L’Eire de la croissance

L’Irlande est dans sa deuxième décennie de boom économique. Cela peut-t-il durer ?

L’économie irlandaise s’est transformée. Son expansion, nourrie par une forte demande intérieure et une balance commerciale positive, a été de 5 % en 2005, un demi point de plus qu’en 2004. Les performances irlandaises ont été remarquables tout au long de la dernière décennie, pendant laquelle le revenu par habitant a rattrapé la moyenne de l’OCDE. Les prévisions indiquent une croissance toujours forte en 2006-2007, avec un taux de chômage relativement bas (4,2 %).

Le débat sur les origines et la longévité de l’expansion économique irlandaise dure depuis quelques temps (voir références). La dernière Étude économique de l’Irlande de l’OCDE s’y intéresse et souligne une réglementation favorable aux entreprises, un marché du travail flexible, un taux d’imposition modéré et une bonne politique fiscale. Elle signale la croissance sans précédent des revenus, mais également la résilience de l’économie – qui a par exemple remarquablement bien surmonté l’effondrement de la nouvelle économie après 2000. Le rapport de l’OCDE indique cependant des risques, ainsi que des possibilités d’amélioration.

En premier lieu, le maintien de la compétitivité est un défi. La politique de la concurrence peut être développée dans le but de contenir les prix, d’éliminer les goulets d’étranglement et d’encourager la productivité et la croissance. Les industries de réseau (électricité, télécoms, transports) ont particulièrement besoin d’être réformées, de même que les commerces de détail, notamment les pharmacies.

Le rapport plaide pour une amélioration de la productivité. Cela peut sembler étonnant, étant donné que la croissance de la productivité du travail irlandaise a été la plus rapide de l’OCDE depuis 1995. Son marché du travail est également très flexible, du côté des embauches comme des licenciements, permettant aux travailleurs de s’orienter très facilement vers les secteurs les plus dynamiques.

Ce sont précisément ces réorientations qui rendent plus difficiles de nouveaux gains de productivité. Il faudra par exemple investir davantage dans la formation et l’innovation, et augmenter l’offre de main d’oeuvre, notamment féminine. La présence accrue de jeunes femmes dans la population active a déjà aidé à stimuler la croissance. Les chiffres récents du bureau central des statistiques irlandais (CSO) montrent que l’emploi des femmes augmente toujours, mais le potentiel est considérable étant donné que la participation des femmes reste sous la moyenne de l’OCDE, selon le rapport. Le développement des systèmes de garde d’enfants serait utile en ce sens.

Comme toute économie très ouverte, l’Irlande doit rester compétitive sur le marché mondial. Des pactes sociaux successifs ont contribué à créer un environnement attractif pour les entreprises, mais les salaires ont cependant rapidement augmenté. Selon le rapport de l’OCDE, les accords centralisés ne doivent pas être un obstacle aux ajustements économiques face à des chocs externes, tels qu’une brusque chute du dollar. (L’Irlande, qui accueille beaucoup d’investissements américains, est plus exposée à ce risque que la plupart des pays européens.) Le rapport suggère que les accords couvrent des périodes plus courtes, ou ménagent des échappatoires, par exemple en cas de cessation de paiement.

Il faut aussi s’intéresser à l’infrastructure du pays, qui cède un peu sous la pression de la croissance démographique et économique. Cependant, l’industrie du bâtiment est également en pleine expansion : l’année dernière, 80 000 maisons ont été construites. Les prix du logement ont triplé en termes réels depuis le milieu des années 90. L’évolution démographique, l’augmentation des richesses ainsi que la faiblesse des taux d’intérêts européens expliquent en grande partie cette flambée. Les auteurs du rapport ne prévoient pas d’effondrement du marché immobilier, mais un simple ralentissement dans le secteur serait dommageable pour les recettes fiscales ainsi que pour l’emploi.

Ces dernières années, l’Irlande a bien tiré partie de ses relations solides avec les marchés anglo-saxons et de la zone euro, dont elle est membre. Par exemple, sa dimension européenne l’a aidée à amortir les effets de la baisse du dollar en 2002-2003. Il lui faut investir dans son infrastructure, accroître la productivité et l’offre de main d’oeuvre, et alléger les pressions pesant sur les finances publiques. Ainsi, l’économie irlandaise pourra conserver sa flexibilité tout en renforçant encore sa capacité de résilience.

Références

OCDE (2006, à paraître en français), Étude économique de l’Irlande, Paris. Le rapport peut être commandé sur www.ocdelibrairie.org.

Voir le résumé et la Synthèse sur www.oecd.org/economie.

Pour plus d’information, contacter Dave.Rae@oecd.org.

McAleese, Dermot (1999), « Sur le boom économique irlandais », L’Observateur de l’OCDE n° 217-218.

©L’Observateur de l’OCDE n° 254, mars 2006




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