La confiance est la clé

Il y a juste quelques décennies, le pouvoir et les politiques semblaient n’être un enjeu que lors des élections, lorsque les hommes politiques consultaient le public. Ils retournaient ensuite au gouvernement ou dans l’opposition pour s’occuper des affaires de l’État, pensant à peine à la prochaine élection. Les citoyens, par confiance ou ignorance, ne leur en demandaient en général pas plus.

Ces temps sont révolus. Les gens sont plus éduqués, et plus exigeants face à ceux qu’ils élisent (et paient) pour les gouverner. En retour, les gouvernements se sont modernisés et ont appris à mieux se préparer. Ces dernières années, ils ont non seulement adapté leurs décisions aux nouvelles attentes et demandes, mais ont aussi modifié leurs manières de travailler. Ils sont devenus plus ouverts, plus transparents, ont réformé les systèmes de réglementation et adapté les services publics aux besoins des clients.Cependant, malgré ces évolutions, il n’est pas du tout sûr que les relations entre citoyens et pouvoirs publics se soient améliorées. En réalité, comme le montrent les sondages, les élections et référendums, la confiance du public s’est émoussée, tandis que son sentiment d’insatisfaction s’est accru. Ce désenchantement se répand au-delà de l’urne, comme le montrent les manifestations, qui se finissent parfois en troubles.Tous les gouvernements démocratiques dépendent du soutien du public. Cela signifie qu’ils doivent gagner une confiance que les gens ne donneront que s’ils sont convaincus que les pouvoirs publics agiront dans leur intérêt, et dans l’intérêt général. Sans confiance, il ne peut y avoir de pouvoir démocratique, légitime et efficace. La confiance n’est pas un luxe. C’est la pierre angulaire de toute démocratie en bonne santé.Les gens ordinaires ont non seulement le droit d’être bien gouvernés, ils ont aussi plus que jamais besoin qu’on leur montre la direction à suivre pour faire face aux défis majeurs de notre temps. Ils se sentent en danger dans plusieurs domaines : coût de la vie, chômage, retraites, système de santé, sécurité menacée, mondialisation et internationalisation. De la même manière, les gouvernements ont besoin de la confiance publique pour jouer correctement leur rôle et servir les intérêts de la société dans son ensemble. Renforcer la confiance des citoyens est tout simplement devenu une question vitale pour la survie d’un gouvernement ouvert et démocratique.Que faut-il faire ? C’est la question qui se pose à la réunion des ministres de l’OCDE à Rotterdam le 28 novembre. Mais pour y répondre, pour trouver un remède qui fonctionne, nous avons besoin du bon diagnostic. Nous devons d’abord trouver la cause de cette perte de confiance, puis nous interroger sur ce qui peut être fait pour regagner cette condition nécessaire à notre système politique.Permettez-moi de donner quelques indices pour guider le débat. Pour commencer, l’affaiblissement de la confiance placée dans les pouvoirs publics n’est pas due à une simple indifférence au « bien public ». Au contraire, les enquêtes menées dans mon pays indiquent que les gens sont enthousiastes à l’idée d’être plus impliqués dans les affaires publiques. Il est vrai que le taux de participation aux élections a baissé, mais il semble que le public ne considère plus les élections comme l’unique moyen efficace pour exprimer leurs opinions, demandes, sentiments et intérêts.Si les élections libres, qui restent la clé de la démocratie, ne constituent plus un moyen suffisant pour savoir ce que les gens pensent et veulent, vers quoi se tourner ? Comment les gouvernements peuvent-ils accorder leurs actions aux besoins et demandes de leurs citoyens ? Doivent-ils adapter leurs structures et procédures, en utilisant par exemple plus les formes de prises de décisions directes, comme le référendum, sur des questions importantes ? Les décisions doivent-elles être plus souvent prises en commun, après délibération entre les citoyens concernés et les représentants des pouvoirs publics ?Il faut aussi se pencher sur le rôle des médias. Il y a longtemps que les télévisions et journaux sont fondamentaux pour la liberté d’expression et de débat dans nos démocraties, et ce rôle a pu s’intensifier avec l’émergence d’Internet, et des blogs en particulier. Faut-il développer davantage leur rôle d’« interface », exprimant les sentiments et opinions des citoyens et de la société, et influençant les politiques publiques ? Je n’en suis pas personnellement convaincu, toutefois la question mérite réflexion. Il est possible que la perte de confiance soit plus due à une question de culture que de procédure, ou bien qu’elle soit une réaction du public aux comportements des gouvernements. Ceux-ci sont-ils trop lointains, coupés de leurs citoyens, ou sommes-nous au contraire perçus comme trop envahissants ?Les résultats peuvent aussi offrir une explication. Les théories de gestion publique affirment que la confiance publique repose sur la qualité des résultats d’un gouvernement. En imitant les principes qui régissent le secteur privé, comme l’efficacité économique, un gouvernement peut satisfaire les intérêts et demandes des citoyens. Il y a certainement beaucoup à gagner en améliorant nos prestations de services. Mais, selon cette idée, les citoyens faisaient plus confiance aux pouvoirs publics dans le passé, car leurs résultats étaient meilleurs qu’ils le sont aujourd’hui. Je doute franchement que cela soit le cas.La confiance ne peut s’acheter, elle doit se gagner. Les gens accepteront des défaillances occasionnelles s’ils sentent que les gouvernements et leurs représentants sont de leur côté. Peut-être parce qu’ils sont plus riches et éduqués, les citoyens sont devenus plus exigeants. Deux tendances contradictoires sont à l’œuvre : d’un côté, les gens veulent de plus en plus être indépendants, prendre seuls les décisions qui concernent leur vie et leur communauté, avec un gouvernement moins présent ; de l’autre, ils demandent beaucoup aux pouvoirs publics, particulièrement en temps de crise.Peut-être que les citoyens en attendent trop ! Les hommes politiques en sont peut-être responsables, en créant des illusions sur leur capacité à résoudre tous les problèmes. Le réalisme ne revient que trop vite, suivi par la désillusion, la frustration, voire le désespoir. Les gouvernements ne peuvent pas rendre les gens heureux, mais peut-être peuvent-ils faire plus pour les aider à avoir confiance en eux-mêmes.Je vous invite à réfléchir à ces problèmes avec un esprit ouvert, autocritique. Nous pouvons et devons apprendre les uns des autres, en échangeant nos expériences et nos opinions. Mon but pour cette conférence est de faire émerger des propositions originales et concrètes pour nous aider, nous, gouvernements, à regagner et renforcer la confiance du public dans la société du XXIème siècle. L’OCDE, qui étudie déjà ces questions, devrait intensifier son travail dans ce domaine crucial. Car, comme nous le savons tous, la confiance est véritablement au cœur d’un développement économique et social durable dans les démocraties libres.© L’Observateur de l’OCDE, N°252, novembre 2005


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