Innovation allemande

« Chaque découverte est accueillie de nos jours par un cri de triomphe qui se mue en cri d’angoisse ». Cette citation de Bertold Brecht reflète l’humeur présente des investisseurs allemands, qui se remettent difficilement de l’effondrement de la nouvelle économie en 2000-2001.
Avant cela, les spécialistes du capital-risque (ou « business angels ») cherchaient activement des idées nouvelles, parfois même invraisemblables, pour investir. La nouvelle économie a donné des réussites, mais aussi beaucoup d’échecs, d’où une chute brutale des dépenses en capital-risque. L’Allemagne souhaite vivement voir cette tendance se renverser.La mondialisation implique que les économies de l’OCDE doivent, pour rester compétitives, être à la pointe du développement de nouveaux produits et idées. Cela est particulièrement vrai pour l’Allemagne, au point que le gouvernement fédéral a proclamé 2004 « Année de l’innovation ». La troisième économie mondiale a bâti une grande partie de sa puissance industrielle sur le maintien d’une haute valeur ajoutée dans l’ingénierie et l’industrie lourde. L’Allemagne consacre aujourd’hui environ 2,5 % de son PIB à la recherche-développement (secteurs privé et public), proportion élevée au regard des autres pays. Selon un article de Kerstin Röhling et Thomas Multhaup, du ministère fédéral de l’Économie et du Travail, publié dans les Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat, le gouvernement allemand souhaite porter les dépenses de R-D à 3 % du PIB d’ici 2010.Environ 85 % de ces dépenses sont destinées aux secteurs de l’automobile, de la chimie et des machines-outils. Cependant, l’Allemagne est aussi un pays de premier plan pour les biotechnologies et les nanotechnologies. Les auteurs remarquent que l’intégration de la haute technologie dans des produits de moyenne technologie dynamise déjà les performances en matière d’innovation du secteur industriel.Mais pour maintenir le dynamisme de l’innovation, il faut accroître les investissements à destination des PME. Sans celles-ci, comme le soulignent les auteurs, le processus d’innovation ne peut fonctionner. C’est en effet le traditionnel Mittelstand, formidable réseau de PME, comprenant de nombreuses entreprises familiales, qui explique la position phare de l’Allemagne sur le marché mondial aussi bien dans les machines-outils que dans les systèmes de laser.Le défi consiste néanmoins à attirer de nouveau le capital-risque, dont le déclin a été très fort en Allemagne, particulièrement pour les jeunes pousses. En 2003, les investissements en phase précoce sont tombés en dessous de leur niveau de 1998. L’année 2004 a vu un rétablissement du capital-risque total, mais celui-ci était surtout destiné aux phases d’expansion. 22 entreprises seulement ont obtenu un financement en phase précoce, c’est-à-dire moins qu’en 2003 ou 1996, et beaucoup moins que les 388 entreprises qui ont reçu ce financement en 2000.Cette situation inquiétante appelle une nouvelle structure et de nouvelles sources de financement à destination des jeunes entreprises innovantes. Le gouvernement a modifié les instruments de promotion du capital-risque, et créé un nouveau fonds à compartiments. Ce fonds investit dans des entreprises en phase de démarrage et axées sur la croissance, aux côtés d’investisseurs privés (www.eif.org). Selon les auteurs, le gouvernement projette également de créer un fonds d’amorçage pour les jeunes pousses issues de la R-D. Sont ciblés les jeunes entrepreneurs ayant des besoins en capital de 600 000 euros maximum. Par ailleurs, du fait de la fusion de deux banques fournissant des aides de l’État fédéral, la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) et la Deutsche Ausgleichsbank (DtA), les aides aux jeunes entrepreneurs et aux PME sont désormais regroupées entre les mains de la nouvelle banque des PME, KfW. Celle-ci mène des projets pilotes au niveau régional.Il est trop tôt pour savoir si l’augmentation du capital-risque en 2004 montre les prémisses d’une tendance. Pour maintenir le dynamisme de l’innovation, les pouvoirs publics doivent prendre des mesures dans tous les domaines, notamment dans l’éducation et la fiscalité. Une réforme pour alléger le poids fiscal des PME est déjà amorcée. Cette conclusion est d’ailleurs reprise dans les dernières Perspectives économiques de l’OCDE : pour obtenir une croissance durable en Allemagne, le gouvernement doit continuer à faire de profondes réformes. Les jeunes entrepreneurs, de même que les investisseurs, suivront cela de près. RJC. RéférencesRöhling, Kerstin et Multhaup, Thomas (2005), « Les PME innovantes en Allemagne », Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat, Paris.OCDE (2005), Perspectives économiques, n° 77, juin, Paris.Ces deux titres sont disponibles sur www.sourceoecd.orgL’Observateur de l’OCDE, N°250, juillet 2005


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