L’énigme de la balance courante

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Le déséquilibre de la balance des opérations courantes des États-Unis doit-il inquiéter le monde ? Cette question apparaît fréquemment sur les unes des grands journaux ou chaînes de télévision économiques.
Il y a quelques semaines, Business Week s’interrogeait sur les « mystères de l’écart considérable de la balance des opérations courantes ». L’année dernière, un article de L’Observateur de l’OCDE remarquait que, si certains considéraient ce déficit comme un mirage inoffensif, la plupart des experts convenaient cependant que la situation n’était pas viable. La situation a très peu changé depuis. Le fait que le déséquilibre existe reste en lui-même surprenant à certains égards.Du point de vue mondial, l’anomalie la plus frappante, ces dernières années, tient à la « mauvaise direction » des flux de capitaux. En théorie, ces flux devraient aller des pays riches, où le capital est abondant et la main-d’œuvre rare, vers les pays pauvres où la situation est inverse et où le rendement du capital devrait être plus élevé. Cette situation se traduirait par des balances courantes déficitaires dans le monde en développement et excédentaires dans les pays industrialisés. Or, on observe aujourd’hui le contraire.L’une des explications en est le faible niveau de rendement du capital dans les pays émergents, car les insuffisances des politiques publiques et les problèmes structurels rencontrés par ces pays ont anéanti les avantages qui devaient leur permettre d’attirer l’épargne mondiale. Une autre raison tient à la forte hausse de la productivité aux États-Unis où, compte tenu de la maturité d’une économie développée, elle aurait dû ralentir, alors qu’elle continue à drainer l’épargne mondiale. De ce point de vue, les États-Unis sont plus un pays « encore en développement » que l’économie la plus avancée du monde.Les soldes des paiements courants sont déterminés à court terme par de nombreux facteurs, des différences structurelles entre les économies (démographie, niveau de développement, etc.) à des facteur tels que les changements d’orientation de la politique budgétaire. Deux économistes, Joseph Gruber et Steven Kamin, ont examiné 61 pays développés et en développement entre 1983 et 2003 et ont observé que l’excédent est plus important (ou le déficit plus limité) lorsque : le revenu par habitant est plus élevé (effet décrit précédemment) ; l’excédent budgétaire est plus large ; la proportion de foyers d’âge moyen est importante, car les jeunes et les personnes âgées ont tendance à désépargner ; l’économie est plus ouverte aux échanges internationaux ; enfin, la qualité du cadre institutionnel (par exemple le droit de la propriété ou l’État de droit) est moindre, car l’économie considérée est alors moins attrayante pour les investisseurs étrangers.Ce modèle prédit un léger excédent dans la zone euro (la balance courante est en fait quasiment à l’équilibre, ce qui est relativement proche des prévisions) et un déficit en Australie et en Nouvelle-Zélande, ce qui est effectivement le cas. Mais sur la base de ces travaux, les États-Unis devraient également afficher un excédent, parce que le niveau très élevé des revenus devrait suffire à contrebalancer les effets du fort taux de croissance et du déficit budgétaire. Or, aucune variation du modèle n’a permis d’expliquer le gonflement du déficit courant des États-Unis. En revanche, les gros excédents des économies émergentes d’Asie peuvent être en partie attribués à l’effondrement de l’investissement après la crise financière de 1997.Il existe dans la plupart des pays examinés un écart entre le solde prévu et le solde effectif de la balance des paiements courants, et cet écart reflète la mesure dans laquelle la balance courante semble s’écarter de ses paramètres fondamentaux. Selon le modèle, l’excédent de la zone euro a été inférieur d’environ 0,5 % du PIB aux prévisions pour la période examinée, alors que les déficits observés aux États-Unis, au Japon et en Australie ont été supérieurs aux prévisions. À cette aune, la zone euro ne contribue que très peu aux déséquilibres mondiaux des balances courantes et, pour de nombreux observateurs, c’est bien le déficit des États-Unis qui pose problème. Ceci ne signifie pas pour autant que l’intervention directe serait la solution. Comme le notait l’article de L’Observateur il y a un an, c’est au marché de jouer le premier rôle, pour autant que le gouvernement limite son déficit budgétaire et supprime les désincitations à l’épargne, tout en laissant à l’économie suffisamment de souplesse pour que les ressources puissent être réaffectées à la production de biens et de services exportables. RJCRéférences
  • Gruber, J. et Kamin, S. (2005), « Explaining the Global Pattern of Current Account Imbalances », International Finance Discussion Papers, n° 846, novembre.
  • Jarrett, P. (2006), « Balance courante américaine : s’attaquer au déficit », L’Observateur de l’OCDE n° 255, mai. Voir www.observateurocde.org
  • OCDE (2006), Étude économique de la zone euro, Paris.
L’Observateur de l’OCDE Nº 261 Mai 2007  


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