Une nouvelle étape pour Transparency International

Les critiques diront que le pouvoir corrompt, et attire ceux qui sont corruptibles, tandis que certains milieux d’affaires soutiendront que les pots-de-vin, par exemple, sont tout simplement la manière de conclure des affaires dans certains pays. Il n’est pas étonnant que la corruption soit l’un des domaines dans lesquels les résultats des pouvoirs publics sont suivis de près, et sévèrement jugés par le public.

Même les sceptiques conviendront que la corruption, en plus d’être anti-démocratique, finit par fausser les marchés et étouffer le développement. C’est pourquoi l’OCDE mène le combat contre la corruption dans le commerce international, grâce notamment à la célèbre Convention sur la lutte contre la corruption. Il est plus que jamais important de renforcer notre vigilance, tandis que de plus en plus de gouvernements commencent à sous-traiter, ou adoptent des approches commerciales envers les services publics.Les organisations non gouvernementales ont joué un rôle essentiel pour mettre en lumière des comportements malhonnêtes, et pour attirer l’attention du public et des hommes politiques sur le problème. L’une des principales d’entre elles est Transparency International, dont l’Indice de perception de la corruption est devenu une référence. L’édition 2005, sortie en octobre, montre que, bien que les pays de l’OCDE aient de bons résultats dans l’ensemble, il reste beaucoup de travail à faire. Nous avons rencontré le fondateur de Transparency International, Peter Eigen, juste avant les élections au sein de l’organisation de novembre, à l’occasion desquelles il abandonnera la présidence.L’Observateur de l’OCDE : En tant que fondateur de Transparency International, comment jugez-vous les progrès réalisés en matière de corruption, depuis les débuts de TI en 1993 ?Peter Eigen: Heureusement, il y a eu des progrès, cela se voit en premier lieu dans la manière dont les gens sont de moins en moins patients face à la corruption. Les consommateurs, la société civile, mais aussi les médias : tous sont devenus plus critiques et moins tolérants par rapport au problème. Le fait de lire plus d’histoires sur la corruption, que ce soit dans les affaires ou le gouvernement, qu’il y a 13 ans, n’indique absolument pas que la corruption a augmenté. Cela montre plutôt que la corruption provoque une colère formidable. On ne peut plus pousser cela sous le tapis ! Cela dit, il est décourageant de voir, par exemple, la liste des centaines de compagnies impliquées dans le scandale « pétrole contre nourriture ». Cela indique clairement que trop de personnes ont encore du mal à se défaire des vieilles habitudes. Cela sert aussi à nous rappeler que la corruption est encore très répandue dans les pays de l’OCDE, notamment dans les affaires. Accepter ce fait permettra de lutter ensemble contre la corruption, au lieu de montrer uniquement du doigt les pays pauvres.Les gouvernements des pays de l’OCDE, notamment les Pays-Bas qui accueillent en novembre une grande réunion ministérielle sur l’éthique et la confiance dans le gouvernement, se considèrent probablement comme des leaders en matière de transparence et de responsabilité, établissant en général des exemples en termes de gouvernance (voir le tableau). Mais la dernière édition du très respecté Indice de corruption de TI montre aussi que la richesse n’est pas une condition nécessaire pour contrôler la corruption. Comment expliquez-vous cela ?Ce message est très important, car il remet en cause l’idée selon laquelle les pays doivent devenir riches avant de pouvoir s’attaquer aux problèmes de gouvernance. TI a toujours dit que la corruption était une cause majeure de pauvreté, plutôt que l’inverse. En améliorant la gouvernance, on améliore aussi la qualité de vie.Les données, fournies sur le long terme par une décennie d’Indices annuels de perception de la corruption, indiquent que les résultats de certains pays riches se sont détériorés en 2005. C’est le revers de la médaille. La pauvreté n’est pas une excuse pour tolérer la corruption, mais la richesse n’en protège pas non plus. Une vigilance constante est nécessaire partout.Au-delà de cela, il est d’une importance cruciale pour les pays riches, anciennement coloniaux ou non, et dont les entreprises sont présentes dans les pays pauvres, qu’ils reconnaissent avoir un rôle dans les phénomènes de corruption qu’on y observe. Ils ont peut-être de bons résultats sur notre indice, mais ils tiennent un double discours. Il n’y a pas de quoi être fier de se comporter correctement chez soi, tout en offrant des pots-de-vin à l’étranger. Cela dit, les pays de l’OCDE prennent maintenant le problème au sérieux. On le voit dans leur mise en œuvre de la Convention sur la lutte contre la corruption, et dans l’augmentation d’initiatives volontaires de transparence de la part des entreprises. Mais beaucoup de dégâts ont été faits.Certaines personnes disent que les temps sont plus durs maintenant, que les nouveaux défis (mondialisation, sécurité, conflits sociaux, etc.) exigent un nouveau type de gouvernement, plus sévère, et que les gens sont prêts à des changements, en échange de plus de sécurité, par exemple. Quelle est votre opinion ?Pour combattre la corruption, nous avons besoin de nouvelles institutions, ouvertes et visibles. La transparence est une composante clé de cette évolution. Les temps sont peut-être plus durs, mais nous devons continuer à renforcer les institutions démocratiques, et à développer une société civile indépendante. C’est pourquoi Transparency International travaille avec le modèle de Système national d’intégrité – qui montre qu’une coopération ouverte entre les gouvernements, les institutions et le secteur privé promet plus de succès qu’un retour à une société fermée. La vraie démocratie est comme une fleur délicate, particulièrement à ses débuts. C’est seulement dans une société démocratique et ouverte qu’il est possible de reconnaître et d’éradiquer la corruption. Les systèmes non démocratiques ne permettent pas cela. Nous avons besoin d’avancer vers plus de démocratie, vers un système qui permette d’impliquer totalement la société civile. Le rôle des ONG de contrôle des pouvoirs publics ne peut être surestimé. Les organisations actives, comme Transparency International, ont réellement contribué à montrer et à supprimer la corruption.Nous ne devrions jamais sacrifier la transparence, la liberté et la responsabilité pour soi-disant plus de sécurité. C’est une pente glissante, qui est certainement en contradiction avec les idées de TI.Un gouvernement totalement propre est-il possible ?La perfection n’existe pas, et nous n’attendons pas des gouvernements qu’ils soient parfaits, pas plus que nous n’entendons leur faire aveuglément confiance. Mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas aller vers la perfection. À Transparency International, par notre travail, nous essayons de faire en sorte qu’il soit plus difficile aux représentants des pouvoirs publics d’être imparfaits, ou d’abuser de leur position. Nous essayons de faire en sorte qu’il soit plus coûteux d’être corrompu, et plus intéressant de résister à la tentation. Nous encourageons les systèmes qui réduisent l’étendue de la corruption par une législation concrète et ciblée, et nous appelons à un suivi indépendant de chaque régime. Vous vous retirez de la présidence de l’organisation que vous avez créée il y a plus de dix ans. Que va devenir TI dorénavant ?Laissez-moi dire tout d’abord que je resterai en relation avec TI après m’être retiré de la présidence, et que je continuerai à accomplir ma part. Fort heureusement, TI montre les signes d’une institution dans sa maturité, et une nouvelle génération de dirigeants a été élue lors de la réunion annuelle des adhérents du 12 au 14 novembre à Berlin.* Avec une équipe solide, et un groupe très dynamique de sections nationales, je suis sûr que TI continuera avec succès sur sa trajectoire actuelle.J’ai toujours considéré que mon devoir le plus important était de sensibiliser la communauté mondiale aux dégâts considérables causés à la société et au développement économique par la corruption, et de persuader les gens qu’il existe véritablement des moyens de résoudre le problème. Récemment, des groupes de la société civile et des organisations influentes ont pris la mesure de leurs responsabilités. Je pense par exemple à la Banque mondiale, qui a très récemment annulé trois projets de développement au Bengladesh, pour un montant d’un million de dollars, après avoir découvert l’existence de pratiques corrompues. RJC* Huguette Labelle, haute fonctionnaire canadienne, a été élue présidente de Transparency International lors de cette réunion. Akere Muna, du Cameroun, a été élu vice-président.©L’Observateur de l’OCDE, N°252, novembre 2005


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