D'abord l'argent, ensuite la santé

Programme de l'OCDE sur l'avenir
Le vieillissement démographique, l’évolution des modes de vie et l’apparition de nouveaux risques sanitaires vont soumettre les systèmes nationaux des pays de l’OCDE à des pressions de plus en plus fortes. Michel Andrieu nous explique pourquoi.
Les plus de 65 ans représentaient 10 % de la population des pays de l’OCDE dans les années 50. En 2050, cette proportion aura doublé. Au sein de ce groupe, les personnes très âgées et dépendantes sont celles dont les effectifs augmentent le plus vite. En France, la part des plus de 75 ans devrait augmenter de 40 % entre 1990 et 2010. Comme les personnes âgées sont de loin les plus gros consommateurs de services de santé, ce processus de « double vieillissement » se traduira par des dépenses de santé plus élevées et de plus en plus concentrées sur cette catégorie de personnes.D’ici à 2040, la part des dépenses de santé consacrée aux plus de 65 ans dans les pays européens de l’OCDE devrait se situer dans une fourchette comprise entre 30 % en Belgique et 63 % en Suède, contre respectivement 22 % et 51 % en 1980.L’évolution des modes de vie peut avoir des effets positifs sur l’état de santé des populations, mais paradoxalement, elle risque d’alourdir la charge qui pèse sur les systèmes de santé. En effet, un niveau de vie plus élevé va généralement de pair avec une augmentation de la demande de soins de meilleure qualité, et donc plus onéreux. De plus, la transformation des structures familiales, avec notamment l’augmentation du nombre de personnes âgées vivant seules et une moindre solidarité entre les générations, peut entraîner une augmentation de la demande de prise en charge par les services publics de santé. Enfin, les taux d’activité des femmes vont vraisemblablement augmenter dans la plupart des pays, ce qui risque là aussi de se traduire par une mise à contribution de plus en plus importante des systèmes de santé publics.L’avenir nous réserve aussi de nouvelles menaces sanitaires. Certaines maladies transmissibles risquent de devenir plus fréquentes, et peut-être encore plus virulentes. La pollution et la détérioration de l’environnement entraîneront des risques pour la santé des populations. Avec le réchauffement de la planète, certaines maladies tropicales pourraient se propager en Europe ou en Amérique du Nord. Et l’on ne perçoit aucune amélioration de l’état de la couche d’ozone, dont la dégradation a des effets immunodépresseurs et provoque des cancers de la peau et des maladies oculaires.Hausse de l’espérance de vie sans incapacité sévère Comme au cours des dernières décennies, la qualité de vie devrait néanmoins s’améliorer d’une façon générale dans les prochaines décennies. Les statistiques de l’OCDE montrent que lorsque l’espérance de vie augmente, le nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans incapacité sévère progresse lui aussi régulièrement (voir L’Observateur n° 216, page 60). Bien que les pathologies chroniques liées au vieillissement devraient elles aussi augmenter, les progrès scientifiques et technologiques vont entraîner une amélioration considérable de la qualité des soins, permettant ainsi d’espérer la mise au point de traitements plus efficaces contre des maladies aujourd’hui mortelles, et peut-être des remèdes aux nouvelles pathologies. Les progrès de la biotechnologie offrent de nouvelles possibilités d’anticiper, de prévenir et de soigner certaines maladies génétiques, y compris certains cancers. La chirurgie progresse elle aussi, grâce à l’imagerie médicale et à la mise au point de techniques endoscopiques qui évitent de devoir pratiquer des incisions importantes. Enfin, l’informatisation améliorera de manière significative la disponibilité, la gestion et l’efficacité des services de santé. Grâce à la télé-médecine et à la gestion de l’information, les régions les plus éloignées pourront avoir accès à des services spécialisés et à l’expertise médicale. L’intelligence artificielle et les systèmes d’expert seront couramment utilisés pour les diagnostics médicaux et joueront un rôle décisif dans la médecine préventive.Certaines de ces innovations vont exiger la mise au point de méthodes plus sophistiquées de gestion des systèmes de santé car elles soulèvent des problèmes éthiques complexes, notamment dans le domaine des manipulations génétiques et des transplantations d’organes. Ces problèmes éthiques ont d’importantes implications politiques et culturelles. Pour maintenir les systèmes de santé, il est également nécessaire de trouver de nouvelles sources de revenus tout en maîtrisant les dépenses. En effet, la plupart des pays devront tôt ou tard faire face à de nouvelles pressions : ils devront ajuster leur système de santé en fonction des nouveaux besoins liés au vieillissement de la population et à l’apparition de nouvelles maladies ; ils devront maîtriser les dépenses et mettre en place un système de gestion financière qui soit viable et politiquement acceptable sans pour autant compromettre la cohésion sociale.Des économies substantielles sur les dépenses peuvent être réalisées en diminuant les traitements thérapeutiques douteux. Un moyen d’améliorer la qualité des soins tout en maîtrisant les dépenses serait d’adopter une approche qui consisterait à passer d’une logique de « paiement pour service » à celle de « paiement pour résultat ». Enfin, une autre solution serait d’opérer une nouvelle répartition des responsabilités financières entre les principaux acteurs avec davantage de responsabilité individuelle en matière de santé, à condition de ne pas créer un système inéquitable à deux vitesses car cela ne ferait qu’accroître le problème du « double vieillissement ».


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