L’aube de la mondialisation

Moyen Âge, Renaissance, Révolution industrielle : ces expressions désignent le passé, mais elles sont porteuses d’une multitude d’images, de leçons et de souvenirs qui restent pertinents aujourd’hui. Je crois que la fin du siècle dernier et le début de celui-ci seront caractérisés comme l’aube de « l’âge de la Mondialisation ».

La mondialisation n’est certes pas un phénomène nouveau. Le commerce et l’investissement internationaux, pour se limiter à deux des nombreux domaines affectés par la mondialisation, ont déjà une longue histoire, et l’internationalisation des marchés remonte à des siècles. Selon l’historien économiste Angus Maddison, quelque 3 500 navires marchands néerlandais naviguaient sur les sept mers aux alentours de 1670. La flotte des Pays-Bas était de loin la première du monde. Le pays capitaliste dominant du XIXe siècle, la Grande-Bretagne, engagé sur la voie de l’intégration des marchés – quoique dans un contexte largement colonial – a opté pour l’élimination des droits de douane et l’a imposée aux autres. Parallèlement, il a ouvert son économie aux importations agricoles et vu sa propre agriculture s’étioler.

La mobilité des capitaux à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle était également très importante. La valeur nominale brute des capitaux investis à l’étranger par le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne était plus élevée en 1914 qu’en 1938. La mobilité des capitaux était extraordinaire à la fin de la période dite libérale qui a précédé la Première Guerre mondiale. En 1914, le stock de capital investi par les pays d’Europe occidentale dans les pays en développement représentait 32 % de leur PIB. Bien que ce niveau d’investissement dans les pays en développement ait été approché ces dernières années, il n’a jamais été dépassé.

Comment dès lors expliquer que la notion de libre-échange et de mondialisation nous préoccupe à ce point aujourd’hui, si elle n’est que le prolongement de ce que nous avons déjà connu ? La différence tient à l’ampleur de l’intégration mondiale des marchés nationaux, beaucoup plus grande que par le passé – même si, à de nombreux égards, elle reste moindre que l’opinion dominante pourrait le laisser croire. En outre, c’est la rapidité du changement qui exerce d’énormes pressions sur les sociétés, les poussant à s’adapter et à se re-qualifier.

Quel est le degré réel d’intégration de l’économie mondiale ? Les échanges, qui constituent un moteur essentiel de la croissance, dans tous les pays, offrent à cet égard un indicateur utile. Depuis 1950, le volume mondial de marchandises échangées a approximativement été multiplié par 22. Au cours de la même période, la valeur de la production mondiale a septuplé.

Le domaine dans lequel l’intégration a été la plus poussée est peut-être celui des liens transfrontaliers entre entreprises. La part de la formation de capital des pays de l’OCDE fondée sur l’investissement direct étranger (IDE) a dépassé les 10 % ces dernières années, après être demeurée aux alentours de 4 % pendant des décennies. Une proportion croissante de cette formation de capital a lieu dans les pays en développement, y compris sous forme d’investissements « sud-sud », mais les économies de l’OCDE ont toujours la plus grosse part. En outre, les activités des filiales étrangères d’entreprises multinationales représentent peut-être le principal moteur d’intégration mondiale. Le poids relatif des filiales étrangères dans le chiffre d’affaires du secteur industriel a augmenté dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE au cours des dix dernières années.

Partout, les efforts déployés pour attirer les capitaux étrangers, notamment sous forme d’IDE, sont cruciaux pour la croissance. Comme les échanges, les flux d’IDE représentent une forme de transaction mutuellement avantageuse, qui profite à la fois aux pays de destination et d’origine. D’après les données de l’OCDE, chaque dollar supplémentaire d’investissement direct à l’étranger produit un surcroît d’exportations de deux dollars, qui se traduit par des créations d’emplois dans le pays d’origine.

Alors, la mondialisation a-t-elle atteint son terme ? En avons-nous récolté tous les fruits ? Pas encore, assurément. Les pays à revenu élevé ont joué jusqu’ici un rôle prédominant dans le développement des échanges et de l’investissement. Leurs entreprises continueront à penser et agir dans un cadre mondial – elles ne reviendront pas en arrière. Mais les pays non membres de l’OCDE peuvent renforcer sensiblement leur intégration à l’économie mondiale. Parmi eux, les pays asiatiques ont mieux réussi à s’insérer que ceux d’Amérique latine, et nettement mieux que la plupart des pays africains. Par ailleurs, les marchés de capitaux sont encore loin d’être pleinement intégrés.

Les économies développées peuvent elles aussi accroître leur participation. Selon une étude récente et abondamment citée de l’OCDE, une réduction des obstacles aux échanges, à l’IDE et à la concurrence intérieure de part et d’autre de l’Atlantique aurait un effet cumulé sur les revenus tel que les travailleurs de la zone OCDE pourraient gagner l’équivalent d’une année de salaire supplémentaire, ou plus, au cours de leur vie.

Ces éléments devraient être considérés comme de bon augure. Toutefois, à l’OCDE, qui joue un rôle clé en veillant à ce que la mondialisation bénéficie à tous, nous savons qu’il ne suffit pas de donner des preuves des avantages de la libéralisation et de l’intégration des marchés. Il faut également apaiser les inquiétudes des citoyens, voire des pays, qui se considèrent comme des perdants réduits à observer de l’extérieur la réussite des autres. Il reste encore un long chemin à parcourir sur la voie de l’intégration mondiale, notamment pour en partager équitablement les bénéfices. Elle est encore loin d’avoir porté tous ses fruits en termes de croissance économique et de bien-être social. Nous sommes entrés dans l’âge de la mondialisation, mais il ne fait que commencer.

©L’Observateur de l’OCDE n° 250, juillet 2005




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