Balance commerciale

Une question de services ?
Pourquoi les consommateurs des États- Unis consacrent-ils une part plus importante de leurs revenus à l'achat de produits importés que les étrangers n'en consacrent à l'achat de produits américains ?
En jargon économique, l'élasticité-revenu des importations des États-Unis est plus forte que l'élasticité-revenu de leurs exportations. Ce phénomène, appelé l'asymétrie Houthakker-Magee par les économistes, se reflète dans l'actuel déséquilibre mondial des échanges. En bref, si l'économie des États-Unis et celles du reste du monde progressaient au même rythme, le déficit commercial américain se creuserait, puisque les consommateurs absorbent une part relativement plus forte de produits importés.On évoque souvent le secteur du luxe pour expliquer ce déséquilibre. Lorsque leurs revenus augmentent, les gens investissent davantage dans les belles voitures ou dans la mode. Or, beaucoup de marques du secteur du luxe proviennent de l'extérieur des États-Unis, ce qui alourdit la note des importations. Mais une étude récente propose d'autres explications. Certaines sont d'ordre démographique. Les populations plus jeunes ont tendance à consommer une part plus élevée de produits importés et une part plus faible de services d'origine nationale, comme les soins de santé, alors que les immigrants ont tendance à conserver leur préférence pour les produits de leur pays d'origine. Le rapport constate que lorsqu'on considère la population résidente par tranche d'âge, et qu'on tient compte de la proportion d'immigrants aux États-Unis, la proportion des revenus consacrée aux produits importés baisse.L'offre joue aussi un rôle. On observe une tendance des pays où les taux de croissance sont plus élevés à produire une plus grande diversité de produits de qualité destinés à l'exportation, ce qui augmente la demande étrangère de ces produits. Les partenaires commerciaux des États-Unis étant dynamiques, cet effet d'offre expliquerait, selon les auteurs, environ pour moitié l'ampleur de l'élasticité-revenu estimée de la demande américaine d'importation.L'asymétrie constatée s'explique aussi par la délocalisation des activités de production et l'amélioration de l'accès aux marchés mondiaux et régionaux, ainsi que par l'intégration verticale, les entreprises locales entretenant des liens commerciaux avec leurs filiales étrangères ou leurs fournisseurs sous-traitants.Peut-on inverser la tendance ? Les auteurs montrent que l'asymétrie observée entre le comportement des consommateurs américains et celui des consommateurs européens et japonais ne concerne que les échanges de produits manufacturés. Pour les services, ils constatent même un effet inverse. Les États-Unis semblent disposer d'un avantage comparatif pour la production de services, en particulier pour ceux qui sont associés à la nouvelle économie. Ainsi, d'aucuns font valoir qu'une libéralisation plus poussée des échanges de services constituerait une réponse. Sachant, en effet, que dans l'ensemble les investissements mondiaux dans la nouvelle économie s'accroissent, la part des exportations de services dans la balance commerciale américaine augmente, ce qui atténuerait l'asymétrie actuelle.Mais les auteurs de cette étude de l'OCDE signalent certains dangers. Ils observent notamment qu'une libéralisation plus poussée des échanges de services de la nouvelle économie pourrait accentuer les pressions protectionnistes, et signalent que les efforts déployés par les États-Unis pour limiter les délocalisations à l'étranger des services faisant appel à du personnel peu qualifié pourraient déclencher des mesures de représailles internationales dans la nouvelle économie. RéférenceOCDE (2004) « Channels for narrowing the US current account deficit and implications for other economies », par Anne-Marie Brook, Franck Sédillot et Patrice Ollivaud, Département des affaires économiques, document de travail 390, disponible sur www.oecd.org/economicsL’Observateur de l’OCDE n° 246/247, décembre 2004 - janvier 2005


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