Du comportement responsable des entreprises dans une économie mondiale

L’entreprise est aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Comment peut-elle assumer les nouveaux rôles qu’on attend d’elle ?
Les entreprises doivent aujourd’hui relever une multitude de défis qui dépassent le cadre de leurs objectifs traditionnels : être rentable, servir au mieux les intérêts des actionnaires, répondre aux besoins des clients et procurer aux salariés une rémunération correcte et de bonnes conditions de travail.
Le processus de mondialisation renforce les exigences vis-à-vis des entreprises et l’on attend désormais qu’elles contribuent à la sauvegarde de l’environnement et au progrès social.Pour répondre à ce défi, les entreprises élaborent de plus en plus souvent des principes par lesquels elles s’engagent à se comporter en membres responsables de la société dans la conduite de leurs activités.Lorsqu’elles établissent ces principes - que ce soit de manière formelle ou à travers leur culture d’entreprise – les entreprises doivent avant tout veiller à maintenir l’équilibre entre, d’une part, leurs responsabilités économiques envers leurs clients, leurs salariés et leurs actionnaires, et de l’autre, leurs responsabilités en tant qu’entreprises citoyennes du monde et membres des communautés locales dans lesquelles elles opèrent.Quelle doit être la place des entreprises dans la société ? C’est le fond du problème, et cela pose une multitude de questions sur la manière dont elles peuvent ou doivent – dans leur sphère d’influence propre – contribuer au progrès de l’environnement, des conditions de travail ou des droits de l’homme. Beaucoup de ces questions renvoient au rôle des entreprises dans une économie mondialisée, et aux missions respectives des entreprises et des gouvernements dans la gestion de cette mondialisation.Les entreprises peuvent servir d’exemple à la fois par la qualité de leur propre gestion et à travers leur action philanthropique. Mais on ne saurait attendre qu’elles assument les responsabilités qui incombent traditionnellement aux pouvoirs publics. Le secteur privé a donc tout intérêt à ce qu’il y ait un État stable, efficace, respectueux du droit et garant de son application.Si les entreprises sont de plus en plus sollicitées pour résoudre des problèmes sortant de leurs attributions économiques, c’est notamment parce qu’on estime, à juste titre, qu’elles contribuent aux effets bénéfiques de la mondialisation. Des études menées par différentes organisations internationales sur les activités des multinationales montrent qu’elles ont un impact positif sur les niveaux de développement des pays dans lesquels elles opèrent.On attend beaucoup des entreprises parce qu’elles sont les principaux agents du processus de mondialisation. Et il est difficile d’imaginer l’avènement d’une économie mondiale sans la contribution de l’entreprise privée.Pour les entreprises, la seule réponse efficace est de démontrer qu’elles sont à la fois solidaires et responsables. Cela suppose qu’elles s'engagent dans le dialogue et le débat public, sans craindre de se justifier et d’expliquer le rôle à la fois constructif et indispensable qu’elles jouent dans la société.Les entreprises doivent avant tout démontrer que :- le développement économique mondial est le meilleur moyen d’accroître la prospérité, au niveau national comme au niveau international, et de donner à des millions de personnes, en particulier dans les pays en développement, une chance de pouvoir subvenir correctement à leurs besoins et à ceux de leurs enfants ;- c’est en appliquant leurs propres principes qu’elles donneront les meilleures preuves qu’elles sont des entreprises citoyennes. Ces principes peuvent prendre la forme d’un code ou d’un système de valeurs non écrites s’appuyant sur des procédures internes de surveillance, d’évaluation et de communication qui guident les activités de l’entreprise.Pour que ces principes soient effectifs, c’est aux entreprises qu’il appartient de les élaborer et de veiller à leur application. Qu’ils soient écrits ou non, ils peuvent jouer un rôle important en harmonisant les diverses « cultures » existant au sein des entreprises et en renforçant l’adhésion aux valeurs et aux préoccupations de la société.À côté des règles purement opérationnelles, figurent souvent des principes d’action et des procédures internes sur des questions spécifiques, telles que la gestion de l’environnement, la sécurité et la médecine du travail, l’éthique et l’intégrité.Les principes de l’entreprise doivent être adaptés aux conditions existant dans les différents pays où elle opère. C’est une des raisons pour lesquelles on ne peut envisager une approche uniforme. Non seulement les entreprises sont confrontées à des conditions extérieures différentes, mais les entreprises sont également très différentes les unes des autres. Il est essentiel de prendre en compte des facteurs tels que l’évolution passée de l’entreprise, sa culture, la nature de son activité et ses objectifs, son implantation géographique et sa taille.Ce qui compte en dernière analyse, c’est moins l’existence d’un ensemble formel de règles que le comportement effectif de l’entreprise.Les codes édictés par les pouvoirs publics ou par d’autres instances externes aux entreprises ont leur raison d’être en tant que référence extérieure. Mais il est peu probable qu’ils puissent valablement remplacer un ensemble de principes volontaires établis par l’entreprise elle-même. Lorsque des organismes extérieurs – qui ne sont pas soumis, eux, à l’obligation de rendre des comptes – tentent d’imposer des codes aux entreprises ou de veiller à ce qu’elles les respectent, cela s’avère invariablement contre-productif. Ce n’est pas en réaction à des pressions extérieures qu’une entreprise doit adopter ses propres principes, mais parce qu’elle veut élaborer des valeurs dans l’intérêt de ses salariés. Quant à savoir si ces principes doivent être diffusés à l’extérieur, c’est à l’entreprise de le décider.Pour que le secteur privé contribue davantage à la sauvegarde de l’environnement et au progrès social, la solution réside à l’évidence dans la persuasion et la pression morale exercée par les pairs, et non dans des codes et des réglementations contraignants imposés de l’extérieur. Les entreprises ne veulent pas que des tiers utilisent codes ou principes directeurs comme des règles non-contraignantes pour juger le comportement de chaque entreprise.Toute tentative d’imposer un code de conduite universel aux multinationales est vouée à l’échec : les 13 années de négociations infructueuses menées au sein de la Commission des sociétés transnationales des Nations unies le démontrent amplement. Ces négociations ont finalement échoué lorsque l’on a tenté d’instituer une procédure d’application consistant à juger le comportement de chaque entreprise par rapport aux dispositions du code.La diversité des initiatives et des principes volontairement adoptés par les entreprises ne nuit pas à la définition d’un comportement responsable des entreprises, c’est au contraire une source d’innovation. C’est dans cet esprit que la Chambre de commerce internationale soutient, au nom des entreprises du monde entier, le projet de Contrat mondial entre les entreprises et les Nations unies, proposé par le Secrétaire général Kofi Annan pour promouvoir les droits de l’homme, améliorer les conditions de travail et sauvegarder l’environnement.Ce Contrat mondial s’appuie sur des valeurs universellement acceptées figurant dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans la Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail, et dans la Déclaration de Rio du Sommet de la Terre sur le développement durable.Ces trois déclarations, qui visent d’abord les gouvernements, s’adressent également aux entreprises et constituent le cadre de référence suprême des valeurs qui peuvent les inspirer dans la formulation de leurs propres principes opérationnels.Beaucoup d’entreprises sont également favorables aux codes de portée générale élaborés par des instances patronales ou d’autres organisations, et en reprennent souvent des passages dans leurs propres règles.Certains de ces textes comportent des recommandations de portée générale, comme les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. D’autres donnent des orientations plus spécifiques ou sectorielles, comme les Règles de conduite de la Chambre de commerce internationale (CCI) pour combattre l’extorsion et la corruption dans les transactions commerciales, la Charte CCI des entreprises pour le développement durable, ou les différents codes de la CCI en matière de marketing et de publicité.Ce n’est pas parce que les codes de conduite d’entreprises sont volontaires, autrement dit qu’ils ne sont pas imposés de l’extérieur, qu’il faut considérer qu’ils sont inopérants. En effet, la discipline des entreprises peut assurer leur application.L’entreprise doit aujourd’hui offrir une image de citoyenne exemplaire. Elle doit être très attentive aux réactions que ses activités suscitent à l’extérieur. La transparence et la qualité de la communication sont pour elle des facteurs vitaux.Peut-être plus encore que par le passé, le secteur privé doit prendre part au dialogue et au débat public, tout en montrant aux principaux relais de l’opinion et au grand public qu’il pratique une autodiscipline efficace et joue un rôle positif dans le monde.En fin de compte, les entreprises jouent un rôle essentiel dans la lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la qualité de la vie : elles créent des richesses et des emplois, œuvrent pour le progrès scientifique et technique, et améliorent constamment leurs produits et leurs services sous l’aiguillon de la concurrence.La Chambre de commerce internationale représente les entreprises du monde entier et constitue le porte-parole idéal pour faire passer ce message. Une partie de son site web (www.iccwbo.org) est, dans cette optique, consacrée à la contribution des entreprises au Contrat mondial, et j’en recommande vivement la visite aux lecteurs.© L’Observateur de l’OCDE, Nº221/222, Été 2000


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