanthropique : elles doivent être en mesure de montrer que le développement durable fait marcher les affaires.Il s’agit ensuite du programme politique, dans une large mesure établi et conduit par des forces extérieures au secteur des entreprises. Ce programme vise les conditions générales dans lesquelles leur activité doit s’inscrire et il est de plus en plus axé sur ce que les gouvernements et la société civile attendent des entreprises.Un nombre important et croissant d’entreprises ont compris ce qu’on attend d’elles sur les deux fronts. Toutefois, il faut le souligner, les entreprises ne doivent pas être les seules à agir.Bien au contraire. Le système de gouvernance tripartite ne peut fonctionner que si ses trois composantes -- pouvoirs publics, société civile et entreprises -- abandonnent les vieux antagonismes dépassés, concluent de nouvelles alliances et travaillent en partenariat pour trouver et mettre en œuvre des solutions réalistes et durables.Nous devons réussir ensemble et c’est le pari que nous faisons en entrant dans cette nouvelle phase cruciale du mouvement vers le développement durable.


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