France : L’emploi des seniors

Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales

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Le marché du travail français présente deux facettes. D’un côté, la France a l’une des plus fortes productivités par actif occupé de l’OCDE, mais de l’autre, des segments entiers de sa population adulte ne travaillent pas.

En dehors du chômage toujours élevé, le problème de l’emploi des seniors retient désormais l’attention publique. La mobilisation de cet apport potentiel de travailleurs aiderait à renforcer la performance économique de la France, et atténuerait en outre la pression sur les régimes de retraite et les finances publiques.En France, à peine 53 % des plus de 50 ans travaillent, ce qui est peu par rapport aux autres pays de l’OCDE, où la moyenne est de 59 %. La proportion est particulièrement faible parmi les travailleurs peu qualifiés. En 2002, en France, 51 % seulement des hommes de 50 à 64 ans peu qualifiés avaient un emploi, alors qu’ils étaient 88 % en Islande, 80 % en Suisse et 78 % au Japon.En France, où l’espérance de vie est l’une des plus élevées du monde, de nombreux seniors qui ne travaillent pas sont, en fait, relativement jeunes ! L’âge effectif de départ à la retraite a chuté de manière spectaculaire au cours des 40 dernières années : à la fin des années 60, il était de 67 ans pour les hommes et les femmes. Il est maintenant passé à 59,3 ans pour les hommes et 59,4 ans pour les femmes, contre 65,3 ans pour les hommes et 62,1 ans pour les femmes au Danemark, par exemple. L’écart entre l’âge effectif de départ à la retraite et l’espérance de vie à 65 ans s’accroît, ce qui pèse sur les finances publiques.Le gouvernement français a commencé à réagir. Depuis le milieu des années 1990, l’accès aux préretraites financées sur fonds publics a été fortement réduit. Et un pas décisif a été franchi avec la réforme des retraites de 2003. En relevant la durée de cotisation ouvrant droit à une pension à taux plein, cette réforme encourage les travailleurs à se maintenir plus longtemps en activité. Elle institue également une surcote pour les travailleurs souhaitant travailler au-delà de l’âge normal de la retraite. Dans le même temps, pour les personnes sans emploi justifiant de 25 années d’activité professionnelle, l’âge d’accès aux allocations chômage jusqu’à l’obtention d’une retraite à taux plein a été porté de 55 ans à 57 ans et demi. Cependant, le fait que les bénéficiaires de cette disposition soient dispensés de recherche d’emploi a entraîné une augmentation rapide du nombre des seniors sans emploi, ce qui renforce le sentiment que le marché du travail leur est fermé. De fait, les préretraites n’étant plus une option, le chômage sans obligation de recherche d’emploi est simplement devenu une autre voie de sortie anticipée du marché du travail.Les choses doivent changer, et il faut commencer par rétablir l’obligation de recherche d’emploi pour les personnes de plus de 55 ans nouvellement au chômage. Cela suppose des mesures actives de réinsertion professionnelle en faveur des plus âgés, dans le cadre d’une stratégie innovante de retour à l’emploi. Par exemple, les agents du service public de l’emploi ainsi que des maisons de l’emploi, nouvelles structures qui jouent un rôle de guichet unique, devraient adopter des mesures de soutien tenant compte de la diversité des situations des demandeurs d’emploi âgés, en fonction de leur expérience ou de la situation du marché local du travail. À cet égard, le programme New Deal 50 plus au Royaume-Uni pourrait être un modèle : il a prouvé que des conseillers qualifiés et motivés peuvent faire la différence s’ils ont plus de temps à consacrer à un suivi personnalisé.Il est également important de modifier le regard des employeurs sur l’âge. En effet, il est paradoxal que les employeurs apprécient l’expérience des travailleurs âgés, tout en continuant à penser qu’il est plus avantageux de s’en débarrasser ou ne pas en embaucher.Compte tenu du niveau élevé de chômage, il est plus facile pour les employeurs de faire appel à des travailleurs plus jeunes. Mais il ne faut pas oublier que ces travailleurs vont eux aussi vieillir. Les partenaires sociaux doivent réfléchir à de nouvelles façons de gérer les ressources humaines face à ce défi, et ils ne devraient pas attendre que les pénuries de main-d’oeuvre commencent à se faire sentir avant de prendre des mesures.Certaines entreprises ont déjà compris qu’il fallait rompre avec la culture des préretraites. Adoptant une démarche novatrice, elles cherchent à maintenir les gens dans l’emploi, en adaptant les métiers ou en encourageant la mobilité et la flexibilité, qu’il s’agisse du temps ou des pratiques de travail. Mais ce type de démarche ne concerne encore que les grandes entreprises, comme Renault ou Thales, et doit encore gagner les petites et moyennes entreprises. Faire connaître les bonnes pratiques pour recruter des plus de 50 ans, y compris pour des emplois de qualité, favoriserait ce mouvement. Il faudrait aussi que le secteur public montre l’exemple. L’État français semble enfin prendre la mesure du défi que représente le vieillissement des fonctionnaires, mais il pourrait faire davantage, par exemple en encourageant la mobilité ou en réexaminant ses propres formules de retraite anticipée.Les seniors eux-mêmes doivent aussi se sentir mieux intégrés dans le milieu du travail. Le gouvernement français a pris des mesures pour promouvoir l’employabilité, notamment pour éliminer les pratiques « sélectives ». Une nouvelle loi contre la discrimination dans l’emploi a été adoptée en 2001 ; elle couvre toutes les étapes d’une carrière et concerne notamment les plus âgés. Elle encourage la formation continue et vise à aider la mise en place d’une politique de gestion des carrières et des compétences, en particulier dans les petites et moyennes entreprises. En 2003, les partenaires sociaux ont conclu un accord interprofessionnel sur l’accès à la formation tout au long de la vie. Cet accord est devenu une loi en 2004. Il fixe aussi des priorités pour les salariés de plus de 45 ans ou ayant vingt années d’activité professionnelle. Ces derniers peuvent par exemple bénéficier d’un bilan de compétences, et les compétences acquises au travail peuvent être reconnues comme équivalant à un diplôme du niveau du baccalauréat. La santé et la sécurité sont aussi des aspects essentiels. En effet, les seniors ont tendance à être victimes des accidents du travail les plus graves. Il conviendrait de prendre des mesures préventives, ce qui implique d’adapter l’environnement de travail aux besoins des plus âgés. Des mesures simples, comme des postes de travail plus ergonomiques, peuvent être efficaces. Les retraites progressives et le travail à temps partiel devraient aussi être mieux intégrés dans la gestion des ressources humaines.En 2005, le gouvernement s’efforce de donner un nouvel élan aux politiques pour l’emploi des plus de 50 ans, avec le Plan de cohésion sociale et le Plan santé au travail. Et des négociations sur l’emploi des seniors et sur la pénibilité sont déjà en cours entre les partenaires sociaux.Actuellement, moins de la moitié des salariés français passent directement de l’emploi à la retraite ; les autres transitent par des dispositifs de préretraite, de chômage ou, dans une moindre mesure, d’invalidité. Le gouvernement est décidé à traiter le problème, mais, pour que les réformes soient efficaces, les attitudes doivent également changer. Les entreprises et les travailleurs ne se sont pas encore montrés à la hauteur de l’enjeu. Les Français ne peuvent plus se permettre longtemps encore de partir si tôt à la retraite. Le prix de l’inaction serait trop élevé.RéférencesOCDE (2005), Vieillissement et politiques de l’emploi : France, Paris.Ce rapport fait partie d’une série consacrée aux politiques pour améliorer les perspectives des travailleurs âgés sur le marché du travail, qui s’inscrit dans le cadre d’une étude thématique lancée en 2001 par le Comité de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE. Un rapport a été établi sur chacun des 21 pays qui ont participé à cette étude. Pour plus de précisions, pour accéder aux résumés ou pour passer commande, veuillez consulter les sites : www.oecd.org/els/emploi/travailleursages, www.oecd.org/emploi et www.oecd.org/forumtravailleursagesL’Observateur de l’OCDE n° 251, septembre 2005


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