Pourquoi il est important de mesurer le progrès

Ingurgiter des statistiques sur les performances mène souvent à la confusion. Une nouvelle initiative internationale pourrait aider les gens à avoir une vue plus dégagée.

©David Rooney

Êtes-vous perplexes sur l’état de votre pays ? Vous sentez-vous parfois débordés par la pléthore d’informations  souvent contradictoires  sur la santé de votre économie, de la société ou de l’environnement ?
Les gouvernements devraient être jugés sur l’efficacité de leurs politiques et de leurs projets, mais d’après quelles références ? Et comment les citoyens peuvent-ils participer à un débat démocratique honnête s’ils ne savent pas ce qu’il se passe vraiment dans leur pays ou région ?L’information est un ingrédient vital des processus économique et politique, et l’intensification de l’accès à l’information, grâce aux avancées technologiques, a modifié la façon dont les marchés et les sociétés fonctionnent. Avec Internet, le téléphone mobile et les communications par satellite, plus de gens ont accès à plus d’informations que jamais. Grâce à la capacité de maîtriser l’énergie d’un partage interactif de données, avec des outils comme le Web 2.0, et avec l’influence grandissante des blogs et les nombreux moyens de transfert rapide de l’information, il est aisé de croire que le concept d’un « décideur pleinement informé » pourrait finalement devenir réalité.Hélas, cette réalité n’est encore qu’un rêve lointain. Alors que la collecte d’informations n’a jamais été plus simple, il est sans doute devenu plus difficile de sélectionner la « bonne » information et de la transformer en savoir permettant de choisir les meilleures options. En bref, c’est la qualité de l’information qui est cruciale, pas seulement sa quantité.Ce qui compte, pour les citoyens, c’est leur qualité de vie. Quelle que soit, en définitive, la subjectivité de ces questions, les gens ont besoin de sentir que les données objectives qu’ils utilisent pour prendre leurs décisions sont les bonnes. Après tout, de mauvaises informations engendrent de mauvaises décisions.De plus en plus, le progrès doit être mesuré par rapport à des critères plus proches des attentes du public.Le problème, c’est que les gens sont aujourd’hui conduits à prendre plus de décisions que jamais, du choix de l’école à celui de la gestion de leur retraite. Il n’est même plus évident de décider quoi manger ! Il est clair que les décisions finales ne devraient pas dépendre d’un supermarché ou des autorités, mais du citoyen lui-même. Les gens demandent aujourd’hui à contrôler leurs évaluations et leurs choix de vie. Des ensembles entier de données sont mis en question : la croissance économique est-elle une bonne mesure du bien-être, par exemple ? La croissance du PIB indique-t-elle vraiment une hausse du bien-être, si le surcroît de production détruit aussi l’environnement, aggrave les conditions sanitaires, ou ne réduit pas la pauvreté ? De plus en plus, le progrès doit être mesuré par rapport à des critères plus proches des attentes du public, et avec des idées sur ce que signifie une vie meilleure.Actuellement, un consensus mondial se construit sur le besoin de développer une vision plus complète du progrès, plutôt que de continuer à se concentrer sur les indicateurs économiques traditionnels comme le PIB. Dans le monde entier, des organisations développent de nouvelles mesures du progrès social, à travers des thèmes qui lui sont intimement liés : durabilité, bien-être, qualité de vie. Ce travail est effectué au niveau local, national et international, dans le secteur public et privé, la société civile, les universités et les media, dans les pays développés et en développement. Certaines de ces mesures sont fondées sur des témoignages statistiques solides, d’autres sur des données peu fiables ou des méthodologies douteuses.Trier ces ensembles de données et en construire de nouveaux, fiables, représente un défi que l’OCDE est déterminée à relever. Notre but n’est pas de réaffirmer une orthodoxie établie. Comme l’a présenté le Secrétaire général Angel Gurría aux ministres en 2007, « nous devons nous attacher maintenant à mesurer le bien-être et pas seulement la production. Ce sera une contribution majeure à la stabilité et à la démocratie ». C’est pourquoi l’OCDE doit « mettre au point de nouvelles méthodes de mesure du progrès des sociétés au moyen de l’intégration, dans les indicateurs économiques classiques, de mesures sociales et environnementales et oeuvrera, avec les principales économies non membres et d’autres organisations internationales, à la mise en place d’une unité mondiale de stockage des statistiques et des indicateurs ».Un processus politique sain requiert des citoyens ayant accès à des informations exactes pour contrôler les bilans économiques, sociaux et environnementaux, ou évaluer les résultats possibles des politiques menées. Le choix des données utilisées est souvent influencé par la politique ou l’idéologie. Et si tous les citoyens, quel que soient leurs idées politiques, pouvaient s’accorder sur un « ensemble commun d’informations » mesurant précisément et objectivement le progrès social ? Si les disputes sur les résultats de l’action d’un homme politique se transformaient en discussion, basée sur des faits établis, sur les progrès éventuels de la société et sur les réformes à mener ? Est-ce une utopie ? En tout cas, cela pourrait bouleverser le fonctionnement de nos démocraties. L’existence d’une citoyenneté bien informée n’est peut-être pas si lointaine que cela. Le deuxième Forum mondial de l’OCDE, qui s’est tenu à Istanbul en juin et intitulé « Mesurer et favoriser le progrès des sociétés », a peut-être initié une avancée significative dans ce domaine. Sur la lancée du Forum mondial de Palerme en 2004, la question posée n’était pas seulement de savoir ce qu’un ensemble commun d’informations devrait signifier et contenir, mais comment modifier les cultures et les politiques à travers le monde.1200 experts issus de plus de 130 pays se sont rencontrés à Istanbul pour débattre de sujets comme le changement climatique, la santé et la mondialisation, pour exposer leurs récents travaux, proposer des modèles intelligents, souligner des failles dans notre savoir et présenter d’habiles solutions. Dans le même temps, 35 exposants à la première exposition internationale sur « les nouveaux outils permettant de transformer les informations en connaissances » montraient aux participants comment utiliser la dernière innovation technologique pour communiquer des statistiques de manière à trouver un écho chez les utilisateurs. Mais la singularité de cette conférence tient surtout au fait que des experts, des représentants de haut niveau d’institutions et de la société civile se sont résolument engagés à agir.Cet engagement concret a pris la forme de la Déclaration d’Istanbul afin d’améliorer les prises de décisions, la démocratie et le bien-être des citoyens. La Commission européenne, l’Organisation de la conférence islamique, les Nations unies, le Programme des Nations unis pour le développement, l’UNICEF et la Banque mondiale se sont tous joints à l’engagement de l’OCDE de mesurer et favoriser le progrès des sociétés.La Déclaration d’Istanbul reconnaît que, malgré les avancées des technologies de la communication et de l’information, il demeure un besoin urgent de collaboration entre les bureaux nationaux de statistiques, les universités et les organismes privés et publics pour mesurer le progrès réel.L’OCDE continuera à travailler dans cet objectif lors des prochains Forums mondiaux. Nous rendrons compte de ce travail et chercherons à récolter des contributions par la presse et par Internet, avec L’Observateur de l’OCDE et d’autres media. Nous lancerons même éventuellement notre propre outil « Web 2.0/wiki » sur la mesure du progrès, que la communauté internationale peut nous aider à construire. Ceci s’ajoutera peut-être à la masse d’informations, mais grâce à des efforts et des conseils appropriés, espérons que le sentiment de perplexité aura disparu. Le texte complet de la Déclaration d’Istanbul du 30 juin 2007 (en anglais) est disponible sur www.oecd.org/oecdworldforum.L’Observateur de l’OCDE Nº 262 Juillet 2007


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