Les femmes et le travail : trouver la formule

Les femmes des pays de l’OCDE font face à nombre d’obstacles économiques sur le marché du travail. Les pouvoirs publics peuvent les aider à les surmonter. Mais quels problèmes faut-il traiter en premier ?
Département des affaires économiques

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D’après une enquête menée en 1998 dans les pays de l’UE, examinant les préférences en matière de travail des couples ayant de jeunes enfants à charge, seul un couple sur dix restait attaché à ce que l’homme soit la seule source de revenus du ménage. Pourtant, l’enquête montrait aussi que quatre couples sur dix vivaient d’un seul revenu, généralement celui de l’homme.
Cette conclusion ajoute une dimension clé au débat sur l’amélioration de l’accès des femmes au travail : elle peut non seulement contribuer à accroître les niveaux de revenus et à augmenter le taux d’emploi, comme le pensent de nombreux économistes, mais elle répond aussi au souhait de la plupart des femmes. Ainsi, si dans la zone OCDE, les femmes sont plus nombreuses à travailler aujourd’hui qu’il y a vingt ans, beaucoup de progrès reste à faire.Mais comment ? Les femmes des pays développés veulent travailler, mais certains pays les y aident mieux que d’autres. Dans les pays nordiques et dans certains pays d’Europe de l’Est, 80 % des femmes de 25 à 54 ans travaillent. À l’inverse, en Irlande, au Japon et au Luxembourg, le taux de participation est d’environ 65 %.La difficulté est de trouver une voie commune, un modèle idéal d’action publique, car les pays où le taux de participation féminine est élevé présentent des profils très différents. Partout, la garde des enfants semble être un paramètre important, mais reste à savoir qui la fournit et qui la finance. Ainsi, tandis que la Suède est connue pour son système généreux de soutien à la famille, les services sociaux sont le plus souvent privés aux États-Unis. Pourtant, ces deux pays présentent un taux de participation des femmes élevé. Les Suédoises, tout comme les Américaines, tendent à travailler à plein temps, alors qu’en Norvège, le temps partiel est plus courant.Toutefois, dans les pays scandinaves, les femmes mariées sont souvent dans des situations très similaires. Elles bénéficient le plus souvent d’assistances financières généreuses : aide à la garde d’enfants, congé parental rémunéré, et prestations par enfant non négligeables. Ces avantages se retrouvent aussi dans une certaine mesure en Autriche et en France, où le travail féminin à plein temps est également répandu.Cela dit, encourager l’emploi à temps partiel est aussi une piste intéressante. Notre recherche, qui concerne 17 pays sur la période 1985-1999, montre que la participation des femmes au monde du travail s’accroît avec l’augmentation des possibilités d’emploi à temps partiel. Les mères de jeunes enfants peuvent ainsi bénéficier d’une période de répit : elles sont donc moins tentées de quitter définitivement le monde du travail si les tâches familiales deviennent trop importantes. Même si les aides à la garde d'enfants et la possibilité de congé parental ont un impact plus fort dans le cas du travail à plein temps, le problème de la garde d’enfants reste donc prépondérant pour toutes les mères qui travaillent. Ainsi, au Japon et en Australie, où le travail à temps partiel va de pair avec un niveau d’aide moindre pour les familles ayant de jeunes enfants, la participation féminine tend à être légèrement plus faible.En d’autres termes, une participation élevée des femmes peut être atteinte de différentes manières, même si le nombre total d’heures travaillées varie selon la prévalence du temps partiel.Les préférences entre temps plein et temps partiel sont très variables d’un pays à l’autre. D’après l’étude de l’UE citée précédemment sur les couples ayant de jeunes enfants, le travail à temps partiel est privilégié en Allemagne, en Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, tandis que la participation à plein temps est plus importante en Finlande, en Suède, en Belgique et en France.Les prestations familiales peuvent être trop généreuses. Le congé parental rémunéré, en maintenant les femmes hors du marché du travail pendant des périodes prolongées, peut réduire les taux de participation, car les qualifications se dévalorisent et la progression des carrières et des salaires est interrompue. Notre analyse suggère que l’augmentation du congé parental au-delà de 20 semaines a un impact négatif sur le taux d’activité des femmes. De même, les prestations par enfant, destinées à contribuer à l’entretien et à l’éducation des enfants, semblent dissuader le retour des femmes au travail, notamment à temps partiel, car ces prestations se substituent au revenu du ménage. Elles peuvent être justifiées pour des raisons d’équité, par exemple pour lutter contre la pauvreté, mais si leur objectif est d’encourager le travail des femmes, les politiques devraient probablement privilégier les aides à la garde d’enfants. Le dosage des mesures dépend en réalité des objectifs publics poursuivis : accroître la participation au travail, accroître le niveau de revenus, réduire la pauvreté et permettre aux femmes d’accéder à plus d’autonomie financière, ambitions toutes légitimes.Pour une mère mariée, le choix d’avoir ou non un emploi est bien sûr influencé par le système fiscal et social. Le traitement fiscal du second salaire est moins défavorable comparé au traitement du revenu équivalent d’un célibataire dans la plupart des pays scandinaves, de même qu’en Autriche, en France, et au Royaume-Uni, pays où les taux de participation sont élevés. Inévitablement, si le taux d’imposition du second salaire est élevé par rapport à celui du salaire équivalent d’un célibataire, le taux de participation féminine sera faible. C’est le cas dans la plupart des pays. De plus, en choisissant de travailler, la femme peut perdre le bénéfice d’une allocation de foyer, et dans certains pays, le couple va devoir renoncer à un allègement fiscal lié au revenu du ménage. Les aides à la garde d’enfants et les réductions d’impôts sont coûteuses. Toutefois, elles peuvent se justifier du point de vue de l’efficacité économique, pour alléger la charge fiscale ou lorsque le coût de la garde d’enfants est relativement élevé par rapport au revenu de la mère. De même, s’il est difficile pour les mères à faible revenu de contracter un emprunt, une aide à la garde d’enfants peut être indiquée. Ces aides devraient être, dans la mesure du possible, conditionnées au travail de la mère et ciblées sur les mères à faibles salaires, plus sensibles que les autres aux variations du revenu net et limitées par le manque de liquidités. Mais le conditionnement et le ciblage des aides doivent être maniés avec subtilité, en tenant compte du bien-être des enfants et de la nécessité de concilier vie professionnelle et vie familiale.Bien sûr, pour que ces incitations soient efficaces, l’offre de services de garde d’enfants doit aussi être au rendez-vous. Pour mieux adapter l’offre à la demande, on peut alléger la réglementation de ces services (facilitant ainsi l’établissement de dispositifs de garde à domicile), tout en maintenant un certain contrôle sur la qualité. Fait intéressant, on a pu observer dans certains pays que l’assouplissement des politiques d’immigration s’accompagnait d’une offre accrue de nourrices.Afin d’accroître la participation des femmes, il ne faut pas nécessairement augmenter la dépense sociale autant que l’affirment certains, comme en témoignent les États-Unis et le Portugal. D’autres facteurs, comme les attitudes culturelles par rapport au travail et au travail féminin en particulier, le niveau d’éducation des femmes, la situation du marché du travail, et la fertilité, sont cruciaux. Une éthique du travail profondément ancrée pourrait-elle être un point commun entre la Suède et les États-Unis expliquant le fort taux d’activité à plein temps des femmes ? La situation du marché du travail est évidemment très importante, car elle conditionne les attitudes, la confiance et l’effet des incitations, et exige souvent l’attention constante des pouvoirs publics. Si les règles et les pratiques sont favorables au travail, la participation tendra probablement à augmenter ; si le chômage est faible, les femmes seront généralement encouragées à rentrer dans la vie active.Finalement, quelles sont les politiques les plus efficaces ? À terme, une gamme de diverses mesures peut faire la différence, mais on constate aussi qu’un marché du travail fonctionnant bien, ne bloquant pas l’accès à l’emploi et offrant des opportunités de carrière aboutit à un taux de participation plus élevé des femmes. Il est fondamental, aussi, que les pratiques sociales intègrent la dimension familiale. Après tout, une politique peu attentive à la famille l’est peu à l’égard des femmes. L’éducation est également importante, non seulement pour les qualifications qu’elle procure, mais aussi parce qu’elle renforce l’ambition et l’aspiration à l’indépendance ; elle peut aussi peser en faveur du travail à plein temps. Ces facteurs expliquent peut-être les niveaux élevés de participation féminine dans des pays aussi différents que les États-Unis et la Suède.Mais on ne saurait sous-estimer l’importance de la garde d’enfants. L’une des conclusions de notre étude est que les aides publiques à la garde d’enfants tendent à accroître le taux d’activité des femmes. Même lorsque l’offre privée est suffisante, il faut tenir compte des besoins des ménages à faibles salaires. Avec le temps, les solutions privées de garde seront probablement moins onéreuses, mais pour l’instant, une aide publique semble nécessaire, par exemple sous forme de co-financement.Pour résumer, les meilleures politiques sont celles qui non seulement aident les femmes à concilier vie professionnelle et vie familiale, mais aussi libèrent leurs ambitions et leur permettent de développer leur carrière. Tel est l’objectif que doivent poursuivre les politiques actives en faveur des femmes.© L’Observateur de l’OCDE, N°248, Mars 2005


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