2020 : Vers une meilleure optique pour l’environnement

Les questions environnementales sont devenues des priorités pour la communauté internationale. Mais quelles sont les principales menaces et que réserve l’avenir ?
Direction de l'environnement
Destruction des forêts tropicales, désertification, terres incultes et arides, extinction de millions d’espèces, conditions météorologiques dévastatrices, villes engorgées, cours d’eau asséchés, océans moribonds et empoisonnés par le pétrole et autres déchets indigestes rejetés par l’homme. Cette vision insoutenable de l’avenir est exagérée et, par bonheur, un scénario aussi catastrophique n’est pas à envisager, du moins pas à l’horizon 2020. Est-il pour autant si improbable que l'environnement de la planète soit à ce point défiguré ?
Oui, à condition que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour l’éviter. Mais la réalité est là : les pressions exercées sur l'environnement se sont accentuées, et il est urgent de maîtriser certaines d’entre elles. Pour élaborer les politiques idoines, il faut connaître les types de pressions auxquels nous devons faire face, les facteurs qui engendrent ces pressions et leur évolution probable. Il est donc capital de se faire une idée précise de l’état dans lequel l'environnement pourrait se trouver en 2020. C’est dans cette optique que l'OCDE a lancé un exercice de prospective, dont les résultats définitifs seront présentés dans un rapport aux ministres de l'environnement en 2001. Cet état des lieux de l’environnement se concentrera sur les principaux domaines de préoccupation et ne sera donc pas exhaustif, mais la tâche s’annonce délicate même dans ces conditions. Il faut en effet analyser les tendances récentes, dresser un bilan de l’état actuel de l'environnement et établir des projections de l’évolution des problèmes environnementaux les plus préoccupants et des facteurs économiques et sociaux sous-jacents. De telles projections ne sont pas gravées dans le marbre, elles peuvent être modifiées sous l’action directe des pouvoirs publics. C’est pourquoi ce rapport analysera également les politiques environnementales déterminantes pour préparer un avenir plus respectueux de l'environnement.SIGNAUX D'ALERTELe rapport final ne sera pas prêt avant avril 2001, mais on peut d’ores et déjà présenter quelques résultats préliminaires. L’encadré ci-après dresse un tableau simplifié de certaines questions qu’il faudra, à première vue, s’attacher à résoudre au cours des 20 prochaines années. Le voyant vert indique les questions les moins urgentes, sur lesquelles les pays de l'OCDE peuvent « agir avec prudence », et le voyant orange les questions marquées par l’incertitude, auxquelles il convient de prêter attention dès maintenant. Quant au voyant rouge, il indique les questions les plus problématiques, qui exigent généralement une intervention immédiate des pouvoirs publics.La surpêche figure parmi les questions les plus urgentes à l’échelle mondiale. Selon la FAO, 70 % des pêcheries naturelles sont déjà épuisées, surexploitées ou en phase de récupération. En l’absence de réformes radicales, en 2020 leur production mondiale pourrait être inférieure de plus de 12 % aux niveaux de 1997. Le problème du déboisement risque également de se poser à l’échelle de la planète. Si les surfaces boisées se sont globalement accrues ces dernières années dans les pays de l'OCDE (de près de 4 % depuis 1970), le déboisement des forêts tropicales et des forêts anciennes se poursuit à un rythme inquiétant à l’échelle de la planète. La gestion durable des forêts des pays de l'OCDE constitue un défi, mais il est bien plus urgent encore de s’attaquer au problème des forêts tropicales. Autre problème urgent, bien que difficile à mesurer : la biodiversité, qui continue apparemment à subir des pressions considérables.SOLUTIONS TECHNIQUESIdentifier les pressions exercées sur l'environnement est une chose, trouver les moyens d’y faire face en est une autre. Certaines solutions techniques ont déjà permis d’atténuer bon nombre d’entre elles. La plupart des avancées techniques se sont concrétisées soit sous la forme d’améliorations de l’éco-efficience (réduction de la quantité d’énergie ou de ressources utilisées dans la fabrication de marchandises, par exemple), soit sous la forme de systèmes ou de technologies conçus pour accroître le niveau de production à partir de ressources renouvelables (utilisation accrue d’intrants en sylviculture et en agriculture, nourriture pour poissons, recours aux biotechnologies, par exemple). Le développement de l’aquaculture relève de cette dernière catégorie. Cette forme intensive de pisciculture a contribué à détourner des pêcheries naturelles surexploitées une partie de la demande de produits de la pêche. L’aquaculture s’est déjà rapidement développée et, selon les prévisions, elle pourrait encore croître de près de 35 % à l’échelle mondiale entre 1997 et 2010. De la même façon, les forêts industrielles plantées devraient davantage répondre aux besoins de production de bois. De telles solutions techniques ne sont cependant pas exemptes de coûts : même si l’aquaculture et les plantations forestières contribuent à la baisse des pressions exercées sur les ressources naturelles à l’échelle mondiale, elles peuvent aussi avoir des effets dommageables au niveau local. Ces deux activités sont donc affectées d’un voyant orange.Les nouvelles biotechnologies, y compris les organismes génétiquement modifiés (OGM), sont saluées comme la solution à bon nombre de nos problèmes de ressources. Elles sont virtuellement à même de réduire la quantité d’intrants dommageables (pesticides, engrais) utilisés dans les secteurs reposant sur les ressources naturelles (agriculture, sylviculture, pêcheries), tout en augmentant les niveaux de productivité. Cependant, la question de leur impact sur la santé humaine et les écosystèmes n’a pas encore été tranchée, et leurs perspectives d’avenir restent incertaines.DECOUPLER LA CROISSANCE ET L'ENVIRONNEMENTLa dégradation de l'environnement a globalement suivi le rythme de la croissance économique. Mais, dans de nombreux pays de l'OCDE, il semble que l’utilisation d’énergie et d’autres ressources, comme les matières premières agricoles, l’eau et les métaux, augmente désormais moins vite que le PIB. Cette baisse d’intensité laisse présager un découplage potentiel des orientations respectives de l’économie et de l'environnement et, au total, un ralentissement de la dégradation de l'environnement par rapport à la croissance économique. Dans certains cas, ces baisses de l’intensité d’utilisation des ressources ont été assez fortes pour entraîner une amélioration objective, et non relative, de la qualité de l'environnement, compensant les effets globaux de la croissance économique et démographique totale. Au moins neuf pays de l'OCDE ont réduit leur consommation totale d’eau entre 1980 et 1997 (voir graphique).Dans la plupart des cas, ces améliorations de l’éco-efficience n’ont pourtant pas empêché une dégradation globale de l'environnement. L’intensité énergétique des économies de l'OCDE a baissé de 31 % entre 1973 et 1996, mais leur consommation totale d’énergie s’est accrue de 23 % sur la même période, et devrait même augmenter encore de 30 à 50 % d’ici 2020.Dans les pays de l'OCDE, on constate une évolution analogue pour les émissions de gaz à effet de serre (GES), dont le volume global s’est accru, bien que le niveau des émissions par rapport au PIB ait diminué ces dernières années. Si les politiques restent inchangées, les émissions de GES des pays de l'OCDE pourraient augmenter de plus de 30 % d’ici 2010, alors que le Protocole de Kyoto fixait pour 2008-2012 un objectif global de réduction de 5 % par rapport aux niveaux de 1990.Dans certains cas, il n’y a même aucun signe d’amélioration réelle. Dans le secteur des transports, le nombre de véhicules-kilomètres parcourus dans les pays de l'OCDE devrait s’accroître d’au moins 65 % entre 1990 et 2020, et celui des passagers-kilomètres dans les transports aériens devrait presque quadrupler. De même, la production d’ordures ménagères dans les pays de l'OCDE devrait continuer de suivre la croissance du PIB en 2020, et atteindre un niveau à peu près deux fois supérieur à celui de 1980.LA ROUTE EST ENCORE LONGUE Comment les responsables des politiques peuvent-ils faire face à ces pressions environnementales ? Pour commencer, ils devraient se pencher sur les améliorations qui ont déjà pu être réalisées. Bien souvent, ces améliorations sont liées à des incitations tarifaires ou à une intervention réglementaire. Ainsi, c’est dans les pays qui ont supprimé les subventions et appliqué des redevances reflétant davantage les coûts (Royaume Uni, pays scandinaves et certains pays d’Europe centrale) que les réductions récentes de la consommation d’eau ont été les plus marquées. De même, sans être le résultat de l’action des pouvoirs publics, les principales diminutions de l’intensité énergétique se sont produites entre 1974-75 et 1979-82, lors des grands chocs pétroliers marqués et de l’envolée des prix de l’énergie.Les réglementations et l’intervention directe des pouvoirs publics se sont montrées particulièrement efficaces pour réduire la pollution industrielle, assainir les eaux de surface les plus polluées, et limiter les émissions de certains polluants atmosphériques, par exemple en supprimant progressivement l’essence au plomb (initiative rendue possible par la technologie). Dans d’autres cas, les politiques gouvernementales peuvent faciliter le développement de modes de consommation plus favorables à l'environnement. C’est le cas de l’agriculture biologique, dont l’expansion rapide dans les pays de l'OCDE tient à la fois à l’augmentation de la demande des consommateurs et aux aides publiques.Dans une certaine mesure, on a commencé par s’attaquer aux problèmes environnementaux les moins ardus. Le recyclage, la réduction des émissions de plomb dans l’atmosphère, l’assainissement des cours d’eau, tous ces problèmes ont été pris en main. Les problèmes de l’avenir seront probablement plus complexes, et de plus grands sacrifices seront nécessaires pour les résoudre.Prenons le cas des produits chimiques. On a sensiblement réduit les émissions industrielles de substances chimiques au cours des dernières décennies, mais les produits chimiques de synthèse restent omniprésents dans l'environnement, et sont d’autant plus difficiles à éliminer que les rejets proviennent de sources diffuses, comme la circulation automobile ou l’agriculture. La pollution des eaux souterraines présente des difficultés analogues : elle émane aussi de sources diffuses, principalement le ruissellement à partir des terres agricoles, à la différence des problèmes plus faciles à maîtriser liés aux eaux de surface et aux sources ponctuelles (comme les cours d’eau et les usines). De même, alors que les émissions de certains polluants atmosphériques ont diminué (plomb, dioxyde de soufre et dioxyde de carbone), d’autres sont en augmentation, comme les émissions de composés organiques volatils et d’hémioxyde d’azote qui contribuent au smog photochimique. Une fois encore, il n’existe aucune solution réglementaire toute faite pour résoudre ces problèmes.Le message est clair. Les priorités des décennies à venir sont l’utilisation des transports, la production de déchets, les sources diffuses de pollution et la surexploitation de certaines ressources renouvelables. Des cadres réglementaires forts resteront indispensables, mais il faudra y associer des panoplies de mesures plus novatrices. Faute de quoi, il deviendra extrêmement difficile d’atténuer les pressions sous-jacentes qui s’exercent sur l'environnement. Il semble que le recours à des mécanismes de tarification plus énergiques pour les consommateurs et les producteurs permette d’aller de l’avant ; les accords volontaires, les permis négociables, les écolabels et les incitations fondées sur l’information offrent d’autres moyens d’action. Si nous n’agissons pas, en 2020 les perspectives de l’environnement pourraient être plus désastreuses que nous n’oserions l’imaginer.* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *Références :* FAO, Produits forestiers : 1982-1993, Rome, 1995.* FAO, La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, Rome, 1998.* Hoffman, U. & Zivkovic, D., “Demand Growth for Industrial Raw Materials and its Determinants: An Analysis for the Period 1965-1988”, UNCTAD Discussion Paper No. 50, Genève, 1992.* AIE, Politiques énergétiques des pays de l’AIE : Édition 1999, OCDE, Paris, 2000.* OCDE, Données OCDE sur l'environnement : Compendium 1999, Paris, 1999.


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