Seuls les ermites des montagnes...

À l’ère de la nouvelle économie, les gouvernements doivent plus que jamais être attentifs aux besoins des entreprises.
Seuls ceux qui vivent reclus dans les montagnes peuvent souhaiter voir les gouvernements disparaître. Le reste de la population comprend que c’est son intérêt de se dessaisir d'une partie de sa "souveraineté" personnelle pour être protégé contre les conséquences de la faiblesse humaine.
Heureusement, le reste de la population a également compris qu'une économie fondée sur les principes du marché est préférable à toutes les autres formules déjà expérimentées dans le passé. Le commerce est presque un instinct humain ; le marché nous fournit les éléments d'un langage commun. Et pour parler franchement, nous commençons tout juste à tirer parti de ce concept remarquablement unificateur.La mondialisation est le terme à la mode qui traduit cette prise de conscience. Elle a ses mauvais côtés, comme toute entreprise humaine. Mais c’est avec perplexité que je vois se multiplier les déclarations et les initiatives, émanant de décideurs publics et même d’associations patronales, sur le thème de "la mondialisation à visage humain". L'origine politique de cette attitude défensive est évidente, mais je considère qu'elle constitue une véritable erreur logique à l’heure où les gens se trouvent aux prises avec le marché mondial naissant. En vérité la mondialisation possède déjà un visage humain, tout simplement parce qu’elle ne concerne que des êtres humains.Il est absurde de rejeter sur l’économie de marché la responsabilité des inégalités existant dans le monde. Ce sont au contraire les systèmes fondés sur des principes opposés à l’économie de marché qui ont plongé tant de gens dans la pauvreté et la révolte. Et c’est seulement depuis peu que les opinions convergent sur la nature réelle du marché: le marché est manifestement la réponse et non le problème.L‘entrepreneur est au centre du phénomène de la mondialisation. À titre individuel et collectivement à la tête de l’entreprise, c’est lui qui prend des risques et qui crée de la richesse. Les activités de l’entrepreneur ou de l'entreprise s’inscrivent elles aussi dans des cadres imposés par les institutions pour contenir les faiblesses humaines.De tels cadres sont certes nécessaires, mais on reconnaît de plus en plus, et cela est sain, que la volonté de tout réglementer a des conséquences désastreuses. En effet, lorsque les réglementations en viennent à étouffer l'innovation, cela peut atténuer les risques d'un échec total, mais le prix de la résistance au changement est incalculable. Car c'est le changement, c'est-à-dire la conviction qu’une démarche ou qu'un produit pourrait être amélioré, qui nourrit l'esprit créatif. Pour que le marché puisse fonctionner, il faut reconnaître le droit à l’erreur.Par nature, l'entreprise est le fruit d'attentes positives et de la volonté de répondre aux exigences du marché. Les gestionnaires des entreprises ont de plus en plus tendance à repérer, à travers les différents secteurs, les éléments communs du paradigme de la nouvelle économie, comme certains l’appellent. Il existe un ensemble de thèmes communs dans les stratégies et les activités des entreprises privées qui s’arment en vue de futurs succès. De la restauration rapide de MacDonald's aux téléphones Nokia, en passant par les voitures de Volkswagen, les produits de grande consommation électronique Sony et les logiciels Tata, les entreprises ciblent leurs stratégies sur l'introduction, la commercialisation et la gestion de leurs marques. Au bout du compte et en dépit de leurs différences, les êtres humains ont des goûts convergents en ce qui concerne un grand nombre de produits et de services. Il est important de souligner que chacun des thèmes en question a des implications pour les décideurs publics, à tous les niveaux d'administration et partout dans le monde.Dans tous les secteurs, qu'il s'agisse de l'agriculture, du commerce de détail, de la banque, de la sidérurgie ou des semi-conducteurs, il y aura une prime à l'innovation. L'application de la technologie au modèle de l'entreprise va se répandre et c’est souvent elle qui fera la différence entre la réussite et l'échec. Le champ potentiel d'action d'une entreprise, qu'elle soit grande ou petite, sera international, sinon mondial, et s’il est vrai que l'éventail des choix offerts aux consommateurs sera étonnamment large, la concurrence n’en sera pas moins intense.De ce fait, les marges bénéficiaires continueront à se réduire, rendant la croissance plus essentielle encore. Même l'entreprise la plus spécialisée dans certains produits devra mobiliser ses talents pour offrir des services. Les organisations deviendront moins hiérarchisées et l’emploi sera plus fluide. Les échanges et les investissements deviendront indissociables des stratégies internationales des entreprises.Je souhaiterais attirer votre attention sur la caractéristique la plus importante et la moins bien comprise des entreprises compétitives sur le marché mondial: la vitesse. L’accélération de l’investissement dans le cycle économique est une notion nouvelle pour l'entreprise privée. La source de ce changement exponentiel est l'invention, qui s’autoalimente grâce à la technologie, permettant aux gestionnaires du modèle de l'entreprise privée de modifier à une vitesse remarquable l’agencement de ce modèle. En outre, l'invention ouvre de nouvelles possibilités pour les clients de ces nouveaux biens et services. Il en résulte parfois des changements de la demande si rapides que même les prévisionnistes les plus perspicaces sont pris de court. Dans le monde de la technologie, les concepteurs de modèles en sont venus à penser en termes d'années "web", c'est-à-dire à échéances d’un trimestre.L’essor de la diffusion des nouvelles technologies est au cœur de la croissance soutenue de l'économie mondiale. L’application de la technologie permet le développement d’un même modèle et ouvre de nouvelles possibilités de commercialisation dans toutes les activités industrielles et commerciales. Toutes les administrations publiques produisent un arsenal de mesures qui définissent les contours des modèles micro-économiques du secteur privé ; en découle la charge que le secteur public fait peser sur les acteurs privés. Le poids de la fiscalité est l’exemple le plus évident et les choix opérés dans ce domaine sont à l’origine d’une multitude de coûts micro-économiques similaires.Parmi les autres mesures qui pèsent sur les entreprises, citons les règles excessives de protection du travail, les systèmes d'éducation peu performants, les exigences de la réglementation, les restrictions imposées aux marchés et les droits de douane. Le débat sur les disparités de taux de croissance dans les économies développées dépend dans une très large mesure de la charge que les exigences des États font peser sur l'entreprise.UN GOUVERNEMENT DYNAMIQUEÀ l’évidence, il est nécessaire que les entreprises et les pouvoirs publics comprennent leurs points de vue respectifs, et même qu’ils œuvrent de concert. Et ce, au moins pour une raison : seul un petit nombre d'entreprises privées réussiront à se soustraire au modèle mondial de la compétitivité ou à la nécessité de s’adapter rapidement. La charge que fait peser le secteur public sur l’entreprise est considérable si on la compare à sa marge d'exploitation. Lorsqu’une administration publique est efficiente et réagit rapidement, son action peut donc renforcer dans de très larges proportions l'avantage comparatif et concurrentiel du secteur privé.La vitesse à laquelle une entreprise peut réagir aux changements est en effet directement liée aux politiques et réglementations publiques; ce point est de plus cruciaux lorsqu’on réalloue des ressources, d’activités très peu productives vers des activités offrant des possibilités appréciables de croissance. C’est le fameux concept de destruction créatrice de Schumpeter. Dans un contexte où les profits s’amenuisent et où les cycles de produits s'accélèrent, il est d’autant plus urgent que les pays harmonisent leurs politiques visant à renforcer la compétitivité, et permettent aux ajustements de s'opérer sans entrave. Faute de quoi, l'élément créatif de l'équation de Schumpeter resterait lettre morte, ce qui aurait des conséquences dévastatrices.Tout manque de compétitivité, qu'il touche le secteur privé ou le secteur para-étatique, se propage en ondes d'inefficience dans toute l'économie, faussant l'allocation des ressources et affectant la structure des coûts pour les clients. Il est dans l'intérêt des pays et des entreprises d’empêcher que cela se produise.Dans la mesure où les pays ignorent ces réalités, les déficiences de leurs politiques auront toutes les chances de se répercuter sur le niveau des prix et des services. Ces effets micro-économiques entraîneront à leur tour des effets macro-économiques : ces prix plus élevés auront en effet une incidence sur la productivité de la main-d'œuvre et sur le niveau de vie. En un mot, si les pouvoirs publics font des choix erronés, ils auront bel et bien des conséquences et ne disparaîtront pas de sitôt. Ils devront être payés.Dans ce contexte, le Forum 2000 de l'OCDE offre la possibilité de se démarquer assez sensiblement de la plupart des autres «débats» menés au niveau intergouvernemental. Sa base analytique, sa rigueur intellectuelle, et la présence des représentants d'entreprises et d’autres acteurs de la société, constituent des atouts essentiels, en particulier face à l'opposition croissante à la mondialisation qui s'exprime actuellement dans la rue. En ouvrant le débat "officiel" à des opinions antagonistes, le Forum oblige les intervenants à s’exposer et à affronter les critiques. Chacun devra faire valoir son point de vue en s’appuyant, non pas sur l’effet du nombre ou l’éclat des protestations, mais sur la rigueur des arguments et des analyses. Il n'y a là rien de nouveau pour l'OCDE qui a toujours cherché à connaître l'opinion des représentants des entreprises et des syndicats pour enrichir le dialogue intergouvernemental. Ce qui est demandé à ceux qui sont invités à participer aux débats, c'est d'écouter et d'exposer leurs dossiers avec clarté. Leur influence sera à la mesure de la solidité de leurs arguments. C'est là toute la signification de la notion de partenariat. Que pourrions-nous demander de plus ?


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