Débloquer la croissance

FABER

À l’heure où certaines des économies du G7 sortent finalement de quelques années de croissance économique léthargique, quelles sont les réformes prioritaires ?

«Attention à ne pas relâcher l’effort de réforme », préviennent souvent les économistes lorsque l’économie va bien. Vu les bons résultats budgétaires, on repousse alors les réformes particulièrement délicates. Jusqu’au prochain creux économique, lorsque les finances se raréfient et que les changements douloureux deviennent inévitables et plus difficiles à absorber.Pour Jean-Philippe Cotis, économiste en chef de l’OCDE, la règle est simple : comme il l’écrit dans l’étude annuelle Objectif croissance, tous les gouvernements doivent résister à la tentation du relâchement quant aux réformes visant à améliorer la productivité et à créer des emplois.La croissance se rééquilibre actuellement dans la zone de l’OCDE. Certes, le ralentissement aux États-Unis y a contribué, ainsi que l’accélération en Allemagne et au Japon, due en partie aux progrès déjà réalisés dans les réformes du marché du travail et des marchés de produits. Mais il reste beaucoup à faire pour stimuler la croissance à long terme dans tous les pays. Objectif croissance recommande d’éliminer d’autres obstacles à la création d’emplois et de renforcer la population active, afin d’augmenter le revenu par habitant et d’améliorer le niveau de vie matériel global. Intensifier la concurrence sur les marchés de produits et de capitaux accélérerait la productivité et permettrait de rééquilibrer le revenu national en redonnant plus de poids aux salaires et à l’emploi qu’aux bénéfices et aux revenus du capital.Les économistes adoptent en général deux approches complémentaires de la croissance. Ils analysent les tendances et perspectives à court terme, influencées par la hausse des prix des produits de base, l’instabilité des marchés d’actions et les fluctuations des marchés des changes. C’est par exemple l’approche des Perspectives économiques de l’OCDE, publiées tous les six mois. Mais les économistes se doivent aussi d’examiner ce qui influe sur l’évolution de la croissance à long terme, en particulier les facteurs structurels comme la réglementation, la mobilité, les qualifications, la productivité, les technologies et la concurrence.C’est le rôle de la série Objectif croissance. Depuis trois ans, elle s’efforce de répondre aux questions que les pays membres de l’OCDE se posent depuis l’an 2000. L’économie mondiale s’est montrée dynamique à la fin des années 90, mais tous les pays n’ont pas réussi à en tirer parti. Certaines économies avancées ont progressé, alors que d’autres sont restées à la traîne. Pourquoi ? Comment expliquer l’écart de revenu qui s’est creusé, notamment entre les États-Unis, d’une part, et la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon d’autre part ? Pourquoi des pays comme le Royaume-Uni et l’Australie, ou encore la Suède et l’Irlande, sont-ils plus performants ? Et pourquoi l’Allemagne et le Japon ont-ils eu du mal à renouer avec la croissance ? La structure économique avait-elle besoin de réformes et, le cas échéant, lesquelles ? Quels enseignements les pays à faible revenu et les économies en transition peuvent-ils tirer ?Objectif croissance s’efforce de répondre concrètement à ces questions. Cette étude diagnostique les principales faiblesses freinant le potentiel de croissance dans les pays de l’OCDE et formule des recommandations constructives, adaptées à chaque cas, même s’il en ressort quelques principes communs à certains groupes de pays.La première de ces recommandations porte sur la nécessité d’améliorer le marché du travail pour faire reculer le chômage et augmenter les taux d’activité, notamment dans plusieurs pays européens. Partout, il faut investir dans l’innovation et les qualifications, et dans les pays anglophones, les niveaux de qualification doivent être relevés en améliorant l’enseignement secondaire. Accélérer la productivité est un impératif pour tous les pays également, mais plus encore pour ceux à bas revenu, où l’objectif principal reste de rattraper la moyenne de l’OCDE.Objectif croissance fixe cinq priorités d’action pour chacun des 30 pays membres de l’OCDE et pour l’ensemble de l’UE (voir les références pour les notes par pays).Bien que l’économie américaine ait servi de référence pour le PIB par habitant, elle a aussi fait l’objet d’un examen minutieux. Par exemple, le rapport souligne la nécessité d’améliorer le niveau éducatif dans le primaire et le secondaire, où les résultats médiocres contrastent avec des dépenses par élève relativement élevées. Plusieurs études de l’OCDE ont conclu à des performances insuffisantes des écoles américaines, et ne pas agir pourrait avoir des répercussions sur les coûts, les chances sociales, l’emploi et le capital humain. Il faut poursuivre l’effort entrepris dans le cadre de la loi de 2002 « No Child Left Behind », en particulier sur le plan de la responsabilisation.Cliquez iciIl faudrait d’urgence réduire les aides à l’agriculture aux États-Unis et dans l’UE, qui devrait aussi intensifier la concurrence dans l’énergie, les télécommunications et d’autres industries de réseau.L’Allemagne et la France devraient réduire les obstacles à la concurrence et diminuer les coûts salariaux pour faire reculer le chômage. Dans le cas de la France, par exemple, l’étude recommande de faire en sorte que le coût minimum du travail progresse moins vite que la productivité, et elle propose de mettre en place un contrat de travail unique, avec lequel la sécurité de l’emploi se renforcerait en fonction de l’ancienneté. La concurrence, la libéralisation et la réduction des aides à l’agriculture font aussi l’objet de recommandations pour le Japon et la Corée, où la productivité reste relativement faible. Le Japon devrait également ouvrir pleinement son marché des fusions et acquisitions aux entreprises étrangères.Parmi les autres recommandations, il faudrait mettre fin aux préretraites en Finlande et réformer les régimes d’assurance maladie et d’invalidité en Norvège et en Suède. Cette recommandation vaut également pour le Royaume-Uni, où le nombre de titulaires de prestations d’invalidité est en forte progression. Les encombrements dans les transports nuisent également à la productivité au Royaume-Uni et l’étude recommande d’investir dans les infrastructures et de développer la tarification routière. Dans le cas du Mexique et d’autres pays à bas revenu, le niveau de productivité doit être amélioré, donc l’éducation et la concurrence, et les restrictions à l’investissement étranger devraient être assouplies pour stimuler la croissance.Outre ces recommandations par pays, Objectif croissance analyse certains des facteurs qui jouent un rôle moteur dans la croissance et qui pourraient expliquer l’écart de PIB par habitant entre pays. Après la libéralisation des marchés de capitaux et l’innovation l’année dernière, les auteurs ont choisi de s’intéresser au travail, à la technologie et à la conception des politiques.L’utilisation de la main-d’œuvre est déterminante pour la croissance, et il n’est pas surprenant que les pays « retardataires » aient généralement de plus faibles taux d’emploi. Le rapport rappelle plusieurs des conclusions de la réévaluation de 2006 de la Stratégie de l’OCDE pour l’emploi, à savoir que les différences paraissent refléter les cadres politique et institutionnel comme le droit du travail, la formation et la mobilité dans l’emploi, facteurs qui influent tous sur la performance du marché du travail.Le progrès technologique contribue à expliquer les différences de productivité. L’innovation offre à tous les pays la possibilité d’accroître leur prospérité, mais ce sont ceux qui ont la plus forte croissance tendancielle qui en tirent le mieux parti, et plus rapidement. Cette fois encore, les pays où les marchés sont les moins réglementés ont en général été les grands gagnants. En effet, les réglementations limitant la concurrence ont pour effet de freiner l’innovation et d’empêcher les idées et les technologies nouvelles de se diffuser dans les processus de production. De plus, les pays qui accueillent favorablement les investissements étrangers bénéficient également des innovations qui accompagnent ces investissements.L’étude analyse aussi le renforcement de la concurrence sur les marchés de produits. Un examen des obstacles à la concurrence montre que les lois ne sont pas appliquées de la même manière dans tous les pays de l’OCDE ; les réglementations limitent encore la concurrence dans plusieurs secteurs, en particulier les services ; et la réglementation actuelle des industries de réseau n’assure pas toujours l’accès au réseau, et n’incite pas non plus à développer les capacités.Certains diront que ces recommandations ont déjà été formulées auparavant, à l’OCDE ou ailleurs. Mais il n’est pas inutile de répéter certains messages, car les circonstances évoluent : les responsables se succèdent, et des réformes qui étaient considérées comme inacceptables ou irréalisables reçoivent de nouveaux appuis.De plus, alors que certains pays ont réussi leurs réformes, d’autres peuvent avoir été moins chanceux. L’une des raisons, selon l’étude, peut en être une mauvaise conception des politiques, qui a multiplié les embûches. Bien savoir comment « huiler les rouages » quel que soit le marché, mais aussi mieux concevoir les mesures, faciliterait l’action des gouvernements réformateurs qui veulent améliorer la croissance en modifiant les politiques et les institutions.Ne pas réformer n’est pas une solution. Comme M. Cotis le souligne, un manque de réforme a souvent aggravé le sentiment d’insécurité ou déprimé la confiance. Bien que compréhensible, la timidité devant les réformes est paradoxale, car chacun peut constater les effets des bonnes réformes.Alors pourquoi les meilleures pratiques ne se diffusent-elles pas ? Selon l’étude, la réforme est souvent perçue à tort comme un danger pour la cohésion sociale et certaines valeurs fondamentales. Indépendamment des objections philosophiques que peuvent susciter les réformes visant à conforter l’économie de marché, les bénéfices des réformes prennent du temps à se matérialiser, mais les progrès peuvent être ralentis par ceux qui craignent d’y perdre. Le risque est alors qu’une crise soit le principal moteur du changement institutionnel. Une réforme bien conçue à temps et visant à lever les obstacles à la croissance peut éviter une telle situation. RJCRéférence L’Observateur de l’OCDE Nº 260, Mars 2007  


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