S’évaluer sans relâche

Indicateurs clés, responsabilité et progrès
Pour tirer le meilleur parti possible des progrès nationaux et renforcer les mécanismes de responsabilité au XXIe siècle, nous devrons conjuguer réflexion et action.
Il nous faudra répondre, au stade initial comme aux stades ultérieurs de ce processus, à plusieurs questions fondamentales en nous efforçant d’améliorer constamment nos réponses.Au niveau le plus élémentaire, faisons-nous, en tant qu’individus et en tant que fonctionnaires, tout ce qui est en notre pouvoir pour maximiser notre contribution sociale ? Aurions-nous la conscience tranquille s’il nous fallait rendre compte demain de cette contribution ? D’autres questions concernent les institutions publiques, notamment les administrations. Pilotent-elles le progrès de façon responsable ? Obtiennent-elles de réels résultats avec les ressources et les pouvoirs qui leur sont octroyés ? Enfin, peuvent-elles apporter la preuve des progrès qu’elles revendiquent ?Quant aux nations, font-elles tout ce qui est en leur pouvoir pour lutter contre la corruption et utiliser au mieux les fonds dont elles disposent ? Leurs dirigeants politiques poursuivent-ils des objectifs publics valables, ont-ils le souci de ne pas faire porter à nos enfants et à nos petits-enfants le fardeau d’une dette injuste ?Enfin, et plus généralement, comment les innombrables sociétés, peuples et religions présents sur notre planète coopèrent-elles pour améliorer le sort de l’humanité ? Dans un monde de plus en plus petit, chaque être humain, quelle que soit sa profession – ouvrier en Chine, banquier au Brésil, agriculteur en France ou contrôleur de gestion en Amérique – est de plus en plus confronté à des problèmes d’intérêt commun.En tant que Contrôleur général des États-Unis, je dirige le « Government Accountability Office », plus connu sous le sigle GAO. Indépendante du pouvoir législatif, cette institution représente l’organe suprême de contrôle des comptes des administrations des États-Unis.On qualifie parfois le GAO de « bras inquisiteur du Congrès » ou de « chien de garde du Congrès », car il aide cette institution à surveiller les autres entités et services de l’administration fédérale. Depuis plus de 80 ans, le GAO lutte contre la corruption, interpelle les autorités publiques et s’efforce de renforcer la transparence de l’administration et d’en améliorer le fonctionnement, dans le meilleur intérêt de tous les Américains. Le GAO s’y emploie en surveillant les institutions pour le compte du Congrès, ainsi qu’en s’efforçant de trouver comment améliorer les services de l’administration et de prévoir les nouveaux défis que devront relever les nations et les citoyens.La plupart des rapports du GAO ne se limitent pas à examiner si les fonds fédéraux sont utilisés judicieusement. Ils s’efforcent aussi de déterminer si les programmes et les politiques des autorités fédérales remplissent les objectifs fixés et s’ils répondent aux besoins de la société. Le GAO agit généralement à la demande des Commissions du Congrès ou pour répondre aux exigences d’une loi. Simultanément, nous procédons à nos propres vérifications, recherches et enquêtes dans les domaines qui nous semblent mériter plus d’attention et de discussions publiques. Nous nous sommes ainsi intéressés de près à la dégradation des finances publiques et au déséquilibre budgétaire au niveau fédéral ainsi qu’à un large éventail de dossiers : système de santé, sécurité intérieure, capital humain…Aujourd’hui, le champ d’intervention du GAO inclut pratiquement tous les domaines d’action des autorités fédérales, aux États-Unis et dans le monde entier. D’ailleurs, vous seriez peut-être surpris d’apprendre que des agents du GAO se sont rendus en Irak récemment pour procéder à une vérification complète des opérations. Ils se sont intéressés à la logistique militaire et au coût des marchés conclus dans le cadre du programme des Nations unies « Pétrole contre nourriture ».L’indépendance du GAO est fondamentale. En effet, comment une instance suprême de contrôle des comptes interviendrait-elle efficacement si elle n’était pas suffisamment autonome ? Comme nous relevons du pouvoir législatif, nous pouvons maintenir une certaine distance avec les instances exécutives que nous sommes chargés de surveiller et de contrôler. Par ailleurs, la durée du mandat conféré au Contrôleur général, qui est de 15 ans, assure une continuité rare au niveau fédéral. Le Contrôleur général ne peut être révoqué qu’au terme d’une procédure de destitution, et seulement pour des motifs très précis. Grâce à cette sécurité de l’emploi, le Contrôleur général et le GAO peuvent avoir une vision à long terme et attirer l’attention sur des questions complexes et souvent controversées.En raison de la nature de ses missions d’étude et d’information, le GAO est familiarisé avec la problématique des indicateurs nationaux. Et, s’il publie des rapports crédibles, c’est parce qu’il fournit une information professionnelle, objective, factuelle, non partisane, non idéologique, équitable et équilibrée. (…) Ces valeurs fondamentales – la responsabilité, l’intégrité et la fiabilité – inspirent nos normes professionnelles et nous imposent des exigences élevées.Chaque pays a, certes, ses propres méthodes pour s’assurer qu’à différents niveaux, y compris celui de l’administration, les responsables rendent compte de leur action (…). Mais, pour réaliser cet objectif, l’existence d’un ensemble d’indicateurs significatifs et fiables peut s’avérer indispensable.En effet, une information actualisée, utile et fiable constitue l’instrument le plus puissant dont nous puissions disposer pour évaluer les progrès accomplis et renforcer la responsabilité. Les organismes suprêmes de contrôle des comptes ont un rôle particulier à jouer dans le développement de cette information. La façon dont un pays s’évalue revêt une grande importance. Pour réaliser la meilleure performance possible et développer la responsabilité, on ne peut, en effet, que s’évaluer et affronter les faits. Sans un tel exercice, comment une nation pourra-t-elle savoir quels sont ses objectifs et quelles sont ses réalisations ? Comment pourra-t-elle trouver les meilleures solutions et obtenir les meilleurs résultats, sachant qu’elle dispose de ressources limitées ?Plus généralement, dans toute culture fondée sur des valeurs de responsabilité et de progrès, il est essentiel d’informer en permanence le pays. Une information honnête et transparente renforce également la confiance du public vis-à-vis de l’administration et de toutes les composantes de la société. Ce précepte fondamental d’information de la nation et des citoyens n’a rien de nouveau. Il relève d’un bon sens solidement ancré. Mais, puisque nous entrons dans une ère de nouveaux défis, nationaux et mondiaux, l’impératif d’information des citoyens revêt une nouvelle importance et une nouvelle signification.Aujourd’hui, l’information est rassemblée et partagée à la vitesse de la lumière, les internautes pouvant, n’importe où et à tout moment, via Internet, accéder à des masses de données. Mais cette information est souvent parcellaire, et elle est fournie par de multiples sources, dont la qualité, la représentativité et la comparabilité ne sont pas garanties.Les indicateurs clés nationaux peuvent nous aider à déterminer quels programmes, politiques et fonctions sont les plus efficaces. Pris globalement, ils donnent une image plus complète et plus fidèle des résultats d’une nation et de la façon dont ses dirigeants politiques planifient l’avenir. Grâce à cette information, les décideurs et le public peuvent donc évaluer la trajectoire budgétaire de la collectivité et déterminer si elle est adéquate et viable. Enfin, les indicateurs clés nationaux peuvent aider les élus à faire des choix délicats, mais indispensables.Il n’existe aucun autre moyen d’avoir une vue d’ensemble, autrement dit de déterminer le niveau atteint par une nation et les progrès réalisés. Le défi – qui est aussi une chance – est de nous doter de ressources sophistiquées en information et de systèmes d’indicateurs clés qui nous fourniront des enseignements cruciaux sur tous les secteurs économiques et toutes les institutions publiques et privées, et qui transcendent les frontières nationales.Vu l’importance des enjeux dans différents domaines, il est essentiel d’améliorer nos connaissances. Pour les États-Unis, le programme d’action est large et inclut les tâches suivantes : assurer la viabilité budgétaire, améliorer la sécurité intérieure, stimuler la croissance économique, créer des emplois gratifiants, relever le niveau d’instruction et développer l’innovation, fournir des soins de santé de qualité à un prix abordable, renforcer la compétitivité, protéger l’environnement et promouvoir la qualité de la vie.Le fait de disposer de données solides et d’informations sur les résultats nous place en meilleure position pour bien formuler les questions, adopter des méthodes correctes d’analyse, prendre les bonnes décisions et, enfin, parvenir à des solutions efficaces tout en responsabilisant les décideurs à l’égard de leurs performances. Pour ma part, j’estime que les dirigeants politiques, la presse et le public ont un intérêt vital à la mise en place de systèmes d’indicateurs clés.De tels systèmes sont déjà en place dans plusieurs secteurs, aux États-Unis et dans d’autres pays. Mais en dépit des progrès réalisés, les États-Unis ne se sont pas encore dotés d’un système d’indicateurs clés nationaux. Nous naviguons donc à l’aveuglette dans certains domaines, comme un pilote d’avion qui ne disposerait d’aucun instrument de guidage. La situation doit évoluer si nous voulons optimiser la performance de l’administration et amener celle-ci à rendre pleinement compte de son action.Or, un tel changement semble bien en cours, une initiative visant à mettre en place des indicateurs clés nationaux ayant été lancée. Par ailleurs, ces deux dernières années, le GAO a coopéré avec le Congrès, l’exécutif et d’importantes instances professionnelles, notamment les académies nationales, afin d’étudier les systèmes d’indicateurs clés d’un certain nombre de villes, de régions, d’États et d’organisations supranationales. (…) Hier justement, nous avons transmis au Congrès un rapport intitulé « Informer notre nation : mieux comprendre et mieux évaluer la situation et les progrès des États-Unis », consultable sur notre site Internet.(…) À l’avenir, les divisions que nous aurons à surmonter ne seront pas seulement géopolitiques. Nous devrons concilier, en effet, trois cultures professionnelles dominantes et souvent concurrentes. La première est la culture scientifique qui prône essentiellement le savoir. La deuxième est la culture politique qui valorise surtout le pouvoir. La troisième est la culture gestionnaire qui met l’accent sur la résolution des problèmes. Pour concilier ces trois cultures, il nous faut établir des bases communes, fondées sur des valeurs partagées comme la responsabilité. En adoptant des systèmes d’indicateurs clés nationaux, nous pourrons produire l’information de qualité qui aidera les individus, les institutions et les pays à progresser plus rapidement et à faire de meilleurs choix concernant leur avenir. Nous développerons ainsi un savoir qui éclairera et limitera l’exercice du pouvoir afin que personne ne soit au-dessus des lois et que chacun rende compte de ses résultats. (…)Extrait de l’allocution faite par M. Walker dans le cadre du Forum sur les indicateurs clés, organisé par l’OCDE à Palerme, le 11 novembre 2004. La version complète peut être téléchargée sur le site : www.oecd.org/oecdworldforumL’Observateur de l’OCDE n° 246/247, décembre 2004-janvier 2005


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