La Chine en tête

La prévision économique est un exercice délicat, mais de retour de Pékin, j’ai pu constater que nos anticipations quant à la puissance de la Chine dans l’économie mondiale n’allaient pas tarder à se concrétiser, peut-être même encore plus tôt que prévu.

Si mes séjours successifs dans ce pays émergent dynamique aux allures de dragon ne peuvent m’en donner qu’une vision forcément partielle, la première Étude économique de la Chine, rendue publique le 16 septembre à Pékin, présente une description optimiste, et pourtant réaliste, des progrès réalisés vers l’instauration d’une véritable économie de marché. De fait, la contribution du secteur privé au PIB s’approche des 60 %, et l’économie chinoise de marché ressemble aujourd’hui à certaines des économies matures de l’OCDE il y a tout juste deux décennies.Bien sûr, le passant qui se déplace dans les rues de Pékin ou de Shanghai est le spectateur d’une activité bouillonnante, dont témoignent les chantiers innombrables, la foule dans les rues et les commerces, ou encore des embouteillages typiques de nos métropoles occidentales. Pourtant, il reste de sérieuses difficultés à surmonter pour assurer la pérennité d’une croissance annuelle de l’ordre de 9 %. Le pays progresse en effet à des rythmes différents selon les régions, et les inégalités s’accentuent. Qui plus est, en dépit d’une population forte de 1,3 milliard d’habitants, la Chine (comme tant de pays de l’OCDE) devra faire face au problème du vieillissement démographique.Les autorités chinoises sont parfaitement conscientes de ces défis, qui sont en grande partie traités dans une autre étude récente de l’OCDE intitulée La gouvernance en Chine. Elles savent que la redéfinition du rôle de l’État, la modernisation de la gestion publique, le réaménagement des relations entre les différents niveaux d’administration et la consolidation du cadre institutionnel pour l’adapter à un système de marché, sont autant d’impératifs pour la Chine si elle veut continuer d’aller de l’avant.Nous allons bientôt commencer une étude de l’environnement en Chine. Les Chinois ont pris conscience de la difficulté qu’il y a à concilier expansion économique rapide et protection de l’environnement. Les travaux que nous menons depuis quelques années sur le découplage de ces deux éléments devraient ici montrer toute leur utilité.Je suis persuadé que la Chine saura faire preuve de détermination et de créativité pour faire face aux enjeux que nous avons identifiés ensemble. L’OCDE est prête à lui apporter son concours dans cette entreprise, ce qui semble être apprécié par les autorités chinoises qui ont coopéré étroitement avec nos agents.L’OCDE peut jouer un rôle déterminant afin d’aider à lever tous les malentendus que pourraient susciter les retombées des politiques suivies par la Chine sur les économies membres, notamment les États-Unis. Dans cette perspective, on peut méditer sur le nombre d’articles, de discours ou de conférences consacrés, par exemple, à l’analyse de la politique de change de la Chine. Si certains responsables politiques et leurs électeurs estiment que les importations d’articles chinois bon marché font disparaître des emplois aux États-Unis, la réalité est plus complexe. Les spécialistes sont nombreux à faire valoir que ces importations aident non seulement à contenir l’inflation, mais limitent aussi les importations de produits similaires en provenance d’autres pays. D’autres font observer, dans le même esprit, que beaucoup des produits électroniques sophistiqués venant de Chine sont constitués de pièces importées du Japon ou du Taipei chinois ; le produit fini est seulement assemblé en Chine puis distribué sur les marchés d’exportation, comme les États-Unis. Dans ce cas, les spécialistes expliquent qu’une nouvelle réévaluation du yuan n’aurait guère d’effet sur le prix final du produit, étant donné que celui-ci est essentiellement la résultante du coût des composants importés. L’impact sur les États-Unis ou d’autres pays avec lesquels la Chine est en position d’excédent commercial serait marginal. En outre, il faut se rappeler que la Chine n’est pas excédentaire vis-à-vis de tous ses partenaires commerciaux, le Japon par exemple.Il est sans doute nécessaire d’expliquer ces phénomènes pour dépassionner le débat. Or, l’OCDE possède l’expertise et la crédibilité pour le faire. Les étroites relations de travail que l’OCDE entretient aujourd’hui avec la Chine doivent être saluées par tous. Notre mission, qui consiste notamment à donner corps à l’économie mondiale, serait tout simplement impossible si l’une des économies les plus vastes de la planète se voyait exclue des débats sur de nombreux domaines d’intérêt commun, comme l’investissement et les échanges internationaux.Prenons l’exemple du secteur de l’acier pour illustrer pourquoi le poids de la Chine sur la scène internationale mérite toute l’attention de l’Organisation. Il y a quelques années, nous avons été invités à nous interroger sur les moyens de rationaliser la production internationale d’acier à un moment où les excédents produits dans les installations obsolètes de nombreux pays généraient des distorsions sur les marchés internationaux. La Chine, qui ne participait pas aux premières discussions, les a heureusement vite rejointes. Il aurait en effet paru inconcevable d’engager pareilles négociations sans y associer le premier producteur mondial d’acier. Après tout, la production d’acier de la Chine représente plus du double de celle de son premier concurrent et voisin, le Japon. Mais, contrairement à nombre d’autres pays producteurs, la Chine exporte peu, ce qui en dit long sur la consommation intérieure d’acier, dopée par l’exceptionnelle croissance de l’économie chinoise. Le même scénario se reproduira dans d’autres secteurs, avec les mêmes effets sur les prix mondiaux des matières premières.La participation de la Chine à un large éventail de travaux de l’OCDE depuis une dizaine d’années a été constructive. Il est temps aujourd’hui d’inscrire nos relations dans un cadre plus institutionnel, le plus tôt possible.©L’Observateur de l’OCDE n° 251, septembre 2005


Données économiques

PIB +0,43% T1 2017
Échanges exp
+3,0% ; imp +4,0% T1 2017
Inflation annuelle 2,4% avril 2017
Chômage
6,008% mars 2017
Mise à jour: 22 juin 2017

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