L’Afrique sera-t-elle émergente ?

Est-il intéressant pour un opérateur privé d’investir en Afrique ? La réponse pourrait être plus positive que d’aucuns le pensent.
OCDE Observateur
Selon Jean-Louis Terrier, Président de Credit Risk International, un cabinet de conseil aux investisseurs étrangers, il existe de bonne raisons d’être « afro-positif ». S’exprimant lors de la première édition du Forum international sur les perspectives africaines organisé par l’OCDE et la Banque africaine de développement à Paris le 3 et 4 février dernier, ce consultant spécialisé dans l’étude des risques-pays a mis en avant l’importance du grand marché que l’Afrique est en passe de devenir.
La démonstration est simple : il ne peut exister de croissance économique inférieure à la croissance démographique. A partir de cet axiome, qui se vérifie toujours à long terme, Jean-Louis Terrier bâtit une prévision à l’horizon 2015 sur la base de projections de taux de croissance économique et démographique, notamment urbaine. Il choisit pour cela un scénario « raisonnable » en considérant que le taux de croissance économique sera de 3,5 % sur la période 1996-2005 - c’est-à-dire proche de celui observé ces trois dernières années - et de 4,2 % pour 2006-2015. Les résultats sont les suivants :comme la population augmentera de 58 % entre 1995 et 2015 - elle sera multipliée par 3 dans les villes - mécaniquement le PNB par tête augmentera de 35 %. Aussi, le nombre d’Africains disposant d’un pouvoir d’achat de 10 000 dollars par an en PPA sera-t-il multiplié par 4, de sorte qu’à l’horizon 2015, le continent africain représentera un marché équivalent à celui de la Chine d’aujourd’hui. En conclusion : Rester ou venir en Afrique subsaharienne est sans doute un très bon investissement à condition de se préparer à la double révolution qui s’amorce, à savoir l’urbanisation accélérée et l’intégration régionale (UEMOA puis CEDEAO), des facteurs qui, selon Jean-Louis Terrier, peuvent produire des effets d’une très grande portée dont on ne soupçonne pas encore l’ampleur. Et ce dernier de rappeler que l’Afrique a cependant le triste privilège de cumuler divers types de risques - risques de non paiement de l’État, risques d’atteinte à la propriété privée, risques de non transfert et de non convertibilité, ou encore risque lié à l’environnement et à l’absence d’un État de droit. A moins que ces derniers soient maîtrisés, le scénario de M. Terrier sur le vigoureux marché dont accoucherait le continent semble pêcher par excès d’optimisme.Car, pour que l’on puisse supposer une possible « émergence » de l’Afrique, les pays doivent diversifier leurs économies, a souligné Jean-Claude Berthelemy, Directeur du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales). Car une économie diversifiée est une économie où les acteurs peuvent prendre plus de risques, investir dans des produits plus rentables et obtenir une plus grande rentabilité du capital et donc une croissance plus élevée. L’Île Maurice, pays africain traditionnellement cité pour sa réussite économique, est parvenue à diversifier son économie après avoir mis en place un cadre institutionnel approprié favorable à l’initiative privée, un système financier qui fonctionne bien et un système éducatif des plus performants. En résumé, l’avenir de l’Afrique dépend d’un changement structurel interne aux pays, l'aide n’étant pas prioritaire dans le développement économique. D’ailleurs, a souligné Jean-Claude Berthelemy, un doublement de l’efficacité de l’aide serait équivalent à un doublement du volume d’aide. En attendant, nombre de représentants des pays africains ont exprimé leur inquiétude quant à la baisse continue des volumes d’aide : entre 1990 et 1997, l’aide octroyée au Sahel par les pays riches a diminué de 27 %. Or l’Afrique a toujours cruellement besoin de financements pour espérer pouvoir un jour « émerger ». L’alternative serait-elle alors de compenser la baisse de l’aide par un afflux de capitaux privés ? La théorie afro-positive de M. Terrier peut tout à fait réussir, mais, à l’évidence, les investisseurs internationaux ont encore besoin de se laisser convaincre.


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