La croissance est-elle la solution au boom démographique ?

Programme de l'OCDE sur l'avenir
Le développement économique est souvent présenté comme la solution à une grande partie des problèmes liés à l’augmentation rapide de la population. Dans les pays développés, la croissance pourrait alléger le poids du financement public des services sociaux, et rendre ainsi nettement moins douloureux certains choix politiques incontournables, notamment en matière de financement des retraites. Dans les pays en développement, la croissance est également considérée comme indispensable pour faire reculer la pauvreté dans un contexte d’accroissement démographique rapide, et pour donner aux pays les moyens de développer leurs infrastructures matérielles et sociales.
En fait, de nombreux experts sont assez optimistes quant aux perspectives de croissance future. Ils estiment que, grâce aux technologies et à la mondialisation, la production mondiale pourrait facilement doubler sur la période 1997-2020, et que les niveaux de vie moyens (corrigés de la croissance démographique) pourraient progresser de 67 %. Certains experts prédisent même qu’en 2020, le PIB par habitant dans la zone de l’OCDE pourrait avoir augmenté de 50 à 80 % par rapport à son niveau de 1995. Dans la zone hors OCDE, l’augmentation pourrait être de l’ordre de 100 à 270 %, et le PIB moyen par habitant exprimé à l’aide des PPA pourrait représenter 30 % de celui des pays de l’OCDE en 2020, contre seulement 15 % en 1995.Toutefois, même les plus optimistes reconnaissent qu’une telle expansion ne pourra se produire que si des politiques « adaptées » sont mises en place. Les pays développés devront prendre des mesures face au vieillissement de la population, stimuler l’emploi et s’efforcer de rendre l’économie plus flexible. Les pays en développement devront mettre en place les institutions de base qui sont indispensables au fonctionnement d’une économie moderne, en réformant leurs marchés fonciers (pour faire en sorte que les propriétaires puissent vivre de l’exploitation de leurs terres) et leurs marchés financiers (afin d’encourager l’épargne pour financer les retraites). Ils devront aussi introduire des mesures pour réduire la mortalité infantile, éradiquer les maladies transmissibles, assurer l’égalité d’accès aux services de santé (y compris l’accès à la contraception) et faire progresser les taux d’alphabétisation (en particulier chez les femmes).Pour d’autres experts, la croissance ne pourra à elle seule apporter la solution. Ils craignent que la diffusion rapide des technologies – notamment les technologies de l’information – et la libéralisation économique ne favorisent l’émergence d’un capitalisme mondial « plus sauvage ». Le risque pour les pouvoirs publics, c’est que les richesses soient retenues par ceux qui les créent, notamment dans ce nouveau monde cybernétique, réduisant la capacité des États à prélever des impôts ainsi que leur marge de manœuvre pour redistribuer les revenus, ou même réaliser les investissements nécessaires pour adapter les infrastructures matérielles et sociales aux nouvelles données démographiques.Les sceptiques sont également vivement préoccupés par les conséquences désastreuses que la croissance économique aura inévitablement sur l’environnement, si l’on s’en tient aux normes et aux scénarios économiques actuels. Ils soutiennent notamment que les effets à long terme du changement climatique induit par la croissance seront globalement préjudiciables à la santé, à la vie culturelle et à la prospérité économique des populations, ce qui soulèvera des problèmes d’équité entre les générations. Tous ces éléments les conduisent à s’opposer à la mondialisation, qui d’une part transforme les populations rurales des pays en développement, aujourd’hui largement autosuffisantes, en consommateurs modernes de biens et services à forte intensité en capital, et d’autre part, favorise une production à des fins d’exportation néfaste pour l’environnement, comme la production des bois tropicaux par exemple. Comme les meilleures terres sont réservées aux cultures d’exportation, les paysans doivent se replier sur les terres peu fertiles et vulnérables à l’érosion. La mondialisation entraîne aussi une multiplication des transports, nuisibles à l’environnement car consommateurs d’espace et sources de pollution atmosphérique. Enfin, les sceptiques remettent en cause la capacité de l’économie à satisfaire les besoins alimentaires d’une population mondiale en augmentation, dans un contexte de dégradation rapide de la qualité des terres cultivables, de pénurie d’eau et de changement climatique. Bien que ces craintes soient loin d’être infondées, elles relèvent peut-être d’une vision trop pessimiste de l’avenir. En premier lieu, une expansion économique rapide devrait accélérer la transition démographique dans un grand nombre de pays en développement, et donc alléger les pressions qui s’exercent à long terme sur l’environnement, tandis qu’une plus grande prospérité peut entraîner à terme une plus grande exigence pour un environnement sain. D’autre part, à plus court terme, la diffusion des nouvelles technologies mettra à la portée de ces pays des instruments plus efficaces de lutte contre la pollution et favorisera une utilisation plus efficiente des ressources, notamment énergétiques. Enfin, si des règles efficaces de protection de l’environnement sont appliquées, le commerce international aura des effets positifs sur l’environnement dans la mesure où il contribuera à une allocation optimale des ressources. En tout état de cause, on ne voit guère quelles pourraient être les solutions de rechange crédibles sachant que le choc démographique est inévitable.Une expansion fondée sur la libéralisation des échanges et de l’investissement ainsi que sur la diffusion rapide des nouvelles technologies apparaît comme la voie la plus prometteuse pour affronter les nombreux défis socio-économiques que les bouleversements démographiques attendus ne manqueront pas de poser à long terme. Toutefois, la croissance risque de ne pas être durable si une modification radicale des modes de production et de consommation ne se produit pas à l’échelle planétaire. De tels changements, par exemple en faveur de produits plus respectueux de l’environnement, peuvent s’opérer en partie en réaction aux indications fournies par les prix et donc découler du fonctionnement normal des marchés. Mais d’autres changements, tels que la diminution de la pollution industrielle pour empêcher le réchauffement climatique, s’avéreront beaucoup plus délicats à négocier en raison des externalités qu’ils induisent. Ils exigeront par conséquent une intervention déterminée des pouvoirs publics, tant au niveau national qu’international. En outre, les interactions étroites qui existent entre les problèmes économiques, sociaux et environnementaux nécessiteront une approche horizontale impliquant toutes les parties prenantes, qu’il s’agisse des entreprises, des ménages ou des pouvoirs publics.


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