Jeunes conducteurs : la voie de la sécurité

Centre conjoint OCDE/CEMT de recherche sur les transports

©David Rooney

Conduire une automobile est une activité quotidienne pour les adultes de tous âges. Pourtant, chaque année, les accidents de la route tuent 25 000 jeunes de 15 à 25 ans dans les pays de l’OCDE. Y a-t-il un moyen d’arrêter ce gâchis ?

Un journal local de Normandie relatait récemment un accident qui paraît malheureusement trop ordinaire. Trois jeunes hommes âgés de 16, 18 et 20 ans ont été tués dans un accident de la route impliquant un autre véhicule. Leur conducteur roulait à 147 km/h dans une zone où la vitesse est limitée à 70. Les occupants de l’autre véhicule – un couple de personnes âgées – sont décédés suite à leurs blessures. Seul survivant, le jeune conducteur de 20 ans qui avait obtenu son permis quelques mois auparavant.Cette histoire est bien plus qu’un fait divers local. Elle pourrait figurer dans n’importe quel journal de l’OCDE, car elle illustre un problème qui nous touche tous.Les accidents de la circulation représentent la principale cause de décès des jeunes de 15 à 25 ans dans la zone OCDE, dépassant largement l’ensemble des maladies (voir graphique). Bien que le nombre de tués sur la route ait diminué dans de nombreux pays, la part des jeunes est restée la même. Les jeunes ne représentent qu’environ 10 % de la population, mais environ 27 % des décès de conducteurs. Le risque de mourir dans un accident de voiture est deux fois plus grand pour les conducteurs de moins de 25 ans que pour ceux âgés de 25 à 64 ans. Au moins 8 500 jeunes conducteurs de véhicules à passagers sont morts dans l’OCDE en 2004.Les accidents des jeunes touchent également d’autres personnes, comme ce couple en Normandie. Selon des recherches réalisées aux Pays-Bas et aux États-Unis, pour 10 jeunes conducteurs tués, environ 13 autres personnes meurent dans les mêmes accidents.
Source : Centre de recherche OCDE/CEMT sur les transportsLes accidents de la route constituent un problème de santé publique, mais leur coût économique est également énorme. Aux États-Unis, le coût des accidents impliquant des jeunes de 15 à 20 ans était estimé à 40,8 milliards de dollars en 2002. Selon certaines estimations, le coût économique total des décès et blessures causés par les accidents se situerait entre 2 à 4 % du PIB des pays de l’OCDE, compte tenu de la perte de capital humain et de capacité productive, de la rééducation nécessaire, des incidences familiales et des dommages matériels.Il n’est guère étonnant qu’une résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2003 ait qualifié d’inacceptable l’impact des accidents de la route sur la santé humaine. La Conférence européenne des ministres des Transports (CEMT) a également pris des mesures en se fixant comme objectif de réduire de 50 % le nombre de décès sur la route entre 2000 et 2012. Pour cela, il est nécessaire de réduire le risque des jeunes conducteurs.Il est donc important de comprendre pourquoi les jeunes sont impliqués dans autant d’accidents. Certaines explications sont évidentes. La première est l’inexpérience : le risque d’accident est en général élevé dans la période qui suit immédiatement l’obtention du permis.Mais la jeunesse en elle-même est aussi un facteur, dans la mesure où plus le nouveau titulaire du permis est jeune, plus le risque d’accident est élevé.Le genre du conducteur est également important. Les jeunes hommes sont exposés à un risque d’accident jusqu’à trois fois plus grand que les jeunes femmes. En outre, des données récentes recueillies aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni montrent que le risque d’accident mortel des jeunes hommes, par rapport à celui des conducteurs plus âgés, a augmenté de 50 % ou plus entre 1994 et 2003, ce qui n’est pas le cas pour les jeunes conductrices.Il existe d’autres caractéristiques à prendre en compte : les jeunes sont surreprésentés dans les accidents impliquant la vitesse, la conduite de nuit, surtout le week-end, en compagnie de passagers jeunes et sans ceinture de sécurité. Les jeunes ont également davantage d’accidents liés à la consommation d’alcool et de drogues.
Source : Centre de recherche OCDE/CEMT sur les transportsCe gâchis tragique peut-il être évité ? Les décideurs sont confrontés à de nombreux dilemmes. En effet, les jeunes conducteurs doivent acquérir de l’expérience, ce qui les expose forcément au risque, et d’autres avec eux. Par ailleurs, conduire permet aux jeunes d’être mobiles, et leur facilite l’accès à la vie sociale, aux activités économiques et à l’éducation.La définition des objectifs et de la faisabilité constitue une étape importante. L’objectif devrait être de continuer à réduire le nombre global de décès en même temps que l’écart qui sépare les jeunes conducteurs des conducteurs plus âgés devant le risque. Cela ne veut pas dire qu’il faille pénaliser la mobilité, mais il faut relancer la réflexion parmi tous les acteurs : pouvoirs publics, systèmes de santé et d’éducation, instructeurs de conduite, secteur des assurances, parents, sans oublier les individus concernés. Curieusement, les mesures de sécurité routière soulèvent rarement l’enthousiasme de la population, même si elles permettent de sauver des milliers de vies. Une détermination sans faille des responsables politiques et une information claire au sujet des risques sont donc indispensables. On recense déjà des exemples de bonnes pratiques dans les pays de l’OCDE et de la CEMT. Il y a quelques années, le président français, par exemple, a fait de la réduction de la mortalité sur les routes une priorité. Cette position a donné lieu à une application plus stricte des contrôles et sanctions, et à une forte réduction du nombre de tués. Selon les données de l’IRTAD*, le taux de mortalité routière de la France, qui occupait le sixième rang parmi les pays de l’OCDE en 2000, avec 14 décès de la route pour 100 000 habitants, est tombé au douzième rang en 2004, avec 9 décès pour 100 000 habitants, se rapprochant de la moyenne. Cette réduction s’est accompagnée d’une chute de 35 % du nombre de décès des conducteurs âgés de 18 à 24 ans. Le président russe a également reconnu la nécessité d’agir pour réduire la mortalité routière élevée de son pays.Quelles seraient les mesures efficaces ? Les jeunes doivent être mieux préparés à la conduite. Avant d’obtenir leur permis, il est essentiel qu’ils consacrent une plus longue période à la conduite accompagnée, en situation réelle. Les conducteurs n’ont en effet souvent guère d’expérience lorsqu’ils passent les épreuves de conduite habituelles. Les Suédois l’ont bien compris : en 1993, l’âge de la conduite accompagnée a été abaissé de 17,5 à 16 ans, et le nombre d’heures de conduite avant l’obtention du permis a été porté de 50 à 120 heures. Cette mesure a entraîné une réduction de 40 % du nombre d’accidents dans les deux ans suivant l’obtention du permis.La plupart des méthodes de formation et d’évaluation pour réduire le risque d’accident après l’obtention du permis sont peu efficaces, notamment car elles insistent sur la compétence technique plutôt que sur la sécurité.Même après une bonne formation, les premiers mois de conduite non accompagnée sont risqués. Une sorte de période probatoire pourrait être utile, assortie d’un dispositif de récompenses et de sanctions incitant à mieux conduire. Les permis à points, qui ont donné de bons résultats pour renforcer les messages de sécurité routière, pourraient être adaptés pour les jeunes conducteurs.Des mesures spéciales concernant la consommation d’alcool sont également nécessaires. Le risque d’accident augmente beaucoup plus rapidement avec chaque verre d’alcool consommé pour les jeunes conducteurs que pour les conducteurs plus âgés. Il faut lutter contre la conduite en état d’ébriété à tout âge, mais il semble que pour les jeunes conducteurs, la limite ne devrait pas dépasser 0,2 g/l. Des restrictions sévères de ce type, appliquées dans de nombreuses régions du monde – en Australie, au Canada et aux États-Unis – permettent de réduire sensiblement le nombre d’accidents et de décès. La limitation de la conduite de nuit ou en compagnie de jeunes passagers est également efficace, notamment dans certaines régions d’Australie, du Canada et des États-Unis, et en Nouvelle-Zélande.De telles mesures ne donneront évidemment des résultats que si elles sont appliquées de façon efficace. Mais il est difficile pour la police de cibler son action sur les jeunes conducteurs. L’application générale doit donc être déterminée et systématique, tout en insistant sur les situations, les heures et les endroits où les jeunes sont particulièrement exposés au risque.La jeunesse est un âge de confiance et d’enthousiasme, où l’on éprouve même parfois un sentiment d’immortalité. La prise de conscience du danger ne vient qu’avec l’expérience. Néanmoins, la formation à la sécurité routière devrait débuter dès que possible, étant donné notamment que les attitudes à l’égard de la sécurité s’établissent longtemps avant l’âge de conduire. Il faudrait donc encourager les jeunes, y compris les enfants, à considérer la conduite comme une activité sociale et responsable, en associant les parents et les enseignants aux campagnes de sensibilisation. Étant donné la valeur des exemples, le comportement des parents au volant est également important.D’autres mesures préventives pourraient encourager des technologies meilleures dans la conception et la construction des automobiles, ainsi que des infrastructures routières mieux adaptées. Les constructeurs automobiles pourraient jouer un rôle dans la diffusion des messages de sécurité routière auprès de leur jeune clientèle, en modifiant par exemple leur discours sur la vitesse. Par ailleurs, des politiques de transports publics adressées aux jeunes pourraient les encourager à s’affranchir de la voiture, ce qui diminuerait les risques d’autant. Enfin, les responsables publics pourraient mieux réfléchir aux coûts véritables liés à l’aménagement ou à l’implantation d’activités pour les jeunes, en prenant en compte l’augmentation probable des décès dus à une utilisation accrue de l’automobile.Il n’existe pas de solution miracle contre ce tragique gâchis sur nos routes, mais nous devons agir. Il est possible d’épargner des vies. Les mesures ont certes un coût, mais elles rapporteront également.*Banque de données internationale sur la circulation et les accidents de la route (IRTAD), OCDE, voir www.cemt.org/irtad/irtadIndex.htmRéférencesOCDE/CEMT (2006), Jeunes conducteurs : La voie de la sécurité, Centre conjoint OCDE/CEMT de recherche sur les transports, Paris©L’Observateur de l’OCDE, n°257, octobre 2006


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016