Une reprise solide ?

Il y a des arguments en faveur d’une longue expansion mondiale, bien que des risques demeurent. Le défi est de maintenir la reprise, tout en corrigeant les déséquilibres et en continuant de mener des réformes nécessaires.
Économiste en chef de l'OCDE

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La croissance mondiale a pris de l’ampleur au cours des derniers mois. Déjà forte en Amérique du Nord et dans la plupart des pays asiatiques, elle apparaît désormais bien installée au Japon, alors que l’Europe continentale surmonte peu à peu son dernier accès de faiblesse. La reprise qui se dessine en Europe a bénéficié du bas niveau des taux d’intérêt à long terme, de la dépréciation de l’euro et du dynamisme des marchés d’exportation, malgré une croissance de la demande intérieure toujours inférieure à la normale.
Dans l’ensemble, cette croissance mondiale a été exceptionnellement vigoureuse, suscitant de fortes hausses de prix sur les marchés pétrolier et de matières premières. Ces hausses ont freiné la reprise là où les économies étaient restées à l’écart de l’expansion mondiale, comme en Europe continentale. Ailleurs, elles ont contribué à modérer une conjoncture d’ores et déjà très allante. Dans un environnement tout à la fois dynamique et turbulent, la performance d’une économie repose pour une large part sur sa capacité à être résiliente. L’économie américaine en a fourni une illustration éclatante, traversant sans encombres ouragans et ruptures d’approvisionnement énergétique.Dans le contexte actuel, il est rassurant de constater que, dans leur grande majorité, les économies de l’OCDE ont su faire face avec succès au choc pétrolier, comme en témoigne leur capacité à maintenir la stabilité des prix sans compromettre l’activité. Le renchérissement du pétrole n’a pas embrayé sur des hausses de salaires, et les anticipations d’inflation de long terme semblent bien ancrées. De ce fait, bien que l’inflation observée ait augmenté, la contagion aux prix hors énergie est restée minime.Aux États-Unis, en dépit de la hausse récente du prix de l’essence, l’inflation sous-jacente est restée stable autour de 2 % dans un contexte de conjoncture soutenue. A contrario, l’inflation sous-jacente a décéléré au cours des quatre dernières années dans la zone euro pour atteindre un bas niveau, sur fond de faiblesse persistante de l’activité. De ce fait, l’inflation observée n’a que modérément dépassé l’objectif de long terme de la BCE. Au Japon, où les enjeux sont très différents, l’inflation sous-jacente pourrait devenir positive à mesure que la reprise s’étend à la demande des ménages.À plus long terme, et sous l’hypothèse que les prix du pétrole ne repartent pas à la hausse, les pressions inflationnistes devraient progressivement s’atténuer. En effet, le retour à une conjoncture très soutenue aux États-Unis ne devrait s’accompagner que d’une légère augmentation de l’inflation sous-jacente. Elle resterait modeste en Europe, dans un contexte de faiblesse persistante de la demande. Le maintien de la stabilité des prix, l’effet d’entraînement des économies asiatiques et américaine, ainsi que la forte demande de biens et services émanant des pays producteurs de pétrole plaident en faveur d’une poursuite de l’expansion mondiale, se propageant enfin à des économies européennes convalescentes. Tel est bien le scénario central présenté dans ces Perspectives économiques.Les risques associés à cette prévision sont néanmoins substantiels, qu’il s’agisse d’une nouvelle hausse de prix du pétrole, d’une amplification des déséquilibres de comptes courants entraînant un réalignement brutal des taux de change, ou encore d’une remontée des taux d’intérêt à long terme et d’un retournement du prix des actifs. Ces risques sont difficiles à apprécier, notamment parce qu’ils concernent des variables financières telles que les prix d’actifs, au comportement souvent erratique à court terme. Ils n’interviennent donc dans le travail du prévisionniste que sous la forme d’une analyse des risques entourant le scénario central. Si elles venaient à se matérialiser, les conséquences de telles perturbations sur la croissance et l’inflation dépendraient sans doute largement du degré de résilience des économies.Dans ce contexte, il est préoccupant que les déséquilibres de comptes courants semblent en passe de s’accentuer au cours des deux prochaines années, le déficit courant américain excédant 7% du PIB en 2007 tandis que la Chine et le Japon accumuleraient de très larges excédents. Ces déséquilibres reflètent dans une large mesure des politiques macroéconomiques inadéquates, notamment d’importants déficits budgétaires et des incitations fiscales défavorables à l’épargne aux États-Unis, ainsi que des politiques de change « mercantilistes » visant à maximiser les parts de marché dans plusieurs économies émergentes d’Asie. Comme l’ont souligné de précédentes éditions des Perspectives économiques, cette configuration contribue à accroître la probabilité d’un réajustement désordonné des balances courantes que pourrait susciter une perte d’appétit pour les actifs libellés en dollars.Les conséquences en seraient claires : remontée des taux d’intérêt à long terme et chute des prix des actifs, y compris dans l’immobilier, aux États-Unis ; appréciation marquée des taux de change et risques déflationnistes substantiels dans les zones où l’inflation sous-jacente est déjà faible et parfois en baisse (Japon, zone euro); et, enfin, affaissement de la croissance économique mondiale. Face à des déséquilibres extérieurs croissants, un réajustement des politiques devient de plus en plus nécessaire pour conserver à la croissance son caractère soutenable.Les risques associés aux prix énergétiques sont d’un abord plus complexe. Les prix du pétrole pourraient certes rester orientés à la hausse dans le moyen terme, mais il est possible que leur appréciation ait été excessive à court terme. En outre, le plein impact des hausses de prix du pétrole sur l’activité et l’inflation pourrait ne se matérialiser que lentement. Il n’est pas exclu ainsi que les salaires finissent par accélérer, au terme d’une longue période de pertes de pouvoir d’achat. De même, les conséquences négatives pour l’investissement de la hausse du niveau et de la volatilité des prix du pétrole pourraient n’apparaître que progressivement. L’amplification des déséquilibres budgétaires et de comptes courants constitue un enjeu majeur de politique économique impliquant un certain nombre de réorientations. Aux États- Unis, où la demande globale est vigoureuse, consolidation budgétaire et réforme fiscale sont toutes deux nécessaires afin de restaurer l’équilibre épargne/investissement parallèlement au resserrement en cours de la politique monétaire. Au Japon, pressions croissantes sur les dépenses publiques et vieillissement appellent un resserrement plus rapide de la politique budgétaire, tandis que la politique monétaire devrait rester très accommodante tant que l’excès d’offre n’est pas clairement résorbé et que la déflation n’est pas définitivement éradiquée.Dans la zone euro, où l’inflation sous-jacente a nettement baissé et la conjoncture reste molle, le resserrement monétaire ne devrait s’engager qu’une fois la reprise suffisamment autonome et résiliente, ce qui pourrait nécessiter encore quelques trimestres. Par ailleurs, les gouvernements de la zone euro devraient profiter d’une demande extérieure vigoureuse et de conditions monétaires accommodantes pour avancer dans la mise en oeuvre des réformes structurelles et entamer une restructuration en profondeur des finances publiques, à un rythme compatible avec la poursuite de la reprise. Pour redresser les finances publiques tout en préservant l’activité, il convient de donner la priorité aux baisses de dépenses par rapport aux hausses de recettes, afin que la réduction des déficits soit à la fois durable et favorable à la croissance.Au-delà du court terme, le bénéfice d’une croissance mondiale soutenue ne saurait être tenu pour acquis. Il faut s’efforcer de faire fructifier ce « bien public global » par de nouvelles avancées en matière d’ouverture commerciale et de réformes structurelles. À cet égard, le succès du cycle de Doha et de nouveaux progrès dans les réformes agricoles contribueraient grandement à asseoir la soutenabilité de la croissance mondiale.RéférencesCet article est extrait de l’introduction des Perspectives économiques n°78, version préliminaire, novembre 2005, parue sous le titre « Moins robuste qu’il n’y paraît ? ». Les données ont été collectées avant la date limite du 22 novembre 2005.© L’Observateur de l’OCDE nº 252/253, novembre 2005


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