Les réformes structurelles en Europe

Ces dernières années, la zone euro a enregistré des résultats économiques décevants. Entre 2000 et 2005, le revenu par habitant a progressé, en moyenne, de 1,3 % dans la zone euro, contre 1,9 % aux États-Unis durant la même période.
Ces évolutions contrastées s’expliquent principalement par les tendances divergentes en matière de croissance de la productivité horaire du travail entre la zone euro et les États-Unis. Dans la zone euro, celle-ci s’est accrue de 1,2 % en moyenne entre 2000 et 2004 (contre 2,4 % dans les années 1980 et 1,8 % dans les années 1990) alors qu’aux États-Unis, elle a progressé de 2,8 % sur la même période (contre 1,3 % dans les années 1980 et 1,5 % dans les années 1990). Ces disparités s’expliquent essentiellement par les écarts en matière de progrès technologiques et la diffusion de l’innovation.Néanmoins, l’utilisation du facteur travail s’est légèrement améliorée dans la zone euro. Entre 2000 et 2004, elle a enregistré une progression annuelle moyenne de 0,2 %. Cette évolution est liée principalement à la hausse du taux d’emploi dans la zone euro, qui est passé de 61,5 % en 2000 à 63,6 % en 2005, ce qui correspond à la création de plus de onze millions d’emplois sur la période. Il convient de noter que la croissance de l’emploi dans la zone euro a résisté au ralentissement de l’activité économique observé au début de cette décennie. Toutefois, le taux d’emploi de la zone euro demeure faible par comparaison avec ceux enregistrés dans les autres pays. Comme le souligne l’OCDE, l’insuffisance des réformes structurelles en Europe est l’une des causes principales de l’écart de croissance économique entre la zone euro et les États-Unis.Les réformes à entreprendre en priorité en Europe sont au nombre de quatre : il faut intégrer plus de personnes dans le circuit du travail, renforcer la concurrence, libérer le potentiel des entreprises et favoriser un environnement innovateur.En tout premier lieu, il est nécessaire d’assurer le bon fonctionnement des marchés du travail. Des réformes orientées vers l’offre de travail, notamment une réforme des systèmes d’imposition et de prestations, doivent être mises en oeuvre afin d’accroître les incitations au travail. Certaines mesures visant à permettre aux femmes de concilier vie professionnelle et vie familiale, telles que la mise en place de structures d’accueil pour les enfants, peuvent également faire progresser les taux de participation. En outre, le recours à des modalités de travail souples comme l’emploi à temps partiel et l’emploi temporaire est de nature à renforcer les incitations à travailler. Afin de stimuler la demande de travail, il est nécessaire de favoriser la flexibilité des salaires et de s’attaquer aux rigidités du marché du travail.Le renforcement de la concurrence constitue la deuxième condition indispensable à l’amélioration des résultats économiques. L’Europe doit intensifier les mesures visant à stimuler la concurrence sur les marchés de services afin d’obtenir une plus forte croissance de la productivité du travail et d’accroître le dynamisme de l’économie. À cet égard, la mise en place d’un marché intérieur des services et l’adoption de la Directive sur les services constitueraient des avancées importantes.Troisième condition indispensable pour obtenir une croissance plus soutenue dans la zone euro, il est nécessaire de libérer le potentiel des entreprises en créant un environnement économique propice à l’esprit d’entreprise et en réduisant les coûts administratifs imposés par le secteur public. Cette question revêt une importance capitale qui est de plus en plus reconnue et plusieurs initiatives lancées au niveau national ou de l’Union européenne visent à mettre en place une « meilleure réglementation ».Quatrième condition préalable : pour exploiter entièrement le potentiel de productivité, les réformes des marchés du travail et des produits doivent s’accompagner de politiques qui favorisent la diffusion de l’innovation, prévoyant notamment un certain nombre de mesures visant à stimuler les investissements de recherche et développement. Afin d’optimiser l’efficacité de telles mesures, il est nécessaire d’engager parallèlement des efforts en vue d’améliorer le niveau de formation et les compétences de la main-d’oeuvre de manière à ce que le capital humain s’adapte continuellement aux besoins du marché du travail.Depuis le lancement de la stratégie de Lisbonne en 2000, des progrès en matière de réformes structurelles ont été réalisés dans certains domaines. Mais globalement, les réformes engagées sont insuffisantes et de nombreuses mesures restent à mettre en oeuvre.Dans ce contexte, l’examen à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne entrepris en 2005 a conduit à une relance du processus qui s’est traduite par un recentrage des priorités sur la croissance économique et l’emploi. À l’issue de cette évaluation, l’ensemble des pays de l’Union européenne ont élaboré des « programmes nationaux de réformes » qui exposent les réformes structurelles nécessaires pour la période 2005-2008. La mise en oeuvre de réformes structurelles de grande ampleur revêt une importance toute particulière pour les pays de la zone euro, en vue d’accroître la flexibilité des prix et des salaires, de renforcer la résistance de l’économie aux chocs, de favoriser l’ajustement structurel, d’augmenter la croissance potentielle, d’accélérer les créations d’emplois et de réduire les tensions sur les prix, facilitant ainsi la tâche de la politique monétaire unique. La politique monétaire de la BCE a également son rôle à jouer en soutenant la mise en oeuvre des réformes structurelles. Une politique monétaire crédible axée sur le maintien de la stabilité des prix à moyen terme contribue à la stabilité de l’environnement économique. Un environnement macroéconomique stable permet de mieux discerner les domaines où les réformes sont nécessaires et rend plus perceptibles les avantages qui en découlent, contribuant ainsi à leur acceptation.Dans l’ensemble, la stratégie économique de l’Europe est sur la bonne voie, et il existe un consensus sur les objectifs appropriés ainsi qu’un accord sur le cadre institutionnel à mettre en place. La prochaine étape décisive consiste à appliquer ce programme. Plus sa mise en oeuvre sera rapide, plus l’activité économique, l’emploi et l’innovation en Europe pourront être portés rapidement à un niveau plus élevé.RéférencesBCE (2006), « Competition, productivity and prices in the euro area services sector », ECB Occasional Paper Series. No.44.BCE (2005) « La stratégie de Lisbonne : bilan 5 ans après » Bulletin mensuel de la BCE, juillet.©L’Observateur de l’OCDE n° 255, mai 2006


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