OGM et ONG: les voix de la résistance

Direction de la science, de la technologie et de l'industrie
La question des productions d’aliments à base d’organismes génétiquement modifiés (OGM) est sans doute l’une des plus controversées du moment, et les gouvernements ne semblent pas savoir comment y répondre, après avoir été dans un premier temps plutôt favorables à cette innovation. Le vent semble avoir tourné vers plus de circonspection, sinon plus de précaution, en la matière.
En grande partie du fait de la mobilisation des organisations non gouvernementales (ONG). L’OCDE, mandatée par le G8 pour l’éclairer sur les questions de sécurité des aliments issus des progrès des biotechnologies, s’est mise précisément à l’écoute des ONG et leur a donné la parole, lors d’une consultation spéciale le 20 novembre 1999, et lors d’une conférence organisée du 28 février au 1er mars à Edimbourg avec le gouvernement britannique sur les aspects scientifiques et sanitaires de la sécurité des aliments transgéniques. On a pu ainsi mieux percevoir les arguments des différents opposants ou réticents.Sans doute les premiers opposants, et les plus virulents, ont été les militants écologistes. Ils invoquent le fait que les OGM peuvent introduire dans la nature des désordres complètement incontrôlables, et ils réclament pour cette raison un moratoire sur la production et la commercialisation des OGM jusqu’à ce qu’on en sache plus de leurs effets potentiels sur la flore, la faune et l’homme.Le relais a été pris par les organisations de consommateurs. Les Européennes tout d’abord, particulièrement sensibilisées par l’affaire de l’ESB (maladie de la vache folle), entre autres. Elles ont réclamé la liberté de choix pour le consommateur, et donc un étiquetage informatif clair sur la présence d’OGM dans les produits -- ce que vient de décider la Commission européenne. Sans manifester une opposition de principe aux OGM, ces organisations défendent le point de vue que le consommateur doit pouvoir refuser d’acheter les produits en question pour des convictions relevant de la santé, l’éthique, la religion ou autres. Elles notent aussi que les bénéfices financiers, nutritionnels ou autres des OGM pour les consommateurs restent à démontrer.Dans le cadre de la coopération “globale” qui opère entre associations de consommateurs, les unions nord américaines ont emboîté le pas aux européennes, et réclamé de même un étiquetage obligatoire -- qui n’existe pas aux Etats-Unis et auquel s’oppose farouchement l’industrie. De fait il semble que les préoccupations du consommateur américain “moyen” montent progressivement. S’y joignent celles de militants écologistes, et de milieux scientifiques, jusqu’à présent pro OGM dans leur grande majorité, mais dont certains dénoncent aujourd’hui les agissements de la FDA (Food and Drug Administration), qui aurait tenu secrets les doutes exprimés sur l’innocuité des OGM en son sein même par quelques uns de ses experts depuis le début des années 90! Face à cette levée de boucliers dans les pays développés, les multinationales du secteur se sont tournées vers les pays en développement, où les besoins en nourriture des populations sont immenses et où les cultures à base d’ OGM paraissent constituer la panacée tant attendue. Encouragés par les gouvernements des pays en question, les cultures s’étendent à grande vitesse, à commencer par la Chine. Mais là aussi, dans les pays du Sud, les résistances s’organisent sous l’impulsion des ONG. Au Brésil, un moratoire vient d’être passé dans plusieurs États à la demande d’organisations de consommateurs. En Inde, certaines ONG dénoncent les risques de spoliation par les multinationales et s’emploient à mobiliser les petits fermiers, tout en demandant que l’on regarde de plus près l’argument selon lequel les OGM sont indispensables à la lutte contre la faim (observant, par exemple, qu’en Inde coexistent à la fois un surplus de production alimentaire au niveau national et de nombreux déficits locaux, preuve que c’est d’abord un problème de distribution qui est à résoudre).Face aux enjeux et aux incertitudes, les gouvernements se tournent vers les scientifiques. Pour constater qu’il y a aujourd’hui bien peu d’études solides qui permettent de lever les doutes dans un sens ou dans l’autre. Même, s’il faut bien l’admettre, on a observé jusqu’à présent bien peu d’effets néfastes significatifs sur la santé des populations et l’environnement que l’on puisse attribuer aux OGM. Alors, les gouvernements en sont aujourd’hui conduits à pousser les feux de la recherche, à raffiner leurs processus de décision (y ajoutant plus de “précaution”), à demander aux organes chargés des réglementations internationales sur la sécurité des aliments et leur commerce de revoir leurs outils d’analyses (comme celui d’“équivalence en substance” qui ne permet peut-être pas de discriminer suffisamment les propriétés des produits OGM par rapport aux produits conventionnels), ou encore à proposer la création d’un nouvel organisme “global” - car l’affaire par nature ne peut pas être confinée à l’intérieur de frontières nationales – qui veillerait etéclairerait sur les développements scientifiques et techniques relatifs aux OGM, suivant un modèle qui a fait ses preuves avec la question du changement du climat (PICC).Face à cette dernière proposition faite par le gouvernement britannique à Edimbourg, les ONG semblent hésitantes, sinon réservées, quoique présentant un front non uni: certaines disent :“ce peut être utile, mais continuons les débats, avant d’institutionnaliser quoique ce soit”; d’autres répondent qu’un tel forum ne saurait se limiter aux questions scientifiques (d’autant que, pour nombre d’ ONG, les “scientifiques” sur la question des OGM n’auraient que trop servi d’alibi aux pouvoirs publics et à l’industrie jusque dans un récent passé), mais devrait couvrir aussi les questions commerciales, de propriété industrielle, etc. (conférence de presse “alternative” de la réunion d’Edimbourg).En tout état de cause, que ce soit au niveau international, comme au niveau national, tout le monde semble d’accord, et les gouvernements en premier lieu, pour que dorénavant des débats transparents, ouverts, et faisant toute leur place à la société civile et ses représentants, soient instaurés et deviennent la règle. Ainsi les voix, aujourd’hui virulentes, de la résistance pourront-elles se faire entendre dans les dialogues plus apaisés – mais sans concession – de la vigilance.


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