Bébés et employeurs

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Peut-on concilier travail et vie de famille ? C’est un défi pour tous les pays de l’OCDE. Il faut faire davantage pour aider les parents qui veulent travailler, et l’État a un rôle à jouer sur ce point.

De nombreux parents ne parviennent pas à concilier responsabilités familiales et obligations professionnelles. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce qu’il soit d’usage de fonder une famille tardivement, ni à ce que les gens décident d’avoir peu, voire pas du tout d’enfants. Certains parents cessent de travailler, parfois définitivement, alors qu’ils souhaiteraient continuer, en raison d’horaires contraignants, de l’absence de structures d’accueil abordables pour leurs enfants ou des difficultés à reprendre leur activité après une naissance.Concilier vie professionnelle et vie familiale est important aussi bien pour l’individu que pour la société. Bien entendu, les parents doivent pouvoir choisir de cesser leur activité pour élever leurs enfants, mais, souvent, les parents ne voient pas comment ils pourraient apporter à leurs enfants l’attention et les soins dont ils ont besoin autrement qu’en restant à la maison. Pourtant, les enfants dont les parents n’ont pas d’emploi rémunéré sont plus exposés à la pauvreté, et les mères interrompant leur carrière professionnelle pour s’occuper de leurs enfants risquent davantage d’être pauvres lorsqu’elles seront plus âgées.Mais l’exercice d’une activité professionnelle conduit souvent à différer la maternité et entraîne une baisse des taux de fécondité. En Suisse, où il est difficile de concilier travail et enfants, 40 % des femmes qui ont fait des études universitaires n’ont toujours pas d’enfant à 40 ans. Obtenir un revenu en exerçant un métier épanouissant et faire ce qu’il y a de mieux pour ses enfants en leur apportant l’attention et les soins dont ils ont besoin ne sont pas nécessairement incompatibles. Certaines mesures peuvent aider les parents à trouver un juste équilibre.Réduire les obstaclesJamais les femmes n’ont été aussi nombreuses qu’aujourd’hui sur le marché du travail, mais les différences subsistant entre elles et les hommes quant aux possibilités d’emploi et aux salaires sont considérables. Les femmes sont plus nombreuses à exercer une activité à temps partiel ou à occuper un emploi subalterne, et elles gagnent souvent moins que les hommes.La pauvreté est préjudiciable au développement de l’enfant, et l’emploi des mères est à cet égard un facteur déterminant : les enfants de familles biparentales dont un seul des parents travaille risquent presque trois fois plus de connaître la pauvreté que ceux dont les deux parents ont un emploi. Les parents isolés ont d’énormes difficultés à concilier travail et vie familiale, étant tenus tout à la fois de faire vivre la famille au plan économique et de s’en occuper dans tous les autres domaines. Le risque de grandir dans la pauvreté étant trois fois plus élevé pour les enfants qui vivent avec un parent seul et sans emploi, il est important que les pouvoirs publics prennent des mesures pour donner à ces parents une véritable chance de pouvoir concilier leurs obligations professionnelles et familiales.Les évolutions démographiques plaident également pour l’emploi des femmes. La diminution du nombre d’enfants et le vieillissement de la population des pays de l’OCDE auront de graves répercussions sur la physionomie future de la société et risquent de mettre en péril la viabilité financière des systèmes de protection sociale. La contraction de l’offre de main-d’oeuvre menace les niveaux de vie et les finances publiques. Mais un plus grand taux d’activité des femmes permettrait de relever ce défi.Nombreux sont ceux qui souhaitent tout à la fois travailler et avoir des enfants : les enquêtes montrent que le nombre d’enfants souhaités par les jeunes est en moyenne supérieur de 0,5 par femme au taux de fécondité observé. Pourquoi donc les gens n’ont-ils pas davantage d’enfants ? Le travail semble hors de cause. Le nombre de parents qui travaillent est en hausse et, actuellement, les pays où les taux d’emploi des femmes sont élevés enregistrent aussi généralement les plus forts taux de fécondité. Les pays où les pouvoirs publics facilitent l’emploi permanent des femmes, en subventionnant la garde des enfants, en favorisant l’aménagement du temps de travail et en adoptant des systèmes d’imposition et de prestations qui rendent le travail financièrement attrayant, ont aussi les taux de fécondité les plus élevés.Laisser le choixC’est aux parents qu’il appartient de décider si un seul d’entre eux doit travailler ou les deux, et qui s’occupera des enfants. Dans les faits, cependant, les mesures prises par les pouvoirs publics influent sur ces décisions. Prenons le cas des systèmes d’imposition et de prestations. Certains découragent les mères d’exercer une activité rémunérée ou d’augmenter leur temps de travail : ceux qui font porter l’imposition sur le revenu de la famille soumettent le deuxième apporteur de revenu, souvent la mère, et bien que ses gains soient généralement moins élevés, au même taux que le premier, le père. L’imposition individuelle permet d’appliquer un taux plus bas au deuxième revenu du foyer, et incite davantage au travail.D’autres systèmes prévoient pour les parents de longs congés payés, atteignant trois ans ou plus en Allemagne, en Autriche, en Finlande et en France. Le revenu de remplacement versé durant ce temps, même s’il est largement inférieur aux gains antérieurs, facilite le choix des parents souhaitant s’occuper de leurs enfants. Cependant, interrompre aussi longtemps sa vie professionnelle peut nuire ultérieurement aux perspectives d’emploi et de carrière.En Australie, en Irlande, en Nouvelle- Zélande et au Royaume-Uni, où la fiscalité et le système de prestations offrent peu d’incitations financières au travail, seulement 50 % environ des parents isolés ont un emploi. La mise en place de prestations pour garde d’enfants liées à l’exercice d’une activité a contribué à la baisse du chômage chez les parents isolés au Royaume-Uni. Les taux d’emploi de cette catégorie de la population sont néanmoins inférieurs de 15 à 20 points de pourcentage à ceux de la plupart des autres pays de l’OCDE, car leurs allocations ne sont pas subordonnées à la recherche d’un emploi tant que les enfants n’ont pas atteint l’âge du secondaire.Pour diminuer la dépendance prolongée à l’égard des prestations et la pauvreté parmi ces familles, les pouvoirs publics devraient mettre en place des aides pour la garde des enfants et rendre le travail plus rentable tout en facilitant le retour à l’emploi (conseils professionnels, formation, stages de réinsertion, etc.) de ceux qui sont restés longtemps coupés du monde du travail et qui ont souvent besoin de reprendre confiance en eux et d’améliorer leurs qualifications. Pour bénéficier de ce dispositif, les mères et les pères ayant droit à une garantie de revenu devraient être tenus de profiter des possibilités qu’il leur offre, pour leur bien et celui de leurs enfants.Organiser la prise en charge publique des enfants Un accès plus large à des services de garde subventionnés par les pouvoirs publics peut aider les parents qui le souhaitent à travailler. Le coût de la garde des enfants peut être très élevé. Aux États-Unis, où les parents financent à 76 % la prise en charge des enfants, cette dépense peut représenter 25 % ou plus du revenu global d’une famille à faible revenu. En Suède, au contraire, les parents financent 11 % du coût de l’accueil des enfants, et les familles à faible revenu payent un tarif très bas, ou ont accès gratuitement aux services.Beaucoup de pays disposent déjà de services de garde de qualité, mais ceux-ci ne sont pas toujours abordables et leurs horaires d’ouverture ne cadrent pas nécessairement avec les horaires de travail. Certains pays n’ont guère d’autre choix que d’accroître sensiblement les aides financières pour la prise en charge des enfants. Beaucoup d’autres devraient mieux intégrer les systèmes de garde et l’éducation préscolaire. En outre, les enfants en bas âge ne sont pas la seule préoccupation ; il est également indispensable de prévoir des structures adéquates pour accueillir les enfants plus âgés en dehors des heures de classe et pendant les vacances pour que leurs parents continuent à travailler à plein temps. Autrement dit, le système de prise en charge des enfants devrait tenir compte des préférences des parents quant aux modes et aux heures de garde, et répondre à des normes de qualité applicables et appliquées à l’ensemble des services.Des conditions de travail favorables à la familleDans un nombre croissant de pays, la législation autorise les salariés à modifier leurs horaires de travail, comme aux Pays-Bas, à les réduire s’ils ont des enfants d’âge préscolaire, comme en Suède, ou encore à demander des aménagements, comme au Royaume-Uni. Généralement, les mères bénéficient de ces mesures car elles gagnent en moyenne moins que leurs conjoints. Le revenu du ménage n’est ainsi pas trop pénalisé. Les attitudes et les valeurs culturelles sont un autre facteur important puisque beaucoup d’employeurs (et de collègues) ont tendance à regarder d’un mauvais oeil les hommes qui prennent un congé parental pour la naissance de leur enfant.Les entreprises jouent un rôle déterminant dans l’articulation entre travail et famille. Elles peuvent notamment développer le temps partiel, ce que beaucoup de parents et d’employeurs trouvent utile, mais les mesures favorables à la famille dans l’entreprise comprennent aussi le maintien du salaire pendant le congé maternité, les horaires flexibles, les congés liés au vacances scolaires et les congés pour enfant malade. De telles dispositions sont très répandues dans le secteur public et les grandes entreprises employant un nombre important de femmes. Elles sont le plus souvent destinées à un personnel très qualifié que l’on veut retenir parce qu’il coûte cher à remplacer. Les femmes occupant des emplois peu qualifiés ont donc moins de chances de pouvoir en bénéficier.Si des conditions de travail favorables à la famille dans l’entreprise peuvent réduire l’absentéisme et renforcer la motivation des salariés, tous les employeurs ne sont pas pour autant convaincus que les avantages l’emportent sur les coûts. En dehors du travail à temps partiel, les différentes mesures en faveur des familles ne sont pas toujours intéressantes pour les entreprises, et la flexibilité dans ce domaine est d’ailleurs loin d’être la règle. Les pouvoirs publics se contentent souvent d’encourager les entreprises à prendre de telles mesures, et même si les préoccupations au sujet de l’offre future de main-d’oeuvre amènent davantage d’employeurs à s’intéresser à la question, il est peu probable que des changements se produisent à grande échelle sans législation.Le rôle des pères est également très important. Si les pères et les mères prenaient les uns comme les autres des congés pour s’occuper de leurs jeunes enfants, travail et famille ne paraîtraient pas aussi incompatibles. Dans un nombre croissant de pays de l’OCDE, les pères ont la possibilité de prendre un congé de paternité (d’une durée de quelques jours à quelques semaines) et/ou de partager le congé parental avec la mère, les pouvoirs publics étant soucieux d’amener davantage de pères à s’occuper de leurs enfants. Dans les faits, cependant, il est rare que les pères s’arrêtent de travailler pendant six mois pour s’occuper de leurs enfants. Le temps de travail des hommes a même tendance à augmenter lorsqu’ils deviennent pères. Même dans les couples bi-actifs, les femmes consacrent plus de temps aux travaux domestiques et aux enfants que leur conjoint, et beaucoup sont amenées à assumer l’ensemble des tâches ménagères, qu’elles le veuillent ou non. Lorsqu’il s’agit de s’occuper des enfants, la répartition des tâches entre hommes et femmes demeure très inégale.RéférencesOCDE (2005), Bébés et employeurs - Comment réconcilier travail et vie de famille, couvrant l’Australie, l’Autriche, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, le Japon, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse.Voir www.oecd.org/els/social/famille.Des informations complémentaires au sujet des travaux de l’OCDE sur les politiques favorables à la famille peuvent être obtenues auprès de Willem Adema, à l’adresse : willem.adema@oecd.orgL’Observateur de l’OCDE n°248, mars 2005


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