L'UEM, An I

L'euro a fêté son premier anniversaire en janvier. Bien qu’il reste beaucoup à faire. ses perspectives d'évolution paraissent favorables.
Département des affaires économiques
Les conditions macro-économiques de la zone euro étaient assez incertaines à l'époque de la création de la monnaie unique. Les crises qui ont affecté en 1997-98 les marchés émergents freinaient les exportations, et la croissance marquait le pas. Néanmoins, plus vite que beaucoup l’avaient escompté, la conjoncture s’est améliorée, soutenue par le raffermissement de la croissance partout dans le monde et par les conditions monétaires favorables à l'intérieur de la zone euro. Avec la dépréciation de l'euro, les exportations et la production se sont redressées tandis que se dissipaient les craintes d’une déflation.
La vigoureuse reprise actuelle crée plus d'emplois que les précédentes phases de forte expansion, grâce aux efforts engagés pour remédier à quelques-unes des rigidités traditionnelles du marché du travail. On espère désormais que cette reprise se poursuivra assez longtemps pour faire sensiblement reculer le chômage, qui reste encore à un niveau inacceptable dans bon nombre de pays. C'est là un scénario plausible, sous réserve que l'environnement extérieur ne se dégrade pas et que le rythme des réformes structurelles, en particulier la mise en œuvre de la législation relative au marché unique, ne se ralentisse pas.UN POLICY MIX PRAGMATIQUEEn 1999, le dosage des composantes de la politique macro-économique (policy mix) a été globalement satisfaisant et a contribué à soutenir la demande intérieure au moment où le commerce extérieur traversait une conjoncture défavorable. Les deux modifications des taux d'intérêt (à la baisse en avril et à la hausse en novembre) décidées par la Banque centrale européenne n'ont guère suscité de critiques et se sont en fait révélées judicieuses. L'ajustement budgétaire se poursuit, mais à un rythme modéré, notamment parce qu’après plusieurs années d'ajustement rigoureux se manifeste une certaine "lassitude de Maastricht". Les déficits budgétaires d'un certain nombre de pays n’ont pas encore été suffisamment réduits pour permettre le libre jeu des stabilisateurs automatiques et autoriser un certain dérapage des finances publiques en cas de retournement de la conjoncture. De plus, les cycles conjoncturels des pays de la zone euro ne sont pas parfaitement synchronisés. Dans les pays où le cycle est le plus avancé – par exemple les petits pays à croissance rapide –, il est manifestement nécessaire de mener une politique budgétaire relativement restrictive étant donné que la politique monétaire est déterminée par le cycle de l'ensemble de la zone euro, dans laquelle la production reste inférieure à son niveau potentiel. Les ratios élevés d'endettement du secteur public ainsi que les engagements futurs de dépenses au titre des retraites appellent également une certaine rigueur budgétaire dans plusieurs pays.Dans ce contexte, les autorités budgétaires se préoccupent désormais moins de la réduction du déficit en tant que tel que de la composition des dépenses et des arbitrages à opérer entre de nouveaux efforts de réduction du déficit (ou de réalisation d'un excédent) et des allégements d'impôts favorables à l'offre. Ces questions sont examinées de près dans les études consacrées par l'OCDE aux économies des différents pays de la zone euro. Les réponses à leur apporter varient d'un pays à l'autre.S'ADRESSER AUX MARCHESL'une des leçons que l'on peut tirer de la première année d'existence de l'euro est qu'il est possible d'améliorer le cadre général et la politique de communication de l’Eurosystème. La définition de la stabilité des prix reste assez vague, et la distinction entre les différents agrégats monétaires pose problème (notamment dans le cas de l’agrégat M3 qui correspond à la masse monétaire de définition large). La transparence est à certains égards limitée, dans la mesure par exemple où l'on omet de publier les propres prévisions de l'Eurosystème. En matière de taux de change, les responsables ont également eu du mal à parler d'une seule et même voix, ou du moins à ne délivrer qu'un seul message. Il est d'autant plus délicat de formuler une opinion sur l'euro que, malgré le sentiment largement partagé que la monnaie unique est désormais nettement sous-évaluée, il est très difficile de dire quel est en fait le niveau "d'équilibre" du taux de change. Les études économétriques présentent un large éventail d'estimations, selon les méthodologies et les repères utilisés, mais elles manquent d'une base empirique totalement crédible, l’euro n’étant que de création très récente. Néanmoins, il semble que la monnaie puisse véritablement s'apprécier à plus long terme : la croissance reprend en Europe, et à plus ou moins longue échéance, la dégradation de la balance des paiements courants et de la dette extérieure nette des Etats-Unis devra s’inverser. Mais que faut-il entendre par long terme ?PLUS DE REFORMES Des réformes structurelles sont en cours en Europe – il suffit de constater l'assouplissement progressif des marchés du travail, qui se traduit par une augmentation du nombre d’emplois créés par unité de croissance de la production. C'est là une amélioration structurelle du marché du travail et non pas une amélioration temporaire, de caractère conjoncturel. Les réformes ont également transformé les industries de réseaux, entraînant un effondrement des tarifs des télécommunications et plus récemment de l'électricité. Bon nombre de ces réformes sont souhaitables par elles-mêmes, indépendamment de l'existence de la monnaie unique, parce qu’elles vont dans le sens des intérêts des consommateurs comme des travailleurs. Mais leur mise en œuvre permet en outre de faire reculer le chômage, et contribue de ce fait à rendre plus acceptable l’objectif de la stabilité des prix.Les progrès réalisés jusqu'à présent ont été satisfaisants, mais il reste encore beaucoup à faire. Les marchés du travail sont encore relativement fragmentés, comme en témoigne la forte dispersion des taux de chômage entre les pays et les régions (voir aussi l'étude de l'an dernier de l'OCDE sur l'UEM). Ce facteur, conjugué aux rigidités de prix et de salaires, signifie que le taux de chômage de l'ensemble de la zone euro compatible avec une inflation stable et faible est plus élevé qu'il ne le serait sur des marchés plus flexibles et mieux intégrés. Il faut manifestement poursuivre les réformes du marché du travail. Celles-ci pourraient cependant ne pas produire les effets que l’on en attend si elles ne sont pas menées de front avec des réformes des marchés de produits. Les réformes structurelles ne sont en effet couronnées de succès que si elles sont conçues dans une large optique et en exploitant les synergies. Après tout, il serait dommage de supporter les sacrifices d’une réforme partielle pour n’en tirer que quelques gains limités. * * * * * * * * * * * * * * * *Bibliographie:* OCDE, UEM : Faits, défis et politiques, OCDE, Paris, 1999.


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