Brésil : Une économie résiliente ?

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L’économie brésilienne se redresse vigoureusement, mais la reprise durera-t-elle ?
La reprise économique du Brésil est maintenant bien engagée. Après quelques années de croissance médiocre, le PIB a augmenté plus fortement que prévu, à un rythme supérieur à 5 % en 2004, soit le taux le plus élevé des dix dernières années. Le nouveau gouvernement, entré en fonctions en janvier 2003, a largement réussi à rétablir la confiance, ébranlée dans les mois précédant l’élection présidentielle. Depuis cette date, la demande intérieure s’est accélérée, les consommateurs et les entreprises se montrent plus optimistes, et l’investissement privé se redresse. Mais la reprise durera-t-elle ? Quelles mesures pourraient la conforter ?Sans aucun doute, l’économie témoigne d’une plus grande résilience à l’égard des chocs extérieurs, alors que le recours aux financements extérieurs la rendait, jusqu’à présent, vulnérable aux changements d’opinion sur les marchés mondiaux. C’est ainsi que la balance commerciale et la balance des paiements ont dégagé des excédents exceptionnels en 2004, cette évolution étant attribuable au dynamisme des exportations plus qu’au recul des importations. Le maintien d’un taux de change flottant a joué un rôle essentiel en permettant à l’économie de mieux réagir aux signaux émis par les prix extérieurs.La réduction progressive des obstacles aux échanges a également donné un coup de fouet à l’activité. Les indicateurs habituels de vulnérabilité, comme le ratio endettement extérieur/exportations, se sont fortement améliorés. C’est là un signe encourageant pour la croissance car il laisse penser que la reprise n’est pas simplement liée à la phase ascendante du cycle économique et que le pays est mieux à même de résister si les conditions financières internationales se modifient brutalement.L’amélioration des institutions a également joué un rôle. Plusieurs réformes notables opérées au fil des ans ont en effet contribué à renforcer le cadre de la politique économique. Tel est le cas, en particulier, de la législation sur la responsabilité budgétaire, qui a renforcé la discipline financière à tous les niveaux administratifs. Il n’est donc pas étonnant que le Brésil ait de mieux en mieux réussi à atteindre ses objectifs budgétaires annuels, même lorsque les conditions économiques étaient difficiles. Par ailleurs, sur le front monétaire, la Banque centrale s’est engagée dans une politique de ciblage qui doit permettre, à long terme, de ramener durablement l’inflation à un faible niveau. Cela devrait permettre de diminuer les taux d’intérêt, dont le niveau dépasse actuellement 10 % par an en termes réels, et de doper l’investissement privé. La confiance dans le cadre institutionnel augmenterait encore si la Banque centrale, dont l’indépendance n’est pas garantie par la loi, était autonome sur le plan opérationnel.Ce tableau positif ne doit cependant pas faire oublier les défis que le pays doit relever, dont le premier est lié à la dette publique. Grâce à une gestion budgétaire prudente, le ratio endettement public/PIB a été ramené de 58 % à près de 52 % entre 2003 et 2004. Ce résultat est louable, mais il ne s’agit que d’un premier pas. Le problème est que l’ajustement budgétaire a été obtenu, au cours des dernières années, essentiellement en relevant les impôts et en réduisant les investissements publics. De ce fait, le coefficient de pression fiscale du Brésil a augmenté de 29 % en 1995 à environ 35 % du PIB en 2004, niveau nettement plus élevé que la moyenne des marchés émergents.L’expérience de l’OCDE tend, cependant, à montrer que l’assainissement des finances publiques a plus de chances de réussir lorsqu’il repose sur un contrôle plus strict des dépenses courantes plutôt que sur des réductions de l’investissement et des augmentations de recettes. En déplaçant l’axe de l’assainissement budgétaire pour réduire les dépenses au lieu d’accroître encore les prélèvements fiscaux, on parviendrait au résultat souhaité, tout en augmentant les ressources affectées aux priorités économiques et sociales de la collectivité.Un deuxième impératif est d’améliorer le climat des investissements afin de soutenir la croissance à long terme, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. La nouvelle loi sur les faillites constitue un progrès important pour encourager l’offre de crédit au secteur privé et réduire les écarts de taux d’intérêt. Des efforts ont été faits pour atténuer les incertitudes de la réglementation dans les industries de réseau (pétrole, gaz et électricité), incertitudes qui pèsent sur l’investissement. Il convient maintenant de procéder à la mise en oeuvre de ces réformes réglementaires bien conçues.Dans le secteur de l’électricité, doté d’un nouveau cadre réglementaire, un risque d’échec est toujours présent car le gouvernement intervient de façon plus importante dans le processus de planification à long terme. Dans le secteur de l’eau, l’investissement privé continue également d’être freiné. La répartition des pouvoirs réglementaires entre les États et les municipalités n’est en effet pas clairement définie, en particulier lorsqu’il s’agit de la fourniture des services de distribution d’eau et d’assainissement. Les partenariats public-privé devraient aider à doper les investissements dans les infrastructures s’ils sont réalisés de manière responsable sur le plan budgétaire.Cependant, la réforme de la réglementation opérée par le Brésil dans le secteur des télécommunications permet de constater les résultats que l’on peut attendre d’un cadre réglementaire bien conçu et bien utilisé. La privatisation a favorisé la concurrence, réduisant les tarifs et facilitant l’accès à des services améliorés. La nouvelle législation sur les partenariats public-privé devrait aller dans le même sens et offrir de nouvelles possibilités aux investisseurs privés dans de multiples secteurs d’infrastructures. Le troisième défi consiste à renforcer les politiques afin de réaliser le programme social du gouvernement. Le Brésil a effectué des progrès considérables dans ce domaine, notamment en relevant les taux de scolarisation. Cela dit, le gouvernement consacre déjà près d’un quart du PIB aux programmes sociaux, et pas toujours à ceux qui sont les plus efficaces par rapport à leurs coûts. C’est ainsi que les dépenses publiques au titre des retraites représentent plus de 10 % du PIB – soit plus que la moyenne de la zone OCDE – alors que la population brésilienne est majoritairement constituée de jeunes.En revanche, des programmes plus efficaces assortis de critères de ressources, tels que les subventions aux gardes d’enfants ou la prise en charge des personnes âgées ou handicapées, occupent une part relativement faible dans les dépenses publiques sociales. Même si ces programmes sont parfois coûteux à mettre en place et exigent un suivi attentif, ils produisent des effets positifs à terme en bénéficiant aux plus démunis et en assurant un bon usage des deniers publics.Tout bien considéré, 2004 a été une bonne année pour le Brésil. Les perspectives économiques sont prometteuses, les conditions d’une croissance durable étant globalement réunies. Et si l’assainissement budgétaire a été difficile, il commence à porter ses fruits. Mais vu l’ampleur du programme de réforme gouvernemental, il importe de maintenir le rythme et de tirer le meilleur parti de ce contexte positif pour s’attaquer aux domaines dans lesquels les réformes se sont avérées difficiles jusqu’à présent.RéférenceOCDE (2005), Étude économique du BrésilL’Observateur de l’OCDE n°248, mars 2005


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