Les résultats comptent

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Si les gouvernements sont plus attentifs que jamais à la bonne gouvernance, ils doivent également se montrer plus exigeants quant aux résultats de leur travail. Des réformes sont donc nécessaires. Lesquelles ?

S’il subsistait le moindre doute, les événements actuels le montrent très clairement : un État efficace est essentiel au bon fonctionnement de l’économie et de la société. Des catastrophes naturelles comme l’ouragan Katrina, les explosions de tensions sociales et raciales en Europe, les menaces de terrorisme et de pandémies mondiales placent l’État en première ligne.Ces événements soulignent aussi les attentes élevées, et croissantes, des citoyens à l’égard de leurs gouvernements. Les gens attendent de l’État non seulement qu’il assure certains services et institutions de base, mais aussi qu’il réagisse efficacement en cas de crise.Ce n’est que normal : la bonne gouvernance est aussi une question de leadership. Même en périodes plus calmes, les citoyens et les entreprises attendent des services publics qu’ils progressent au même rythme que la technologie et les évolutions du secteur privé, qu’ils deviennent plus souples et plus réceptifs à l’évolution des besoins. Dans le même temps, les gouvernements – et pas seulement ceux de la zone euro – sont confrontés à des difficultés budgétaires croissantes, qui ne feront que s’aggraver à mesure que nos populations vieillissent.Les gouvernements peuvent-ils relever ces défis ? Les administrations publiques ont fait des progrès. Selon une étude récente de l’OCDE, qui porte sur deux décennies de réformes, elles sont devenues plus efficaces, plus transparentes, plus flexibles, davantage centrées sur les clients et sur les résultats. Certains services généralement considérés comme « publics », des télécoms aux soins de santé, adoptent des mécanismes de marché pour réduire les coûts et améliorer l’efficacité. Des « guichets uniques » ont été mis en place pour permettre aux citoyens et aux entreprises de régler les différentes questions administratives en un seul lieu.Des consultants et des experts de haut niveau sont recrutés pour des missions ponctuelles, par exemple des audits financiers. Les dirigeants politiques et les responsables de l’administration consultent davantage les électeurs directement et par l’intermédiaire des médias, notamment Internet. Des lois ouvrant l’accès à l’information sont à présent en vigueur dans 28 des 30 pays membres de l’OCDE, contre seulement 8 en 1980. L’OCDE elle-même, en tant qu’organisation intergouvernementale, reflète ces évolutions, en diffusant par exemple sur Internet les projets de documents sur des questions d’intérêt général comme la corruption, afin de recueillir les observations du public avant leur adoption définitive.Ces améliorations ne sont cependant pas suffisantes, et certaines ont soulevé des problèmes inattendus. Par exemple, décentraliser trop ou trop tôt peut affaiblir la capacité du gouvernement à assurer une mise en œuvre appropriée des politiques nationales. De plus, le transfert de compétences à d’autres niveaux d’administration, ou à d’autres organismes, risque de brouiller les responsabilités. Et de nombreuses réformes sont lancées à grand bruit, mais sans les mesures de suivi indispensables pour modifier réellement les comportements.Toutefois, si certaines réformes peuvent être repensées, il n’est pas question de revenir en arrière. Si les pays de l’OCDE veulent devenir plus performants, ils doivent continuer à adapter leurs institutions aux évolutions actuelles et futures. Le monde change, et les pays cherchent les moyens d’accroître la capacité de leurs administrations à répondre à l’évolution des besoins, tant au stade de l’élaboration des politiques qu’à celui de la prestation de services.Compte tenu des multiples pressions qui pèsent sur les États, cela peut parfois nécessiter de repenser le rôle des pouvoirs publics dans des domaines qui pourraient être mieux gérés en collaboration avec les secteurs privé ou associatif, ou au niveau local. C’est naturellement à chaque pays d’en décider, mais, en partie grâce à l’OCDE, les pays pourront prendre leurs décisions en tenant compte de l’expérience des autres pays, et en comparant les bons et moins bons résultats.Quel que soit le dispositif adopté, tous les gouvernements doivent se concentrer de plus en plus sur les performances et les résultats. C’est la clé de toute stratégie de modernisation. La qualité de la gouvernance en dépend, et c’est ce qu’attend le public.C’est pourquoi, au cours des deux dernières décennies, les pays sont progressivement passés d’un contrôle sur la manière dont les ressources étaient utilisées pour s’intéresser davantage à ce que ces ressources permettaient de réaliser. C’est un changement important dans la bonne direction, qui peut permettre à l’administration de devenir plus souple, plus réactive, et plus efficace. Cela a déjà permis d’améliorer la transparence et la responsabilité, 24 pays sur 30 communiquant les résultats obtenus au public. Toutefois, dans la pratique, la réorientation vers une gouvernance fondée sur les résultats n’a pas été facile, et à mesure que les demandes s’accroissent, les problèmes deviennent plus complexes. Sur un plan purement technique, par exemple, il est délicat de définir les bonnes méthodes pour mesurer les résultats – et de lier ces résultats à une action gouvernementale déterminée. Les pays recueillent davantage de données de meilleure qualité sur les résultats, et les intègrent dans le processus budgétaire.Mais ces informations ne sont pas encore assez utilisées pour élaborer des politiques et réaffecter des ressources. De fait, dans 41 % des pays, les responsables politiques n’utilisent généralement pas les indicateurs de performance pour prendre des décisions. Savoir quoi mesurer, identifier les données les plus pertinentes, suivre les progrès réalisés et communiquer les résultats au public, ces tâches restent un défi pour de nombreux gouvernements, même ceux qui sont à l’avant-garde du changement.Les gouvernements ne sont pas des mécaniques, et certains aspects de leur rôle sont probablement impossibles à mesurer en termes financiers, par exemple. Une fonction publique dotée de fortes valeurs est également essentielle à un État efficace. Cela suppose d’attirer les personnes qualifiées. Au cours des prochaines années, il sera crucial pour les pays de rendre l’emploi public attractif, de réunir les compétences appropriées et d’assurer l’adaptabilité des agents. Le vieillissement de la main-d’œuvre offre la possibilité d’un grand renouveau dans la fonction publique, mais pose également un problème de compétences. De plus, la réforme signifie le changement : la difficulté sera de ne pas remettre en cause les réformes antérieures, et de préserver la mémoire et l’expérience des institutions, afin d’en améliorer progressivement l’efficacité.Avant toute réforme, il faut établir un diagnostic étayé par des faits concrets. Quels résultats notre secteur public obtient-il ? Comment notre pays se compare-t-il aux autres ? Comment pouvons-nous concevoir de meilleures politiques sur la base des résultats des politiques actuelles ? Aujourd’hui, les réponses à ces questions sont incomplètes. Or, en l’absence de réponses, les gouvernements ne parviendront pas à convaincre un public exigeant (et parfois des fonctionnaires las des réformes) que leurs propositions amélioreront réellement les choses.On peut évoquer bien des cas où un projet était couronné de succès alors qu’un autre se révélait plus complexe. Les responsables politiques qui envisagent des réformes ont besoin de données fiables pour pouvoir définir leurs propres plans. Il leur faut aussi évaluer les risques avant de lancer de nouvelles initiatives. Enfin, il faut améliorer le dialogue avec le public, c’est-à-dire à la fois écouter les citoyens pour comprendre leurs besoins et leurs attentes (et faire en sorte qu’ils se sentent entendus), et leur communiquer les motivations des nouvelles politiques et les résultats effectivement obtenus. Et dans certains cas, l’État doit savoir dire « non » à certaines exigences populaires, tout en expliquant clairement pourquoi. La gestion des attentes revêt de plus en plus d’importance.Rassembler les données et les informations requises pour répondre de manière appropriée aux besoins : c’est là qu’intervient l’OCDE. Il ne s’agit pas seulement de collecter des données empiriques, mais aussi de donner des conseils sur l’évaluation des risques et la mise en œuvre de pratiques exemplaires. Ce sont des domaines dans lesquels nous devons progresser. Nous reconnaissons tous que de bonnes politiques peuvent avoir d’immenses effets bénéfiques. Elles permettent avant tout de restaurer la confiance des citoyens dans le gouvernement, ainsi que leur confiance en eux-mêmes. La réforme publique n’est pas une mode ou un engouement passager. C’est une condition indispensable pour mettre en place une administration meilleure, plus forte et plus ouverte. C’est là l’essence même de la démocratie.RéférencesOCDE (2005), Moderniser l’État : la route à suivre, Paris, disponible sur www.ocdelibrairie.org© L’Observateur de l’OCDE, N°252, novembre 2005


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