Pologne : une transition réussie

Dix ans après avoir lancé un ambitieux programme de réformes économiques, la Pologne se révèle être l’une des économies en transition les plus performantes d’Europe. Contrairement à ses voisins d’Europe centrale et orientale, elle n’a pas souffert d’une crise à mi-parcours ni subi d’attaques spéculatives contre sa monnaie et son économie ne s’est que modérément ralentie après la crise russe d’août 1998. Ainsi, depuis quatre ans, la production a augmenté dans de fortes proportions, l’inflation a diminué et le niveau de vie s’est amélioré.

D’après une étude économique récemment publiée par l’OCDE, cette croissance vigoureuse s’explique par les importants flux d’investissements directs étrangers (IDE) et par le dynamisme des petites entreprises privées. En 1998, la Pologne a attiré 40 % de tous les IDE à destination de l’Europe centrale et orientale et des Etats Baltes. Les investisseurs étrangers se sont d’abord concentrés sur le marché national, le plus important de la région; ils cherchent maintenant à utiliser la Pologne comme plate-forme d’exportation vers d’autres marchés d’Europe de l’Ouest, notamment dans le domaine de la haute technologie. En outre, la déréglementation et les privatisations ont favorisé l’émergence d’un tissu de petites et moyennes entreprises très actives. On compte actuellement plus de 2 millions d’entrepreneurs dans les secteurs du commerce de détail, de la construction et des biens d’équipement légers. Leur contribution à la croissance de la production et à la création d’emplois est importante. De même, ces derniers alimentent un nouveau vivier de consommateurs.

Sauf événement imprévu au plan national ou étranger, et en dépit d’un léger resserrement de la politique macro-économique, la croissance de la production devrait encore s’accélérer et atteindre environ 5 à 6 % dans les deux années à venir.

La consommation privée est appelée à augmenter, ce d’autant plus que les consommateurs polonais bénéficient de fortes hausses de leur revenu disponible réel et que se multiplient biens de consommation et nouveaux services. L’investissement des entreprises devrait également rester soutenu, les entreprises continuant à se moderniser et les investisseurs étrangers à injecter davantage de capitaux. Grâce à la reprise attendue de l’activité dans les pays de l’Union Européenne, les exportations pourraient progresser à un rythme supérieur à 10 %. La croissance économique devrait créer davantage d’emplois, mais le chômage, actuellement de l’ordre de 13 %, ne baissera sans doute que progressivement à court terme car un grand nombre de jeunes ayant terminé leur scolarité vont arriver sur le marché du travail et grossir le flot des sans-emploi.

COMBATTRE L'INFLATION

La Pologne a obtenu des résultats encourageants, mais elle devra, pour rester dans cette bonne direction, relever deux défis macro-économiques. Le premier est de juguler l’inflation. Jusqu’à une date récente, les autorités monétaires ont pu ramener l’inflation à un chiffre. Elles ont réagi à la surchauffe de l’économie en opérant des hausses de taux d’intérêt préventives. Elles ont ensuite réussi à contenir l’effet de contagion de la crise financière russe en assouplissant fortement la politique monétaire. Prises à temps, ces mesures ont donné à la Banque nationale de Pologne - qui est indépendante - et à son Conseil de politique monétaire, la crédibilité dont ils avaient besoin sur les marchés financiers.

Mais depuis six mois, l’inflation a repris et franchi la barre des

10 %. C’est trop, compte tenu de la volonté affichée par Varsovie de rejoindre l’Union européenne et la zone euro. Le Conseil de politique monétaire s’est donc résolu à adopter une nouvelle méthode de

« ciblage de l’inflation », qui consiste à annoncer au public les objectifs retenus et à réagir en cas de dérapage. La Banque nationale vient d’annoncer son objectif à moyen terme : moins de 4 % avant 2003. A condition d’être soutenue par une politique monétaire adaptée, cette nouvelle méthode devrait remettre le pays sur la voie d’une diminution progressive de l’inflation.

Autre défi, comment financer l’important déficit en compte courant, actuellement de l’ordre de 7 % du PIB ? Ce déficit s’est aggravé au cours des dernières années sous l’effet de la hausse des importations engendrée par une forte demande intérieure. Les exportations ont beau avoir augmenté, elles n’ont pas pu empêché le déficit de la balance commerciale de se creuser. Bien qu’il n’existe pas de niveau spécifique au-delà duquel un déficit en compte courant soit insoutenable, une nouvelle dégradation accentuerait la vulnérabilité de l’économie polonaise à des événements extérieurs imprévus, tels qu’une autre crise financière dans les économies émergentes. Les marchés de capitaux n’ont pas confiance dans les économies qui entretiennent des déficits extérieurs importants et ils ont besoin de s’assurer que les autorités sont déterminées à prendre les mesures macro-économiques et structurelles qui s’imposent.

Il s’agit donc d’entretenir un climat favorable aux entreprises et d’attirer davantage d’IDE. Des réformes structurelles de grande envergure sont en cours, portant sur la décentralisation, la fiscalité, la santé, les retraites, la privatisation, le travail et l’enseignement, mais les résultats sont inégaux. L’une des récentes propositions de réforme du système fiscal s’est heurtée à une forte opposition politique, par exemple, et les autorités ont été obligées de renoncer à une partie de leurs initiatives les plus innovantes. En matière de santé, la réforme marque le pas, et malgré le nouveau système d’assurance et un projet de loi sur les soins à l’étude, beaucoup reste à faire pour que ce dossier progresse tout en gagnant la confiance de l’opinion publique.

LES BONNES NOTES DE BRUXELLES

La Pologne n’a pas encore adhéré à l’Union européenne, mais elle est déjà fortement intégrée. Les deux tiers de son commerce extérieur se font avec les pays de l’Union européenne, la part de ses échanges avec eux étant désormais supérieure à celle de la Grèce ou de l’Italie. Les flux d’investissement direct proviennent en majorité des pays de l’Europe de l’Ouest. La Commission européenne considère la Pologne comme une économie de marché qui fonctionne et qui devrait pouvoir résister aux pressions concurrentielles et aux forces du marché auxquelles elle sera inévitablement confrontée en tant que membre à part entière de l’UE.

Quels sont ses points faibles? A l’instar d’autres pays, la Pologne doit mener à bien une restructuration douloureuse des secteurs bénéficiaires de subventions incompatibles avec la réglementation européenne, comme les charbonnages et la sidérurgie. Ses normes environnementales relèvent d’une époque révolue ; elles demandent à être améliorées. Ce qui suppose de lourds investissements en équipements d’assainissement de l’air et d’épuration de l’eau. Enfin, les petites exploitations agricoles devront s’adapter aux règles de Bruxelles. L’adhésion à l’Union européenne a mobilisé le pays tout entier et donné de l’élan au programme de réformes. Mais des signes de découragement se font jour, et Varsovie cherche, avec raison, à s’intégrer rapidement.

Des performances économiques solides et durables constitueraient un atout pour la Pologne et serviraient ses ambitions. Il faut au préalable que la politique macro-économique tienne le cap et que des mesures soient prises afin de contenir l’aggravation du déficit en compte courant et la reprise de l’inflation. Les décisions récentes du Conseil des ministres et de la Banque nationale de Pologne confirment que les autorités prennent la situation au sérieux. Le gouvernement a adopté un projet de budget pour 2000 qui vise à réduire le déficit des administrations publiques et a également fixé d’ambitieux objectifs de privatisation pour l’année suivante, qui permettront de financer le déficit budgétaire. Le Conseil de politique monétaire de la Banque nationale de Pologne a relevé son taux directeur en septembre et en novembre 1999, prouvant sa détermination à maintenir l’inflation sous contrôle.

Personne ne doute que les Polonais gagneront cette bataille. Par rapport à d’autres pays, notamment les économies en transition, la Pologne inspire le respect sur la scène internationale et jouit, à ce jour, de la confiance des marchés. Il lui reste à démontrer qu’elle peut continuer sur la lancée de ces performances remarquables.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Bibliographie

* Chlon, Agnieszka, Marek Góra, and Michal Rutkowki « Shaping Pension

Reform in Poland : Security throhth diversity », World Bank Social

Protection Discussion Paper n° 9923. Washington D.C., août 1999.

* Council of Ministers and Ministry of Finance, « The Strategy of

Public Finance and Economic Development - Poland 2000-2010 »,

Council of Ministers and Ministry of Finance, Warsaw, juin 1999.

* De Broek, Mark, and Vincent Koen: « The soaring Eagle » : Anatomy

of the Polish Take-Off in the 1999s » IMF Working Paper 00/6,

Washington DC, janvier 2000.

* National Bank of Poland, Monetary Policy Council, « Inflation

Report 1999, I-II Quarter », Warsaw, septembre 1999.




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016